DOSSIER

Exploitant de parcs éoliens répartis sur le territoire, l’entreprise Boralex, producteur d’énergie électrique installé en France depuis le début du siècle, emploie des techniciens basés sur plusieurs centres au plus près de leurs machines. Ces derniers ont suivi de nombreuses formations à la santé et la sécurité au travail.

Il est important que les concepteurs des machines prennent en compte la problématique des travaux de maintenance dès la conception des éoliennes.

Il est important que les concepteurs des machines prennent en compte la problématique des travaux de maintenance dès la conception des éoliennes.

Chez nous, le risque le plus important est le risque routier ! », constate Fabien Avenas, responsable santé-sécurité de l’entreprise Boralex. Avant d’occuper ce poste, il a travaillé pendant cinq ans à la maintenance. « À l’époque, nous disposions de moins de bases de maintenance. Les distances à parcourir pouvaient être très importantes. Depuis, nous avons organisé les interventions en fonction des temps de déplacements. L’augmentation du nombre de salariés depuis quelques années a eu pour effet naturel de diminuer les déplacements effectués par chacun. »

Chez Boralex, chacun des techniciens est basé à environ deux heures, au maximum, des machines les plus éloignées. « Nous disposons de quatre grands centres régionaux de surveillance du parc de machines, continue Guillaume Boulon, responsable d’opérations et de maintenance sur le site de Chaspuzac, en Haute-Loire. Le centre de contrôle national, situé à Blendecques, dans le Pas-de-Calais, peut ainsi contrôler le statut de chacune de nos turbines réparties sur le territoire : fonctionnement, pannes éventuelles, vitesse du vent, etc. Grâce à une armée de détecteurs, nous savons toujours comment se portent et se comportent nos éoliennes, quel que soit l’endroit où elles se trouvent. » Et pour s’y rendre, c’est forcément par la route : « Nous avons déploré récemment deux accidents de la route, reprend le responsable santé-sécurité, heureusement sans conséquences graves pour nos salariés. Mais cela a renforcé notre conviction sur ce risque : il faut amplifier les actions de prévention et de formation, sans oublier les aspects d’organisation, de plannings… » Sachant que même les meilleures organisations restent sujettes à l’imprévu sur la route.

Des formations communes entre intervenants

« L’organisation des déplacements est essentielle, intervient Franck Gougat, contrôleur de sécurité à la Carsat Auvergne. Elle doit être formalisée dans les procédures internes et tenir compte des temps de travail, de déplacements estimés et réels, afin d’éviter des fatigues excessives. » En particulier, les possibilités de se restaurer, voire de dormir à proximité, font partie de la préparation des déplacements : « Aucun de nos collaborateurs ne s’est vu refuser un repos éventuel », précise Guillaume Boulon. Sans compter les actions préventives matérielles ou administratives : entretien régulier des véhicules, vérification de la validité des permis de conduire… Les recueils d’accidents bénins et des « presqu’accidents » sont tenus à jour, et chaque événement fait l’objet d’un retour d’expériences par le responsable santé-sécurité : « Une pratique aussi systématique qu’indispensable. D’autant que, depuis le rachat d’Enel-Greenpower France à la fin de l’année 2014, nous avons intégré dix parcs éoliens et une équipe de techniciens supplémentaire, ajoute Fabien Avenas. L’entreprise, tout comme le secteur, connaît des changements très rapides. Un futur CHSCT, à mettre en place, devrait favoriser un dialogue accru avec le terrain… »

Base de maintenance de Chaspuzac : « D’ici, sept personnes surveillent un parc total de 76 machines », explique Guillaume Boulon. Dans des bureaux d’une centaine de mètres carrés, une série d’écrans retransmettent les données des éoliennes. « L’apparition d’un défaut plus ou moins important déclenche une intervention de notre part ou de celle des fabricants de machines, détaille le responsable d’opérations. Nous dépannons environ 90 % des défauts, à part les gros pépins, comme les pannes de multiplicateurs ou de génératrices. » Ces pièces sont prises en charge par les turbiniers : « Nous disposons de procédures communes avec un certain nombre d’entre eux, comme par exemple General Electric ou Enercon. Nos salariés suivent des formations similaires et les échanges réguliers entre structures permettent à tous d’avoir le même niveau d’information sur les parcs », continue Fabien Avenas.

RISQUE D’INCENDIE : UNE LEÇON POUR LA PROFESSION

En octobre 2013, aux Pays-Bas, deux intervenants ont trouvé la mort dans l’incendie d’une nacelle d’éolienne. Cet événement dramatique a constitué un véritable aiguillon pour la profession. Toutes les entreprises (fabricants d’éoliennes et producteurs d’énergie) ont été depuis formées à la prévention des départs d’incendies. Chez Boralex, ont eu lieu très récemment des tests concluants sur un système d’auto-extinction de départ de feu en nacelle, avec l’installation d’un détecteur de fumée et l’utilisation d’un aérosol extincteur. Cet aérosol, qui couvre environ 20 m3 de volume (soit l’essentiel du volume d’une nacelle), est non toxique et non corrosif pour les intervenants comme pour le matériel. Des cordes antifeu, résistant à des températures supérieures à 350 °C pendant plus d’une heure, vont équiper dorénavant les sacs d’évacuation, emmenés lors de chaque intervention par les équipes. L’évacuation, facilitée par plusieurs trappes de sortie installées sur la nacelle, est prévue pour être effectuée en deux minutes environ.

