DOSSIER

Lancée dans le dispositif TMS Pros depuis un an et demi, la direction du FAM et de la MAS des IV Seigneurs à Montpellier démarre en 2016 sa troisième analyse de poste.

Avant même d’entrer dans le dispositif TMS Pros, la direction des deux établissements s’était engagée dans la lutte contre les TMS, avec notamment l’acquisition et l’installation de divers équipements comme le lève-personne à la piscine.

Avant même d’entrer dans le dispositif TMS Pros, la direction des deux établissements s’était engagée dans la lutte contre les TMS, avec notamment l’acquisition et l’installation de divers équipements comme le lève-personne à la piscine.

Lorsque la MAS (maison d’accueil spécialisée) et le FAM (foyer d’accueil médicalisé) des IV Seigneurs à Montpellier ont été désignés pour entrer dans le dispositif TMS Pros, la directrice, Michèle Matta, l’a d’abord vécu comme une contrainte. « Mais d’une contrainte il faut savoir faire une opportunité et, un an et demi plus tard, je ne regrette pas d’être entrée dans la démarche », relève-t-elle. À l’origine, ce sont deux cas de TMS reconnus comme des maladies professionnelles à quelques mois d’intervalle – même si les salariés étaient entrés récemment dans la structure, c’est au dernier employeur de monter le dossier – qui ont conduit la Carsat Languedoc-Roussillon à solliciter ce site.

Le FAM, créé en 1991, accueille 60 résidents adultes, tous déficients sévères à profonds, touchés par des pathologies associées (auditives, visuelles...) et ayant besoin d’une aide dans tous les gestes de la vie quotidienne. La MAS, elle, héberge 36 adultes polyhandicapés et pour la plupart en fauteuil roulant, ce qui pose au personnel des problèmes de manutentions et de déplacement des résidents. En tout, les deux établissements, regroupés dans une même structure appartenant à l’association Adages, implantée dans le département de l’Hérault, emploient 140 salariés.

C’est sur un poste administratif que l’équipe des IV Seigneurs s’est d’abord penchée. « Au moment où s’est posée la question, la secrétaire souffrait d’une tendinite au coude. Nous avons choisi de commencer par travailler sur son poste en pensant que ce serait plus simple », indique Fatiha Chataigner, chef du service logistique et référent sécurité et santé au travail. Entre le diagnostic et l’analyse du poste, il aura cependant fallu pas moins d’une année et dix réunions du CHSCT pour mettre en place les solutions adaptées (lire l’encadré ci-dessous). « La méthodologie utilisée est celle qui a nous a été enseignée à Fatiha Chataigner et moi-même, lors d’une première formation de quatre jours : la MACPT (méthode d’analyse de la charge physique de travail) », explique Michèle Matta. La secrétaire a d’abord répondu à un questionnaire pour évaluer son ressenti sur ses tâches, puis il s’est agi de quantifier les contraintes. Une des ergothérapeutes du site a été mobilisée pour ses compétences et le comité de pilotage a détaillé les points noirs du poste en s’aidant notamment de séquences de travail de la secrétaire filmée de dos puis de face. L’équipe s’est montrée volontaire et très investie. Il ne lui manque plus qu’à faire le reporting des résultats de la démarche pour valider l’étape 4 du dispositif TMS Pros. « Ils seraient alors les premiers de Languedoc-Roussillon », se félicite Marie-Astrid Kervellec, contrôleur de sécurité à la Carsat Languedoc-Roussillon.

Adapter les véhicules

Il faut dire que la direction des deux établissements s’était engagée dans la lutte contre les TMS avant même d’entrer dans le dispositif TMS Pros. Chariots réalisés par les services techniques pour déplacer le matériel d’animation (appareil pour karaoké par exemple), utilisation de lève-personnes dans les chambres ou les parties communes pour déplacer les résidents en fauteuil, installation d’un rail au plafond de la piscine pour y fixer le lève-personne... Le CHSCT se saisissait ponctuellement de ces problématiques de TMS, lorsque quelqu’un se faisait mal au dos par exemple. Avec TMS Pros, la démarche est beaucoup plus globale. « Les membres du CHSCT ont été très constructifs, certains se révélant même à cette occasion, ce qui a redonné une dynamique à l’équipe », observe Michèle Matta.

