DOSSIER

Vaste secteur aux emplois variés, la grande distribution représente l’un des premiers employeurs de France. Marquée par une forte sinistralité, elle a bénéficié d’un plan national d’actions concertées déployé par le réseau Assurance maladie-risques professionnels. Les efforts commencent à payer et un grand nombre d’entreprises restent suivies par les Caisses régionales de santé au travail, afin d’amplifier les actions de prévention en cours.

La grande distribution en France, c’est 500 000 emplois dont près de 30 % à temps partiel, plus de 29 000 accidents du travail avec arrêt en 2012 et un nombre très important de maladies professionnelles dont 98 % de TMS.

La grande distribution en France, c’est 500 000 emplois dont près de 30 % à temps partiel, plus de 29 000 accidents du travail avec arrêt en 2012 et un nombre très important de maladies professionnelles dont 98 % de TMS.

S’il est souvent bien difficile de définir précisément les périmètres d’un secteur d’activité, celui de la grande distribution ne déroge pas à la règle. Selon l’Insee, ce secteur serait constitué «des hypermarchés et des entreprises dites du grand commerce spécialisé ». Mais il est partout admis que la grande distribution regroupe l’ensemble des grandes, moyennes et petites surfaces de commerce de détail de biens et de services en libre-service à prédominance alimentaire. Une définition large qui regroupe de fait une multitude de métiers différents.

De l’acheteur en centrale d’achats au chargé de mise en rayons des produits, en passant par l’hôtesse de caisse ou encore le boucher ou le magasinier, la grande distribution aujourd’hui en France, c’est environ 500 000 salariés  (chiffre CnamTS 2014), répartis entre près de 1 700 hypermarchés, 9 200 supermarchés et 4 800 « supérettes » (chiffres Insee 2010). Ce qui en fait l’un des premiers employeurs du pays. D’après le ministère du Travail, 29,7 % des salariés du secteur travaillaient à temps partiel en 2013, parmi lesquels 84,3 % de femmes. En 2012, la CnamTS a enregistré plus de 29 000 accidents du travail avec arrêt dans les hypermarchés et supermarchés. Cela représente plus de 1,7 million de journées de travail perdues. On y dénombre également une quantité très importante de maladies professionnelles. La grande distribution est le secteur du régime général qui enregistre le plus grand nombre de troubles musculosquelettiques (TMS).

HISTOIRES DE SURFACES ET DE RÉFÉRENCES

Les supérettes ont une surface comprise entre 150 et 400 m2 et un assortiment (proposition de produits) limité à 1 500 références.

Les supermarchés ont une surface comprise entre 400 et 2 500 m2 et un assortiment allant de 3 000 à 5 000 références.

Les hypermarchés ont une surface d’au moins 2 500 m2 et un assortiment allant de 25 000 à 40 000 références.

Les maxi-discompteurs ont une surface inférieure à 2 500 m2 et un assortiment limité (moins de 1 500 références), principalement orienté vers les marques de distributeurs et les produits sans marque.

Depuis des années, le réseau Assurance maladie-risques professionnels (CnamTS, Carsat-Cramif-CGSS, INRS) déploie des moyens importants en direction de ce secteur, afin de mieux prévenir l’exposition aux risques professionnels. Les chiffres commencent à parler : l’indice de fréquence des accidents du travail a baissé de 3 points dans les supermarchés et de 4,9 points dans les hypermarchés, entre 2008 et 2012. En ce qui concerne les maladies professionnelles, les troubles musculosquelettiques (TMS, qui représentent près de 98 % des maladies professionnelles du secteur) 3 connaissent une baisse ces dernières années (voir le graphique ci-dessous).

