DOSSIER

À Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, l’entreprise Beautynails est un centre de formation pour les prothésistes ongulaires, mais aussi un lieu où l’on conçoit et fabrique des produits qui leur sont destinés. La prise en compte du risque chimique occupe une place prépondérante dans la démarche de prévention de l’entreprise.

La formation dispensée par Beautynails comprend un module sur les risques professionnels. Les travaux pratiques sont réalisés dans des conditions optimales de sécurité.

La formation dispensée par Beautynails comprend un module sur les risques professionnels. Les travaux pratiques sont réalisés dans des conditions optimales de sécurité.

L’odeur de dissolvant est à peine perceptible. Une dizaine de femmes sont pourtant en train de s’exercer à différents soins des ongles : dépose de vernis classique, semi-permanent ou permanent, reconstruction ou pose de prothèses ongulaires, décoration de l’ongle de type « nail art »... Ces stagiaires sont venues apprendre tous les ressorts de la profession de prothésiste ongulaire, risques du métier compris. En particulier le risque chimique présenté par les produits irritants, allergisants ou toxiques utilisés pour certaines techniques.

Beautynails dispense des formations depuis presque 30 ans et est installé depuis 2002 dans le quartier de la Valentine, dans le XIe arrondissement de Marseille. C’est aussi le siège social de l’entreprise, qui possède un autre centre de formation, à Paris. La société propose par ailleurs aux professionnels et aux particuliers près d’un millier de références de produits pour les ongles naturels et artificiels, que ce soient des consommables ou du matériel. Certains de ces produits sont conçus et fabriqués dans les locaux de la cité phocéenne, qui s’étendent sur plus de 2 000 m2. 36 salariés y travaillent, dont deux formatrices.

La formation d’une durée de quatre semaines (soit 140 heures) permet d’obtenir un titre de prothésiste ongulaire niveau V et d’ouvrir son salon, après obtention de l’examen. Le titre est enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) depuis 2017. « En un an, nous avons ainsi doublé les effectifs formés sur nos sites », se réjouit Nita Garcia, présidente de Beautynails et passionnée de nail art. Des travaux sont en cours afin d’ouvrir une troisième salle dans les locaux de Marseille.

Un module d’une demi-journée est consacré à la protection de la santé au travail. « Je l’ai mis en place quand j’ai rejoint l’entreprise en 2014 », explique Nita Garcia. Les obligations réglementaires sont détaillées, par exemple le document unique d’évaluation des risques professionnels ou l’étiquetage et l’identification des produits reconditionnés. Il s’agit aussi d’enseigner les bons réflexes, comme fermer les flacons et la poubelle car certaines substances, très volatiles, présentent des risques pour la santé en cas d’inhalation. Ou encore porter un masque chirurgical pour se protéger des poussières d’ongles. L’exposition cutanée à certaines substances est aussi à éviter. « Les gants en nitrile sont obligatoires dans nos formations et doivent être changés entre chaque cliente », précise la présidente. La manipulation de certains solvants peut en effet altérer leur efficacité.

Ventilation transportable et substitution

Depuis 2011, les postes de travail des stagiaires et des formatrices sont dotés d’une aspiration permettant le captage à la source des solvants et des poussières. C’est un bras mobile relié au système de ventilation au niveau du plafond. Le Laboratoire interrégional de chimie (Lirc) de Marseille avait au préalable émis des recommandations pour un système adapté (lire l’encadré « Des postes de soins équipés d’un captage à la source »). Outre la ventilation, l’entreprise a apporté un soin particulier à l’éclairage. Afin de faciliter le travail de précision, des lampes individuelles de 1 700 lux viennent compléter les LED du plafond.

