DOSSIER

© Gaël Kerbaol / INRS

Ouverte en juillet 2013, la crèche rennaise Loris-Malaguzzi a été conçue selon des critères drastiques afin d’assurer la meilleure qualité de l’air possible pour les 0-3 ans. Des préconisations dont bénéficie également le personnel en poste.

Des études révèlent que les produits d’entretien sont susceptibles, du fait de leur composition ou leur mode d’utilisation, d'être source d’émission de substances polluantes pouvant présenter un risque pour la santé des applicateurs mais aussi des usagers des locaux.

Des études révèlent que les produits d’entretien sont susceptibles, du fait de leur composition ou leur mode d’utilisation, d'être source d’émission de substances polluantes pouvant présenter un risque pour la santé des applicateurs mais aussi des usagers des locaux.

D’immenses baies vitrées, d’élégantes couleurs sur les murs et les sols, une sensation d’espace, la crèche multi-accueil Loris-Malaguzzi respire la sérénité et le calme malgré les dizaines de bambins qui manifestent, à tour de rôle, joie, colère ou contrariété. Ouvert en juillet 2013 dans le sud de Rennes, en Ille-et-Vilaine, ce vaste espace éducatif de 1 200 m2 (dont un préau de 258 m2 ) est réparti entre le rez-de-chaussée et le premier étage d’un immeuble d’habitation. Avec 64 places en accueil collectif, et une vingtaine de places en accueil familial, il a été conçu selon une démarche de développement durable, prenant en compte notamment la qualité de l’air.

« Les enfants sont l’une des populations les plus vulnérables vis-à-vis de la qualité de l’air intérieur, explique Pauline Mordelet, de la Direction Santé Publique-Handicap, au sein du Service Santé Environnement de la ville de Rennes. La pollution de cet air peut entraîner chez eux des problèmes de santé à court, moyen ou long terme. Leur système respiratoire et leur système de défense ne sont pas encore matures. » Soucieuse de cette problématique de santé publique, la ville de Rennes s’est engagée, dès 2009, dans un plan d’action soutenu par l’Agence régionale de santé (ARS) visant à améliorer la qualité de l’air intérieur des bâtiments municipaux accueillant des enfants : choix des matériaux de construction et de décoration, pratique d’entretien, systèmes de ventilation et d’aération, comportement des usagers au sein des bâtiments.

LA VILLE TIENT FERME LES RÊNES DE LA PRÉVENTION

Le plan d’action « Qualité de l’air » de la ville de Rennes s’inscrit dans le Plan régional santé environnement et le Contrat local de santé (CLS). Ce dernier engage notamment la municipalité à prévenir les risques sanitaires liés au bâti. Parmi les préconisations :

•  intégrer à la construction de logements la prise en compte de la qualité de l’air intérieur ;

•  prescrire et mettre en œuvre pour les équipements municipaux des dispositions constructives (matériaux, ventilation…) favorables à la santé et compatibles avec les différentes contraintes (usage, sécurité, économies d’énergie, entretien…) ;

•  mettre en œuvre des actions de prévention des risques sanitaires liés aux bâtiments (intoxication oxycarbonée, saturnisme, amiante, radon, légionnelles…) ;

•  développer une approche « conseil en environnement intérieur » pour les habitants.

« Ces actions sont d’abord destinées aux enfants mais bénéficient aussi aux personnels qui travaillent dans les crèches », précise Martine Ralaivao, technicienne à la Direction santé publique-handicap, au sein du service santé environnement de la ville de Rennes. Après avoir choisi le site, procédé à l’amélioration de la qualité des sols, la Direction de la petite enfance (DPE) et la Direction des bâtiments communaux (DBC) ont donc intégré, de concert, dès sa conception en 2008, cette dimension environnementale à laquelle ils ont associé le promoteur ainsi que le maître d’œuvre. « La DPE et la DBC ont conçu le programme fonctionnel de la crèche, en intégrant une dimension HQE, explique Laurence Guéguen, directrice Petite Enfance de la ville. Ciblant la qualité de l’air, ils ont insisté sur la nécessité de ne pas utiliser de climatisation et de positionner la prise d’air du dispositif de ventilation côté jardin et non côté rue. Pour les mêmes raisons, les unités de vie et les dortoirs ont également été orientés côté jardin. »

L’entretien des locaux, élément essentiel

Le choix retenu pour la ventilation ? Un système dit « à double flux » dont la particularité est de limiter les pertes de chaleur inhérentes à la ventilation. « Ce process récupère la chaleur de l’air vicié extrait du bâtiment et l’utilise pour réchauffer l’air neuf filtré venant de l’extérieur, précise Franck Le Roy, ingénieur bâtiment à la DBC. Un ventilateur pulse cet air neuf préchauffé dans les pièces principales par le biais de bouches d’insufflation. » Pour que cette ventilation ne conduise pas à une dégradation de la qualité de l’air, elle doit être parfaitement entretenue (nettoyage régulier des bouches d’insufflation et d’extraction d’air, changement des filtres…).