Vincent Corlier, ingénieur-conseil à la Cramif et référent national « Grande distribution » au sein du réseau, revient sur ces données : « L’évolution récente de la sinistralité ne reflète pas parfaitement les actions menées dans les magasins et auprès des directions nationales des enseignes. D’abord, la déclaration des maladies professionnelles, du fait de leur plus grande connaissance par la société, continue à avoir un accroissement naturel, même si les conditions de reconnaissance des tableaux des TMS des membres supérieurs ont évolué. Et enfin, parce que les actions lancées lors du Plan national d’actions concertées (Pnac 2009-2013) commencent enfin à porter leurs fruits. »

Quatre grandes actions ont été menées dans le cadre de ce plan : la poursuite de l’action « TMS-mise en rayons » tout d’abord, qui a consisté à inciter les établissements à s’équiper de transpalettes électriques à haute levée pour la mise en rayons des produits lourds, des fruits et légumes et des liquides. Ensuite, la limitation de la manutention des produits aux postes d’encaissements dite « moins de 8 kg en caisse », avec l’application de la recommandation CnamTS R 440. Puis, une évaluation de la prévention des risques dans les réserves et sur l’appropriation d'un référentiel normatif pour la prévention des risques liés à la manutention manuelle. Enfin, la réduction de la hauteur des palettes, afin de faire disparaître les manutentions à plus de 1,80 mètre de hauteur. 5 876 visites d’établissements ont été réalisées par la Carsat.

ÉVOLUTION DES TMS PAR TYPE DE MAGASINS

Par ailleurs, les Carsat devraient assurer la promotion d’un socle de prévention à prendre en compte lors de la construction, l’aménagement ou l’agrandissement des magasins : pose de revêtements de sol antidérapants et de baies vitrées pour les laboratoires et les chambres froides, et mise en sécurité des quais de déchargement. Une mobilisation rapide du Réseau a permis également de faire face au développement rapide des drives, avec l’élaboration d’un référentiel sur la conception des lieux et situations de travail, ainsi que la réalisation d’un guide de prévention des risques professionnels.

Organisations et publications

Le réseau Assurance maladie-risques professionnels s’est par ailleurs organisé afin de suivre au plus près les grandes enseignes, mais aussi les plus petites, qui composent le secteur de la grande distribution. « Des correspondants d’enseignes sont chargés, au niveau national, de suivre plus précisément chaque acteur du secteur, précise Vincent Corlier. Le secteur a progressé sur des aspects techniques, mais également au niveau des organisations internes. » Par exemple : le groupe Carrefour s’est doté, au niveau national, d’une direction de la santé au travail, ainsi que d’un réseau d’animateurs de sécurité. Le groupe Intermarché déploie, au sein de sa direction « qualité et développement durable », des correspondants du pôle « santé au travail » en régions… « Toutes les enseignes ou presque vont vers une structuration de leur politique de prévention », constate encore l’ingénieur-conseil. En tout, quinze grandes enseignes et six grands franchisés ont bénéficié au niveau national, de l’appui d’au moins un ingénieur-conseil des Caisses de santé au travail.

Les actions menées ont donné lieu à des documents utilisables par les acteurs concernés. Parmi ceux-ci, les recommandations de la CnamTS, mais aussi les brochures de l’INRS et les publications des caisses régionales, qui rassemblent prescriptions techniques, textes de référence et exemples de bonnes pratiques sur divers sujets qui intéressent le secteur : conception des mobiliers, conditionnement des produits, équipements de manutention, prévention des risques liés aux travaux en hauteur, organisation du travail…

Certaines normes et documents édités par l’Afnor revêtent aussi une importance spécifique. En lien avec les normes, les fabricants de matériels les plus investis se sont engagés auprès des entreprises. Depuis la fin du Pnac, si la grande distribution n’est plus ciblée en tant que telle, un grand nombre d’entreprises du secteur sont visées par les actions « TMSPros ». « Ce qui devrait avoir pour effet de formaliser un certain nombre d’actions déjà engagées dans le sens de la réduction des TMS », précise Vincent Corlier.

EN SAVOIR PLUS

Publications de l’INRS
Conception des meubles d’encaissement. Cahier des charges intégrant les critères de confort, de sécurité et d’efficience au travail. ED 6080.
Guide de prévention des risques professionnels dans les drives (titre provisoire). ED 6203. Parution prévue second semestre 2015.

Recommandations de la CnamTS
L’évaluation des risques liés à la manutention manuelle des charges au poste d’encaissement dans les hypermarchés et supermarchés. R 440.
Limites pratiques permettant de diminuer les risques dus aux manutentions manuelles de colis ou produits palettisés au delà de 1,80 m. R 461.

Antoine Bondéelle

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