LES AMÉNAGEMENTS DU POSTE ADMINISTRATIF

Même si, a priori, l’aménagement du poste de la secrétaire de la MAS et du FAM n’a rien de révolutionnaire, les changements ont largement amélioré l’exécution de ses tâches. Son bureau rectangulaire a été remplacé par un bureau circulaire et une rallonge lui permet d’accéder aisément à tous ses dossiers. Les accoudoirs du fauteuil ont été rapprochés du corps et ajustés à la hauteur du bureau. Deux caissons qui limitaient ses mouvements ont également été déplacés. « Surtout, je travaille désormais sur deux écrans, ce qui est pratique lorsque je prépare la paie. Plutôt que de saisir sur l’ordinateur et de lire les données sur une sortie papier, les informations figurent sur deux écrans distincts ce qui évite les mouvements de cou répétitifs et facilite la tâche », remarque Patricia Annarumo, la secrétaire. Cet aménagement a aussi été adopté dans le bureau de l’assistante de direction qui s’occupe également de la paie. Coût de l’ensemble des aménagements des huit postes administratifs : 2 500 euros.

Portés par cet élan, le CHSCT et le comité de pilotage se sont lancés à la demande du personnel dans l’analyse des véhicules de transport des résidents. « Nous avons fait venir le fournisseur et avons étudié, avec l’appui de l’ergothérapeute et de la psychomotricienne, les manipulations et manutentions réalisées afin que le personnel ne se fasse pas mal au dos. Les véhicules vont donc désormais être équipés de poignées et des gommettes vont être posées pour savoir dans quel ordre disposer les sangles », indique Fatiha Chataigner.

Désormais, c’est à l’analyse des postes des personnels d’accompagnement, aides médico-psychologiques, aides-soignants, moniteurs éducateurs et éducateurs spécialisés, que la direction a décidé de s’attaquer. « Nous allons commencer par ceux de la MAS, qui demandent le plus de manutentions. Les personnels d’accompagnement du FAM sont, eux, davantage confrontés à des problématiques de chute de résidents qu’il faut retenir ou aider à se relever », note Fatiha Chataigner. Quatre personnes se sont portées volontaires pour répondre au questionnaire de la MACPT. Tout comme la secrétaire, ils seront filmés dans l’exercice de leur fonction pour faciliter le décryptage des gestes effectués. Au total, le travail pourrait durer une année.

En attendant les conclusions de l’analyse, un plan d’action général a été envisagé. Par exemple, former les salariés à la Prap 2S (prévention des risques liés à l’activité physique de la santé et du social). « Une démarche qui va plus loin que les formations gestes et postures, insuffisantes, et permet à chaque personne de réfléchir en amont à ses gestes et de les adapter à sa morphologie et à son environnement », explique Marie-Astrid Kervellec. La direction souhaiterait également installer des rails électriques au plafond des chambres de dix résidents n’ayant aucun appui et ne pouvant être que portés, afin d’y installer le lève-personne et désencombrer le sol. Coût estimé de l’aménagement : 29 000 euros. Un dossier de financement a d’ailleurs été déposé à l’Agence régionale de santé » 

UNE MÉTHODE A ADAPTER AU SECTEUR SOCIAL

Conçue à l’origine pour le milieu industriel, la MACPT (méthode d’analyse de la charge physique de travail) consiste en une grille détaillée de cinq indicateurs sur laquelle reposent l’analyse des postes et la recherche de solutions dans le cadre de TMS Pros et n’est guère adaptée au secteur social. « Il y est question de charges de plusieurs tonnes ou de cadences qui ne concernent pas la profession. Il est difficile dans ces conditions de faire une analyse précise, les salariés ayant tendance à minimiser l’impact de leurs tâches au vu de ce qui se pratique dans l’industrie », observe Michèle Matta. Pour faciliter le travail des entreprises du secteur, une méthode adaptée aux réalités des métiers pourrait être mise au point d’ici le milieu de l’année 2016. L’enjeu est de taille car, à la Carsat Languedoc-Roussillon, la sinistralité du secteur pour les TMS est très forte, dépassant même les chiffres du BTP, un secteur pourtant souvent pointé du doigt.

Grégory Brasseur

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