DOSSIER

À quelques kilomètres d’Aurillac, Le Parapluie est un lieu de résidence pour les artistes du théâtre de rue. Cet espace leur permet de concevoir, préparer, construire ou répéter leurs spectacles dans des conditions de travail optimales.

La compagnie de L’Homme debout, en résidence deux semaines au Parapluie, a pu mettre au point son spectacle en utilisant en toute sécurité les locaux et les outils.

La compagnie de L’Homme debout, en résidence deux semaines au Parapluie, a pu mettre au point son spectacle en utilisant en toute sécurité les locaux et les outils.

Mo déplie lentement son corps, puis avance. Objet de toutes les attentions, cette marionnette géante mesure 8 mètres de haut et pèse plus de 120 kg. Huit marionnettistes s’activent pour la déplacer : un pour chaque bras et chaque jambe, un pour la tête, un autre pour le tronc et, enfin, un pour faire avancer la structure et l’autre pour la diriger. Quatre autres membres de la compagnie de L’Homme debout animent des bougies de 6 m de haut pour la chorégraphie de leur futur spectacle.

Tous sont bien au chaud, dans l’immense salle mise à leur disposition par Le Parapluie, à Naucelles, à quelques kilomètres d’Aurillac. « C’est la première fois que je viens ici, c’est super, explique l’un des marionnettistes. Tout est fait pour que l’on puisse préparer notre spectacle dans de bonnes conditions. » « Nous accueillons les compagnies en résidence pour une durée d’une à trois semaines, souligne le directeur, Frédéric Rémy. Nous leur proposons un lieu qui leur correspond et dans lequel elles peuvent travailler en toute sécurité. » Géré par l’association Éclat, ce lieu, qui a vu le jour en 2004,  « a été pensé par et pour les artistes ».

Pendant la phase de conception, des réunions de travail avec le directeur de l’époque, Jean-Marie Songy, l’équipe d’Éclat, des compagnies et l’architecte ont eu lieu, afin d’effectuer des choix de surfaces, volumes, équipements. Au final, Le Parapluie est constitué de trois bâtiments : l’un pour la partie administrative-multimédia, restauration, danse et travail du texte ; un espace central où répète la compagnie de L’Homme debout ; et, enfin, les ateliers. « C’est vrai que lorsque l’on entend spectacle vivant, on se dit que ça va être compliqué de parler prévention des risques professionnels, remarque Yann Brosson, contrôleur de sécurité à la Carsat Auvergne. Et en fait, je me suis rendu compte que, pour que le spectacle se déroule bien, il faut tout anticiper, tout prévoir... car c’est aussi leur vie que les artistes mettent en jeu. Et Le Parapluie les aide pour réaliser toute cette phase amont. Laurence Balgairies, médecin du travail, les suit depuis plusieurs années : « Ils m’envoient régulièrement des régisseurs quand ils ne sont pas à jour de leur visite médicale. Dans l’ensemble, les intermittents sont conscients du bien-fondé de la sécurité au travail. Ils me questionnent sur l’hygiène de vie, l’alimentation, les protections auditives. J’observe assez peu de TMS car ils sont souvent suivis par des kinés et sont à l’écoute de leur corps, en connaissent les limites. Reste le point noir du tabagisme pour certains anciens. »

Place à la création

L’association Éclat emploie 9 permanents. Hugo Lecanu en est le régisseur. Un peu le papa de tous : « J’accueille les artistes, je leur explique le fonctionnement du lieu et veille à la sécurité de chacun. » Avant de venir, les artistes ont pris connaissance des éléments mis à leur disposition. « On leur fait signer une charte qui mentionne les responsabilités de chacun ainsi que les contraintes, notamment en matière de sécurité », précise Cédric Ginouvès, directeur technique.

Dans quelques jours, la compagnie de L’Homme debout proposera son spectacle de sortie de résidence, gratuit et ouvert au public. Avant de prendre part au Festival d’Aurillac.

