DOSSIER

Des vies dépendent des poches que les préparateurs en pharmacie confectionnent. Les gestes sont minutieux, l’attention maximale… ce qui peut être à l’origine de douleurs.

Tout a été analysé et a débouché sur l’achat de matériels et la réorganisation de l'activité.

Tout a été analysé et a débouché sur l’achat de matériels et la réorganisation de l'activité.

C’est un métier où l’on n’a pas le droit à l’erreur, car il s’agit de préparer des poches de médicaments anticancéreux destinées aux malades atteints d’un cancer. La pharmacie de l’Institut de cancérologie Lucien-Neuwirth, dans la Loire, compte treize préparateurs en pharmacie et quatre pharmaciens. Une vaste réflexion a été menée sur le travail de ce service.

En 2009, des douleurs des membres supérieurs (épaules, coudes, mains) sont mentionnées par les préparateurs en pharmacie lors de l’évaluation des risques. Puis confirmées par le médecin du travail. La soudeuse qui sert à fermer les pochettes plastiques paraît toute désignée. « Mais ça n’était qu’un aspect du problème, souligne Alain Balsière, ergonome à la Carsat Rhône-Alpes. Une sensibilisation de toute l’équipe sur les TMS a été réalisée, puis on a monté un projet pour travailler sur la situation. » Marie-Françoise Cheyssac, l’une des préparatrices en pharmacie, devient référente TMS du service. Elle suit une formation de trois jours, suivie de deux demi-journées d’accompagnement. « On a alors cherché tout ce qui pouvait être à l’origine des plaintes », explique-t-elle. « Cela allait au-delà d’une gestuelle contraignante, poursuit Xavier Simoëns, pharmacien. Tout l’environnement a été analysé : le bruit, les cadences de production, l’organisation du travail, les flux. » L’équipe est associée au diagnostic et à la réflexion sur les solutions.

Le bruit d’abord. Il ne dépasse pas 68 dB(A), mais reste présent dans les salles blanches où la concentration est maximale pour ce travail minutieux. Impossible de faire porter des bouchons d’oreilles aux préparateurs, car l’échange est primordial. « On s’est attaqués aux sources de bruit, remarque Lionel Roesch, responsable qualité : à la ventilation, en installant des pièges antibruit, et aux frigos en les mettant dans une autre pièce. » L’éclairage a également été corrigé : des tubes fluorescents adaptés ont été installés dans les deux salles et un éclairage d’appoint a été ajouté dans les isolateurs. Par ailleurs, de nouvelles étagères et des tringles, pour limiter l’amplitude des gestes, sont mises en place. « La poubelle a aussi été modifiée. Certes, le couvercle est plus lourd, estime Marie-Françoise Cheyssac, mais à présent nous pouvons le laisser entrouvert. On ne passe plus notre temps à l’ouvrir et à le fermer. » De plus, son conteneur est maintenant rigide : les seringues peuvent y être jetées, sans crainte de le percer.

UN TRAVAIL TRÈS ORGANISÉ

Quatre isolateurs situés dans les deux salles blanches constituent les postes de travail. Deux fonctionnent quotidiennement. Un troisième peut être mis en marche si nécessaire, ce qui aide à mieux gérer le stress lié à un possible incident de stérilisation ou à un surcroît d’activité. Le dernier peut être en maintenance. Les ordonnances arrivent sur les ordinateurs des pharmaciens, à l’extérieur des salles blanches. Elles sont vérifiées. Les feuilles de fabrications sont éditées, validées puis transmises aux binômes constitués chacun de deux préparateurs (le premier confectionne les poches sous l’isolateur ; l’autre, l’aide manipulateur, vérifie à chaque étape le travail du premier). D’un jour sur l’autre, les binômes et les rôles changent. Les préparations ne sont jamais identiques : elles dépendent de la pathologie du malade, mais aussi de sa surface corporelle, fonction de sa taille et de son poids. Une fois terminées, les poches ressortent par un sas. Elles sont vérifiées et libérées par les pharmaciens et dispatchées dans les services de soins par un préparateur en pharmacie. Environ 42 000 poches sont préparées chaque année dans ce service qui alimente quatre établissements de la Loire, soit une moyenne de 150 par jour, avec des pointes pouvant dépasser les 220 unités.

L’organisation a également été revue, pour limiter la charge mentale : les appels des infirmières n’arrivent plus en salle blanche… les pharmaciens, qui sont dans une pièce attenante, les filtrent. Les préparateurs ne travaillent plus en trinômes (deux préparateurs et un contrôleur) mais en binômes : un manipulateur et un aide manipulateur qui contrôle le travail tout au long du process. Celui-ci sera validé puis la préparation libérée par l’un des pharmaciens. Car toute erreur sur ces préparations destinées à des malades atteints de cancer peut être fatale. Et toutes les préparations sont différentes. Ce qui fait peser une lourde responsabilité sur le personnel de ce service.

Delphine Vaudoux

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