Autre élément essentiel pour garantir une bonne qualité de l’air intérieur : l’entretien des locaux. Les études sur le sujet révèlent que les produits d’entretien peuvent, par leur composition ou leur mode d’utilisation, être source d’émission de substances polluantes pouvant présenter un risque pour la santé des applicateurs mais aussi des usagers des locaux. « Nous avons développé un protocole commun à l’ensemble des établissements recevant des enfants pour l’entretien des locaux, pointe Laurence Guéguen. Les techniciennes d’entretien ont été formées à ces produits qui ont été sélectionnés par les services compétents de la ville. Bref, un critère “ santé ” a été introduit dans le marché produits d’entretien. » Par ailleurs, au sein de la crèche, les produits d’entretien sont stockés dans un local réservé et ventilé. « Nous rinçons après avoir utilisé ces produits lorsque cela est requis et en limitons la dispersion par vaporisation, explique Anne Lemaître, la directrice de la crèche. Nous maintenons les pratiques d’aération pendant et après les opérations d’entretien, qui ont lieu le matin et en fin d’après-midi. »

Le mobilier porte également une part de responsabilité non négligeable dans la qualité de l’air intérieur. Les études les plus récentes démontrent que certains meubles dégagent des composés organiques volatils pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines après leur installation. « Les peintures, vernis ou résines utilisés pour confectionner ces meubles contiennent de nombreux solvants », précise Pauline Mordelet. Pour meubler la crèche, les meubles les moins émissifs ont été privilégiés et les cartons ayant renfermé les meubles rapidement éliminés. « Pendant trois semaines avant l’ouverture de la crèche, nous avons aéré les pièces lors de la mise en place du nouveau mobilier », explique Anne Lemaître.

UN SOIN TOUT PARTICULIER APPORTÉ À LA QUALITÉ DES SOLS DE LA CRÈCHE

Souhaitant s’assurer que le site ne présentait aucun problème pour l’installation de la crèche Loris-Malaguzzi, la ville de Rennes a, en 2007, réalisé une étude afin de garantir la qualité des sols. Des travaux de réhabilitation validés par l’Agence régionale de la santé en 2008 ont été engagés. Ils ont consisté à retirer 30 à 50 cm des terres d’origines pour les remplacer par des terres saines dont la qualité a été vérifiée avant leur mise en place. Un géotextile a également été posé entre les sols historiques et les terres saines. « Ce tissu, tout en laissant passer l’eau, constitue une barrière physique empêchant le mélange des terres », précise Martine Ralaivao, à la Direction santé publique-handicap, au sein du service santé environnement de la ville de Rennes. Quelques précautions d’usages doivent être respectées pendant la durée de vie de la crèche : maintien de la couche de terres propres, interdiction de la culture de fruits et de légumes sur le site, évacuation minutieuse des sols d’origine (situés sous le géotextile) en cas de travaux.

À l’instar du mobilier, les matériaux de construction, par leur composition, peuvent être source de dégradation de la qualité de l’air intérieur, en émettant des polluants volatils qui se dispersent dans les locaux. Cette pollution peut concerner les revêtements de sols, les peintures, les colles mais aussi les faux plafonds ou certains éléments d’isolation. Ainsi des produits écolabels ont-ils été prescrits dans le cahier des charges pour la construction de la crèche. « Des sols en linoléum ont été privilégiés car ce revêtement est principalement fabriqué à partir de matières premières d’origine végétale, explique Pauline Mordelet. Ce qui ne veut pas dire que ces sols n’émettent pas du tout de composés organiques volatils (COV). Les sols PVC, souvent confondus, à tort, avec le linoléum, renferment, pour la plupart, des phtalates, qui peuvent s’accumuler dans les poussières et sur les surfaces. Il ne faut pas négliger cette dimension car les enfants sont en contact rapproché avec les sols. » Jouxtant la crèche, le vaste jardin où les enfants aiment s’ébrouer lorsque le soleil darde ses rayons, n’a pas été négligé par les concepteurs du bâtiment. Des arbres à faible pouvoir allergisant ont ainsi été sélectionnés, les plantes toxiques ayant été exclues…

Éric Delon

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