DOSSIER

En garantissant pendant dix ans la réparabilité des produits de plusieurs de ses marques, le groupe Seb a vu ses besoins en pièces détachées augmenter fortement. Pour accompagner ce mouvement, la filiale Seb International Service, en charge des stocks et des expéditions, réorganise ses locaux de Faucogney-et-la-Mer sans oublier la prévention des risques.

© Louis Martin pour l’INRS

© Louis Martin pour l’INRS

CREE EN 1857, le groupe Seb est devenu un géant de l'électroménager qui possède des marques dans le monde entier. Son site de Faucogney-et-la-Mer, en Haute-Saône, a été reconverti en un centre mondial d'expertise SAV et est géré par Seb International Service (Sis). Cette filiale indépendante n'envoie pas moins de 40 000 pièces par jour à plusieurs milliers de clients répartis dans 90 pays. Pour y parvenir, 120 salariés travaillent dans les entrepôts de l'entreprise dont les 30 000 m2 permettent de stocker 6 millions de pièces.

Depuis le lancement en 2012 du label « Réparabilité 10 ans », le groupe Seb s'engage à la remise en état de marche de ses appareils en cas de panne survenant dans la décennie qui suit leur achat. Une politique louable à l'heure de l’obsolescence programmée et alors que la quantité de déchets ménagers devient problématique. Mais qui a des répercussions sur le travail de ses équipes. Car il faut pouvoir livrer les pièces adéquates aux réparateurs, et donc stocker des milliers de références pendant des années.

Les produits sont d’ailleurs conçus aujourd'hui de manière à faciliter cette politique. Les pièces qui les composent doivent être simples et peu onéreuses pour encourager la réparation plutôt que le remplacement. « Actuellement, un aspirateur de table est constitué de 30  pièces, contre 4 seulement autrefois, ce qui est facteur d'accroissement des stocks, explique Cédric Veille, directeur de Sis. À cela, il faut ajouter le déploiement du label qui participe à l'augmentation des volumes que nous avons à gérer. En six ans, ce sont toutes les marques majeures du groupe qui ont bénéficié de la démarche "Réparabilité 10 ans". » Pour faire face au développement de son activité, Sis projette d’agrandir ses locaux.

En attendant les nouveaux bâtiments, il faut donc faire évoluer l’organisation et mettre en place des actions de prévention des risques professionnels que l'augmentation des références et l'amplification des flux ne manquent pas de faire apparaître. Une trentaine de tables réglables en hauteur ont ainsi été acquises et réparties sur tout le site. « Je suis sujette au mal de dos, raconte Michèle Olivier, agent traitement de réception. En positionnant la table à la hauteur adéquate, que je sois assise ou debout, je n'ai plus besoin de me courber pour vérifier la qualité des pièces livrées par les fournisseurs. »

Même son de cloche du côté de l'atelier conditionnement et des lignes de préparation des colis. « C'est rare de voir une entreprise acquérir autant de matériel de ce type, note Fabrice Baretti, contrôleur de sécurité à la Carsat Bourgogne-Franche-Comté. On en voit généralement deux ou trois pour un poste bien précis, mais ici les tables réglables ont été installées partout où elles pouvaient faciliter le travail. »

De la vertu de la séparation des flux

Les pièces arrivées sur le site séjournent dans un premier temps dans la zone de stockage de masse dans leurs cartons d'origine. Quand le besoin d’alimenter l’entrepôt de picking se fait sentir, des opérateurs les transfèrent à l'aide de lève-palettes jusqu’à l'atelier de conditionnement. Ici, dix salariés reconditionnent les pièces détachées. Chaque jour, 8 000 pièces passent entre leurs mains avant d’aller garnir les étagères des postes de picking. Pour cette dernière tâche, les équipes utilisent depuis deux ans des chariots adaptés, avec marche-pied, poignées ergonomiques et porte-documents pour les listings. Leur déploiement continue afin qu'à terme il ne soit plus nécessaire de transvaser la marchandise dans les emplacements vides de l'entrepôt, les employés n'ayant plus qu'à échanger un bac plein contre un vide. Pour éviter encore davantage les manutentions, un projet de réaménagement de l'atelier de conditionnement est à l'étude.

