DOSSIER

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

Comment s’organisent les conditions de travail dans une animalerie commerciale ? Comment la sécurité des salariés bénéficie-t-elle du bien-être animal, et réciproquement ? Reportage dans l’animalerie du plus grand magasin de l’enseigne Truffaut.

Que ce soit pour les chiots ou pour d'autres animaux, les litières adoptées n'émettent plus de poussières et nécessitent d'être changées moins fréquemment.

Que ce soit pour les chiots ou pour d'autres animaux, les litières adoptées n'émettent plus de poussières et nécessitent d'être changées moins fréquemment.

EN CE MERCREDI matin, au rayon animalerie du magasin Truffaut de la ville du Bois, dans l’Essonne, un garçonnet ayant échappé quelques instants à la surveillance de sa mère se précipite pour taper avec excitation contre une cage d’oiseaux. « Voilà une source de stress pour les animaux, constate, face à la scène, Nathalie Hibal-Faraon, responsable QSE (qualité, sécurité, environnement) des animaleries chez Truffaut. Le stress des bêtes est la problématique numéro un pour nous : il réduit les défenses immunitaires, génère des maladies respiratoires, des diarrhées chez les animaux à poils… » Jusqu’à causer parfois des décès. D’où la nécessité d’une surveillance renforcée des animaux. « Qui dit moins de stress dit moins d’agressivité, moins de maladies, moins de soins, donc moins de risques pour le personnel », poursuit-elle.

L’enseigne Truffaut compte 50 magasins qui commercialisent des animaux à travers la France. Avec ses 14 000 m2 de surface de vente, le site de la ville du Bois est le plus grand en superficie et son animalerie est la deuxième de la chaîne en chiffre d’affaires. Elle commercialise des poissons exotiques, des reptiles et des amphibiens, des oiseaux, des rongeurs, des chiots, des chatons, des poules et des poissons de bassin. Aucun animal dangereux.

Une vingtaine de salariés se consacrent au bon fonctionnement de l’animalerie et aux soins des animaux. La plupart d’entre eux détiennent un certi­ficat de capacité pour les animaux domestiques ou non domestiques. Certains ont suivi des formations complémentaires, de manipulation des animaux par exemple. Des équipes spécifiques sont dédiées à trois secteurs : l’aquariophilie, les chiens et chats et les rongeurs et poules.

 Les animaux ne sont pas censés arriver malades. 

Tous les animaux commercialisés ici proviennent de fournisseurs référencés par l’enseigne. Ceux-ci effectuent un travail d’acclima­tation des animaux durant plusieurs semaines, de mise en quarantaine, de déparasitage… Du fait de cette prise en charge préalable, « les animaux ne sont pas censés arriver malades dans nos animaleries », commente Nathalie Hibal-Faraon. Ils ont fait l’objet de tests de dépistage, de traitements si nécessaire. Néanmoins, des précautions d’usage sont prises pour éviter tout risque de zoonose.

Bien-être animal

À leur arrivée, les chiots ont droit à un bain. Griffures et morsures sont toujours possibles avec tous les animaux. Certains salariés sont formés à la contention des animaux. Le port d’EPI (des gants en cuir ou en kevlar) limite les risques de transmission de maladies comme la toxoplasmose ou la maladie des griffes du chat, ou encore de la teigne qui peut être transmise par des animaux porteurs sains. Une attention particulière est portée par le médecin du travail aux femmes enceintes et aux personnes immunodéprimées identifiées qui sont écartées par précaution des phases d’entretien.

Le risque de pincement est présent chez les oiseaux. La puissance d’un bec de perroquet peut atteindre 1 tonne/cm2 ! Le personnel est là aussi formé à la manipulation et porte des EPI dédiés. « Ce sont des animaux élevés à la main par l’humain, donc pas sauvages. Et leur comportement nous alerte lorsque ce n’est pas le moment de s’en approcher », précise Nathalie Hibal-Faraon, qui est aussi docteur en éthologie. Laura, qui travaille dans l’équipe aquariophilie et a suivi une formation au certificat de capacité pour l’élevage des reptiles et des lézards, met en œuvre des pratiques de prévention au quotidien. « Je me suis fait mordre une fois par un serpent, je n’avais rien senti, sourit-elle. Même si on fait tout pour ne pas se faire mordre. Par exemple, lorsqu’on nourrit les pythons, on les sort du terrarium au crochet. Si on les nourrissait à l’intérieur, ils associeraient chaque ouverture au fait d’être nourris. » Et risqueraient ainsi de mordre dès qu’une main s’approche.