LE PARAPLUIE ET LE FESTIVAL D'AURILLAC

  • Le Parapluie est un centre international de création artistique de recherche et de rayonnement pour le théâtre de rue. Le bâtiment, de près de 1 800 m2, ainsi que les 3 000 m2 d’extérieurs sont la propriété de la Communauté d’agglomération du bassin d’Aurillac et gérés par l’association Éclat qui regroupe
  • Le Parapluie et le festival d’Aurillac. Son budget annuel est de 3 millions d’euros hors taxe.
  • Chaque année, en septembre, l’association fait le planning d’accueil du Parapluie pour l’année suivante.
  • En août, a lieu le Festival d’Aurillac, dédié au théâtre de rue. Il accueille sur 4 jours 130 000 personnes et 600 compagnies. 60 personnes y travaillent : il n’y a pas de bénévoles. « Toute personne qui travaille est rémunérée », résume Christophe Paris, un administrateur.

Le Parapluie accueille chaque année entre 10 et 15 compagnies. La compagnie de L’Homme debout est là depuis dix jours, celle de La Folie kilomètre depuis deux jours. « Chacun vient avec son projet, explique Frédéric Rémy. Ça peut être de l’écriture, des répétitions, la création de décors, costumes... » La « rue », qui traverse le bâtiment des ateliers, porte bien son nom : les artistes peuvent y répéter, mais à l’abri, avec un toit et de vastes baies vitrées laissant entrer la lumière.

La pièce centrale, où se peaufine le spectacle avec Mo, fait plus de 700 m2. « À chaque fois qu’une compagnie s’en va, on fait le vide, explique le directeur technique. On laisse seulement les murs et le sol, gris, neutres, pour ne pas les influencer dans leur création. » Des points d’accroche sont disponibles aux murs, en hauteur et au sol, vérifiés deux fois par an. Des armoires électriques sont également disposées à plusieurs endroits du bâtiment. Des passerelles en hauteur permettent aux artistes de circuler en toute sécurité.

EPI et matériel en stock

La tête de Mo a été alourdie par la pose d’un masque. Les artistes s’interrompent pour essayer de trouver une solution à cette tête devenue bien pesante… L’un d’entre eux part avec une barre de métal. « J’ai besoin de souder un élément pour faire un contre-poids », dit-il. Direction les ateliers. Là, les compagnies ont à leur disposition un poste à soudage dernier cri avec bras aspirant, une ponceuse avec aspiration à la source asservie, une meuleuse, une perceuse à colonne…

« Hugo, tes EPI ! » C’est un autre artiste qui interpelle Hugo. « Il faut dire que je veille au grain, répond celui-ci. Alors en effet, je dois être le premier à les porter. » Chaque compagnie doit apporter ses EPI, mais Le Parapluie en a également. Au cas où. « Nous avons toutes les pointures pour les chaussures de sécurité », s’amuse le directeur technique. De l’autre côté de « la rue », une pièce sert au stockage. Les caisses, sur roulettes pour faciliter les déplacements, sont soigneusement empilées. Un chariot élévateur est disponible pour les déplacer. À condition d’avoir le Caces et une autorisation de conduite.

Dans la même pièce, une armoire fermée à clé renferme tous les produits chimiques : white-spirit, acétone… « C’est déjà bien, explique Yann Brosson. Mais il faudrait qu’elle soit ventilée. » Sa phrase à peine terminée, le directeur technique lui répond qu’une personne va arriver à l’association Éclat pour faire le point sur tous les aspects liés au risque chimique, dont cette fameuse armoire. 

INTERVIEW

CCédric Ginouvès, directeur technique d’Éclat édric Ginouvès, directeur technique d’Éclat
« En matière de prévention et de sécurité, notre association a deux types d’approches : l’une liée à la sécurité du public lors du festival, et l’autre liée aux risques professionnels des artistes. Les deux sont intriquées, et la sécurité du public est la première chose que l’on aborde lors du travail de création. Ensuite, nous sommes souvent confrontés à des risques communs au BTP comme le travail en hauteur ou le risque électrique, sans compter ceux liés à la manipulation de feux d’artifices. Nous organisons fréquemment des formations destinées aux régisseurs et directeurs techniques. Nous profitons des mois d’octobre et novembre, au cours desquels nous n’accueillons pas d’artistes en résidence, pour les organiser. »

Delphine Vaudoux

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