Les opérations sont planifiées par ordre de priorité, mais pas seulement : « Nous effectuons une maintenance à trois niveaux : curative, pour les pannes ; préventive, avec les maintenances mécanique et électrique et les vérifications périodiques ; et enfin prédictive, en utilisant les signaux, parfois discrets, envoyés par les machines, pour prévenir des pannes futures », signale Guillaume Boulon. Par exemple, une microfissure apparaissant sur un roulement à billes, détectée à temps grâce à la présence d’un capteur de vibrations sur cet organe, entraînera un changement évitant la casse.

Ce jour-là, le remplacement d’un anémomètre ultrasonique, instrument permettant la mesure de la vitesse et de la direction du vent, est prévu sur le site éolien de Cham-Longe, en Ardèche. « Une équipe du groupe Dekra y est également présente, pour effectuer des vérifications des équipements électriques et de levage et des lignes de vie », précise Fabien Avenas. L’un des opérateurs appelle la base en arrivant sur place, en précisant l’objet, le nombre de personnes présentes et la durée estimée de l’intervention. Les salariés s’équipent de harnais, de casques et de chaussures de sécurité : « Toutes les interventions sur site ont lieu au moins à deux, une personne restant en contact permanent avec la base ou le centre de contrôle », explique Guillaume Boulon.


Hauteur et altitude

Sur ce parc, les machines ne sont pas dotées d’ascenseurs ou d’élévateurs de personnes. « Celles construites depuis 2010 en sont toutes équipées, clarifie le responsable santé-sécurité. En attendant, tous nos agents intervenant sur les sites éoliens sont formés aux travaux en hauteur, à l’évacuation rapide, au sauvetage-secourisme du travail. Les plus expérimentés d’entre eux (une dizaine environ) sont également formés aux accès sur cordes. » Les services de secours (Sdis, Grimp…) réalisent aussi des exercices d’évacuation et de sauvetage au moins une fois par an. « Il est important que les concepteurs des machines prennent en compte la problématique du travail en hauteur dès la conception des éoliennes, souligne le contrôleur de la Carsat. La surveillance médicale des salariés doit aussi tenir compte des spécificités de ces postes. » Chez Boralex, un animateur en interne a été formé pour les formations à l’habilitation électrique : « Nous intervenons hors tension, avec un système de consignations précis, rappelle le responsable d’opérations. Tous nos gars sont formés et suivent un recyclage régulièrement. »

RISQUE DE FOUDRE : ÉVACUATION DÈS LA PREMIÈRE ALERTE

Chez Boralex, on préfère ne pas laisser tomber la foudre sans réagir. En cas d’impact de foudre dans les 30 km autour de chaque site, des alertes par mail et SMS arrivent dans les quinze secondes sur les portables des intervenants sur sites. L’évacuation immédiate des éoliennes est alors déclenchée. Les constructeurs garantissent une protection complète contre les risques de foudre, avec une mise à la terre (« Lightning roads ») des pales d’hélices, des éléments cinématiques (transmissions multiplicateurs d’énergies) et de la tour : « Nous ne faisons courir aucun risque aux intervenants », remarque le responsable santé-sécurité. Les signes d’approche de la foudre, à l'intérieur des éoliennes, outre les alertes, sont nombreux : flashes, bruits électriques, démangeaisons… Les équipements d’évacuation sont vérifiés ou changés régulièrement.

Cham-Longe est à 1 500 m d’altitude. La quasi-totalité des sites éoliens de la région est située en altitude. Ils sont donc particulièrement exposés aux intempéries : neige en hiver, orages en été… Fabien Avenas a creusé le sujet : « Les risques météorologiques nécessitent un double dispositif de notre part. En ce qui concerne les interventions prévisibles, nous essayons de les planifier le plus possible durant la belle saison. Pour les autres, nous avons mis au point un système d’accès ou d’alerte et d’évacuation rapides. » En cas de neige, seules les interventions d’urgence sont réalisées, à l’aide d’un véhicule à chenilles. « Nous sommes également en liaison avec la station locale de ski de fond, à proximité de laquelle notre véhicule est garé, précise encore Guillaume Boulon. Nous disposons également d’un refuge avec réchaud et vivres, jamais utilisé en près de dix ans. » Le risque « orages » est aussi envisagé avec le plus grand sérieux (lire l’encadré « Risque de foudre : évacuation dès la première alerte »). « Dans un secteur encore récent comme l’éolien, en pleine évolution, il est très important qu’une dynamique vertueuse de prévention, comprenant notamment les aspects de formations, d’organisation du travail et de vérifications techniques, se mette en place dès que possible », conclut Franck Gougat.

FAITS & CHIFFRES

Créé en 1989 au Canada, Boralex est une entreprise filiale du groupe papetier Cascades, qui a souhaité se doter de ses propres moyens de production d’énergie (vapeur et électrique).
Une production d’électricité de 940 MW dans le monde (250 salariés), dont 77 % d’énergie éolienne. Répartition géographique : 49 % en France, 42 % au Canada et 9 % aux États-Unis.
Deux sièges sociaux et centres de contrôles à distance : Kingsey Falls (Canada), Blendecques (France, 62).
Le parc du Cham-Longe, construit en 2005, comprend 14 éoliennes et produit une puissance de 22,6 MW. Une éolienne a une durée de vie moyenne garantie de 25 ans.
Puissance nominale par machine : de 0,8 à 3 MW (puissance médiane 1,5 MW) ; les plus récentes peuvent aller de 6 à 10 MW.

Antoine Bondéelle

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