Le stress étant le principal ennemi du bien-être des animaux, et donc celui du personnel, tout est mis en œuvre pour assurer un environ­nement serein et un confort quotidien pour les animaux. Le changement d’environnement, les écarts de température, une lumière agressive, le bruit sont des facteurs pris en compte pour garantir un quotidien calme. « Nous avons un système d’éclairage progressif, qui s’allume et s’éteint en douceur pour que les animaux ne soient pas stressés », explique Stéphane Lecante, responsable de l’animalerie.

DONNÉES CHIFFRÉES

  • 18 jours, c’est la durée moyenne de séjour des chiots et chatons en animalerie avant d’être vendus.
  • 300 chatons sont vendus en moyenne chaque année par le réseau Truffaut, pour 3 000 chiots, et un million de poissons. L’âge légal minimal de vente est de 8 semaines, qui correspond au sevrage comportemental. Mais dans les faits, c’est plus le poids de l’animal qui donne le feu vert à la vente : 800 g pour les chiots, 900 g pour les chatons (donc plus de 8 semaines)
  • 30 %, c’est en moyenne ce que représente une animalerie dans le chiffre d’affaires d’un magasin Truffaut. Et le vivant représente 17 % du chiffre d’affaires d’une animalerie, le reste étant les accessoires, la nourriture…
  • 15 retours d’animaux par an sont recensés en moyenne après une vente, à la suite d’un achat insuffisamment réfléchi, ou de la prise de conscience des contraintes qu’entraîne la garde d’un animal de compagnie.

Un système de filtration automatique pour l’ensemble des batteries d’aquarium assure une température, un pH et une conductivité constants de l’eau. Les box des animaux à poils sont climatisés, alors que le reste du magasin ne l’est pas. Les fratries de chiots ne sont pas séparées la première semaine afin qu’ils gardent leurs repères. Pour les chats, l'environnement a été enrichi, avec par exemple l'aménagement des supports suspendus.

Manutentions et litières

Les manutentions sont aussi prises en compte dans la gestion des conditions de travail. Auparavant, des litières en copeaux étaient utilisées pour les rongeurs. Elles présentaient l’inconvénient d’émettre des poussières, de libérer des HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) et nécessitaient d’être changées souvent. Désormais, les animaleries utilisent d’autres litières végétales, en paillis de lin ou de chanvre : elles présentent des pouvoirs absorbants plus efficaces, donc nécessitent moins fréquemment d’être changées, et n’émettent plus de poussières.

Sur la litière des chiots, l’enseigne a fait développer un enrobé en silicone spécial, afin que les chiens ne soient pas incommodés en cas d'ingestion. La litière est livrée par balles de 15 kg. « J’ai veillé à ce que ça puisse être porté par les femmes aussi », souligne la responsable QSE. Afin de limiter les déchets plastiques, un essai est en cours avec des cerclages en fil de fer gainé. Mais les premiers retours montrent des limites, notamment avec des risques de coupure. Des réflexions devront être poursuivies sur cette question. Sur le plan de l’hygiène, des outils de nettoyage facilitant les pratiques sont privilégiés : lave-batterie, nettoyeurs vapeur, aspirateurs – on ne balaie jamais ici.

« Le vivant est notre vitrine, on se doit d’être irréprochables », résume Stéphane Lecante. Et ce d’autant plus que les « bad buzz » sur les réseaux sociaux, accusant les professionnels de mauvais traitements ou de négligences envers les animaux, peuvent se diffuser très vite. Ces mises en cause peuvent être particulièrement mal vécues par les salariés très investis dans leur activité. « C’est d’ailleurs ce qui nous préoccupe le plus en matière de risques professionnels actuellement », conclut Nathalie Hibal-Faraon. 

VOYAGE VOYAGE

© Gaël Kerbaol/INRS/2019 Les animaleries Truffaut sont certifiées Iso 9001 depuis 2001. Elles n’importent plus d’animaux directement depuis 2005. Les animaux à poils proviennent exclusivement d’élevages français. Les oiseaux proviennent d’élevages majoritairement hollandais et français. Les poissons d’eau froide, tels que les carpes koï, sont issus d’élevages français, chinois ou japonais, les poissons exotiques, comme le cardinalis, proviennent d’élevages mondiaux. Certains d’entre eux sont issus de milieux naturels dans le cadre de plans de préservation des milieux, par exemple en Amazonie ou en Afrique.

Céline Ravallec

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