Face à l'activité bourdonnante de la zone de picking qui voit se croiser sans cesse les salariés récupérant de la marchandise et ceux approvisionnant les lieux à l'aide de différents dispositifs de manutention, la prévention des collisions engins-piétons a également fait l'objet de réflexions. Une nouvelle allée centrale dédiée aux piétons a ainsi été percée sur la majeure partie de l'entrepôt. « Le dernier tronçon va être finalisé début 2019, précise Cédric Veille. En séparant les flux de personnes de ceux des véhicules, nos équipes travaillent plus en sécurité. »

De plus, les salariés préposés au picking verront leurs déplacements rationalisés par la mise en place d'un système informatique indiquant aux opérateurs le trajet le plus court pour effectuer leur tâche. De quoi réduire le nombre de kilomètres accumulés dans les jambes en fin de journée. Dans la même optique, les pièces dont le taux de rotation est élevé, sont rangées au plus près des chaînes de préparation des colis à expédier.

La conception de ces dernières a d’ailleurs été revue. Un convoyeur amène les paquets, dont le poids est limité à 12 kg, jusqu'à la zone d'expédition. Son moteur a été encoffré pour limiter les nuisances sonores. Enfin, une scotcheuse automatique, testée avec succès, équipera chacun des postes de préparation des colis pour limiter les risques de troubles musculo­squelettiques. La prochaine étape consistera à installer un préhenseur ou un robot collaboratif en bout de ligne pour manutentionner les cartons.

« Conséquence de la politique de réparabilité, l'augmentation constante de notre activité nous impose de faire continuellement évoluer nos pratiques métiers et d’ajuster nos actions de prévention », conclut Cédric Veille. Une capacité d'adaptation qui semble des plus efficaces. En décembre 2018, Sis n'avait pas connu un seul accident de travail en cinq ans. 

SENSIBILISATION

Les actions de prévention menées par Sis sont complétées par une politique de sensibilisation aux risques professionnels. Chaque nouvel embauché est formé aux bonnes pratiques en la matière, qu'il soit salarié ou intérimaire. Mais cela ne s'arrête pas là, car toute personne absente plus de 15 jours, que ce soit pour raison de santé ou pour des congés, repasse ce stage. « Ainsi, tout le monde en bénéficie au moins une fois par an, au retour des vacances d'été. Et moi-même je ne fais pas exception à la règle ! », souligne le directeur. En outre, des visites de sécurité sont organisées tous les mois, selon un rythme permettant à l'ensemble des salariés d'être vus, là encore, au moins une fois par an. Elles consistent en l'observation du travail par un binôme formé à cet effet. Outre des rappels aux bonnes pratiques ou la mise en avant des points forts des salariés,
elles peuvent également déboucher sur des améliorations de lignes, des engagements financiers...

Actuellement, un aspirateur est constitué de 30 pièces, contre 4 autrefois, ce qui signifie plus de stocks.

IMPRESSION 3D

Quand un fournisseur stoppe la fabrication d'une pièce détachée, Sis évalue les quantités à stocker pour pouvoir répondre aux demandes de réparation pendant les dix ans garantis par Seb sur certaines de ses marques. Un exercice complexe qui peut aboutir, en cas de mésestimation, à une pénurie de pièces ou, à l'inverse, à se retrouver avec des invendus. Pour pallier ce problème, l'entreprise explore les possibilités offertes par l'impression 3D. « Pour le moment, nous ne réalisons que des pièces qui sont faiblement sollicitées thermiquement et mécaniquement, explique Sylvain Haasser, chargé de projet. Mais la technologie évolue très vite et nous obtiendrons des réalisations plus résistantes à l'avenir. » À l’heure actuelle, ces pièces imprimées sont envoyées gratuitement aux consommateurs en échange de leur retour d’expérience sur celles-ci. La baisse des coûts et l’évolution des techniques devraient permettre à l’impression 3D de devenir une réelle alternative.

Damien Larroque

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