DOSSIER

À Aumale, aux confins de la Picardie et de la Normandie, Parmentier polissage est une entreprise spécialisée dans le polissage de toutes sortes de pièces métalliques. Cette TPE a mis en place, avec l’aide de la Carsat Normandie, un système de captage des poussières particulièrement performant.

Les six postes de polissage fixes sont équipés de dispositifs de captage enveloppants reliés à une aspiration centralisée. L’installation est complétée par un bras articulé.

Les six postes de polissage fixes sont équipés de dispositifs de captage enveloppants reliés à une aspiration centralisée. L’installation est complétée par un bras articulé.

C’est une TPE qui se dévoile difficilement. À Aumale, en Seine-Maritime, nulle pancarte ne l’indique. Devant la cour où elle est installée, pas plus de panneau ni de logo. C’est derrière une lourde porte en bois que nous accueille Philippe Parmentier, le dirigeant de Parmentier polissage. Cette entreprise de deux salariés est spécialisée dans le polissage de métaux. Confrontée à la problématique des poussières, elle a largement investi dans un système de captage.
« Je voulais mettre mes locaux en conformité. » C’est ainsi que Philippe Parmentier justifie son appel à la Carsat pour lui soumettre son problème de poussières. Il a créé son entreprise il y a trois ans parce que sa femme, elle-même à la tête d’une TPE de fabrication de tringles de tapis, avait besoin de faire polir les barres qu’elle vendait. Au fil des années, il a élargi sa clientèle et polit désormais des objets en aluminium, laiton, cuivre et acier inox : des seaux à champagne, des couverts apportés par des orfèvres et destinés à des palaces, des cors de chasse, des trompettes ou encore des buts de baby-foot ou des baromètres.
« Avant, on utilisait un aspirateur. Mais ça n’était pas ça. Il y avait des poussières partout », se souvient Philippe Parmentier. Six postes permettent de polir toutes les pièces qui arrivent. Ternes ou abîmées, les pièces ressortent étincelantes, à l’intérieur comme à l’extérieur, après polissage à la brosse ou au touret.

REPERES

Décrypter les devis
En juin 2018, à la suite de la sollicitation du dirigeant, Rémy Lagorce, contrôleur de sécurité à la Carsat Normandie, fait intervenir le laboratoire interrégional de chimie pour évaluer l’empoussièrement de ces 250 m2 de locaux. Des prélèvements individuels sont réalisés sur les polisseurs. Ils mettent en évidence des expositions à l’aluminium et au cuivre, ainsi qu’une dispersion de poussières métalliques dans l’atelier. « Pour des métaux, et en fonction de l’activité, il est apparu que certains résultats étaient au-dessus de la VLEP, explique Corinne Bidan, ingénieur-conseil. De plus, en raison du traitement de pièces en aluminium, nous avons aussi identifié un risque Atex. »
Philippe Parmentier prend la décision d’investir. Dans un premier temps, le dirigeant cherche à garder les capots déjà en place sur les postes de travail. « Mais je me suis vite aperçu que ça n’était pas judicieux », explique Philippe Parmentier. « On l’a aidé pour écrire le cahier des charges, souligne le contrôleur de sécurité. Puis, lorsqu’il a reçu les devis, on était également présents pour décrypter un peu tout ça. » Le service prévention de la Carsat est en effet intervenu auprès du fournisseur au moment de l'élaboration du cahier des charges pour s’assurer de la prise en compte des préconisations des guides de ventilation INRS. En outre, « le risque Atex a fait l’objet d’échanges entre notre référent Atex et le fournisseur », précise Corinne Bidan.
Le gérant se lance ensuite dans des travaux conséquents : les six postes de polissage fixes sont équipés de dispositifs de captage enveloppants reliés à une aspiration centralisée. L’instal­lation est complétée par un bras articulé, nécessaire au polissage de pièces de format atypique (notamment les seaux à champagne). « En fonction du poste utilisé, nous ouvrons l’un des sept clapets de l’aspiration, c’est simple et pratique, remarque l’un des polisseurs, Anthony Garet. Et depuis qu’on a cette installation, la différence est notable : on ne travaille plus avec des masques et on n’a plus cette poussière omniprésente dans l’atelier. ».

Avant, on utilisait un aspirateur. Mais ça n’était pas ça. Il y avait des poussières partout.

Un local dédié
Afin de pouvoir disposer d’un espace suffisant pour installer le système de traitement des poussières dans un local dédié, Philippe Parmentier a travaillé avec le fournisseur et a finalement déplacé une cloison de son atelier. Outre le compresseur, ce local technique abrite un cyclone à haut rendement qui permet de récupérer les plus grosses particules de poussières ainsi que la bourre de tissus de polissage et, en aval, un dépoussiéreur à poches filtrantes.
Les poussières sont récoltées dans des fûts sur roulettes, facilitant les manutentions pour les vidanges. Des sachets en plastique dans les contenants permettent de supprimer les transvasements, limitant ainsi la remise en suspension des poussières. Tous les 15 jours, Philippe Parmentier se rend à la déchetterie pour vider ces sacs.
Quant à l’air filtré, il est rejeté à l’extérieur. « Compte tenu de la taille de cette entreprise, je trouve que l’installation mise en place est remarquable et particulièrement efficace », conclut Rémy Lagorce.

LES MÉTAUX ET LEURS DANGERS

Les aérosols émis et les poussières peuvent être inhalés par les opérateurs et entraîner des pathologies. Le cuivre, présent notamment dans le laiton, peut être responsable de manifestations locales (coloration verdâtre de la peau, des cheveux, congestion nasale), pulmonaires, hépatiques et rénales (lésions cellulaires, fibrose…). L’exposition à l’oxyde d’aluminium peut provoquer une surcharge pulmonaire pouvant induire une pneumoconiose. Son inhalation peut affecter la mémoire et les fonctions supérieures du système nerveux qui commandent la vigilance. Enfin, l’inox comprend du chrome et du nickel, considéré comme cancérogène et allergène. Le chrome peut être à l'origine d'intoxications aiguës se traduisant par une irritation importante de la peau et des muqueuses (oculaires, respiratoires et digestives). Les contacts avec la peau produisent allergies et ulcérations, et l'inhalation crée des lésions des voies aériennes (rhinite, laryngite, cancers…).

RISQUE ATEX

© Fabrice Dimier pour l’INRSLes poussières produites par le meulage et le polissage de pièces en aluminium ou alliages d’aluminium sont combustibles et forment dans l’air des mélanges explosifs (concentrations minimales comprises entre 40 et 140 g/m3 selon la granulométrie). « Nous avons donc confirmé au fournisseur et à l’entreprise, la nécessité de prise en compte du risque Atex dans la définition des éléments techniques de l’installation de ventilation », remarque Corinne Bidan.

Delphine Vaudoux

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