Une partie des stagiaires exerceront toutefois à domicile – le leur ou celui de leur client – et il leur sera alors impossible d’être équipées d’un système de ventilation. « Nous sommes en train de réfléchir à un système transportable : une mallette contenant une table pliante et une aspiration avec filtration », indique Nita Garcia. « Nous les accompagnerons dans cet objectif car un tel dispositif permettrait de limiter l’inhalation de substances indésirables à domicile », indique Virginie Serrière, contrôleur de sécurité à la Carsat Sud-Est. En tant que distributeur et fabricant, Beautynails peut également jouer un rôle dans la substitution des agents chimiques présentant un risque pour la santé. « Les produits que nous fabriquons et que nous distribuons sont sans toluène, ni formaldéhyde (1) », souligne Nita Garcia.

Un atelier de production a été créé sur le site marseillais en 2012 et les risques liés aux solvants y ont également été pris en compte. Un dispositif d’extraction Atex (2), avec rejet vers l’extérieur après filtration, a été mis en place en 2013. Il couvre la zone de stockage des produits chimiques, ventilée en permanence, plusieurs postes de travail de l’atelier où les produits sont fabriqués et reconditionnés, ainsi que le laboratoire, dans lequel de nouvelles formulations sont créées. Le type d’aspiration à la source mis en place est fonction des activités et suit les recommandations émises par le Lirc. Des bras d’aspiration ont ainsi été installés au poste de conditionnement des gels pour ongles et au-dessus du fût de dissolvant. Aux postes de conditionnement des vernis, ce sont des caissons aspirants qui ont été choisis, tout comme aux postes de pesée et de préparation du laboratoire. L’entreprise a investi dans un chariot de manutention des fûts équipés d’un bac de rétention et dans une armoire de sécurité coupe-feu ventilée, pour le stockage des produits inflammables dans le laboratoire.

« Nous ne nous sommes pas limités à la prévention des risques chimiques », souligne toutefois Jean Garcia, directeur industriel (lire l’encadré ci-dessous). Un contrat de prévention a été signé entre l’entreprise et la Carsat Sud-Est en 2014. Il couvre l’ensemble des risques professionnels liés à l’activité de production et de logistique de Beautynails et a permis de prendre en charge une partie des investissements. « Nous avons bien avancé mais nous avons encore des travaux en cours. Et en particulier sur la gestion des flux en logistique », reconnaît-il.

1. Le toluène et le formaldéhyde sont des substances cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR). Le premier est interdit dans les produits cosmétiques sauf dans les produits pour les ongles, et à une concentration maximale de 25 %. Le formaldéhyde est utilisé dans les durcisseurs pour ongles. La concentration maximale autorisée dans les produits ongulaires est de 5 %. L’Anses en recommande la substitution.
2. Certaines zones sont Atex : stockage des produits chimiques, fabrication et conditionnement.

DES POSTES DE SOINS EQUIPES D’UN CAPTAGE A LA SOURCE

Afin d’équiper d’un système d’aspiration adapté les 22 postes accueillant les stagiaires et les formatrices, l’entreprise Beautynails sollicite en 2010 la Carsat Sud-Est. Le Laboratoire interrégional de Chimie (Lirc) de Marseille préconise une aspiration avec un débit de 500 m3/heure pour chacun. Le système installé en 2011 assure le rejet des polluants à l’extérieur après filtration. Son efficacité a été vérifiée par le Lirc à la réception, puis annuellement par une entreprise extérieure. « Pour que l’aspiration soit efficace, il faut toutefois veiller au changement régulier des filtres », avertit Virginie Serrière, contrôleur de sécurité à la Carsat Sud-Est. Le captage à la source s’effectue via un bras aspirant. « D’autres dispositifs, comme des tables aspirantes d’un débit équivalent, auraient aussi pu être adaptés au travail réalisé », précise Laurent Fina, contrôleur de sécurité au Lirc.

PRENDRE EN COMPTE L’ENSEMBLE DES RISQUES PROFESSIONNELS

Arrivé il y a neuf mois dans l’entreprise Beautynails, le directeur industriel Jean Garcia est en charge de la prévention en production et en logistique. Afin de prévenir les troubles musculosquelettiques en logistique, Beautynails a récemment fait l’acquisition d’un chariot peseur et l’entreprise souhaite mettre en place  des plans inclinés pour le picking. « En production, nous souhaitons investir dans des tables élévatrices au poste d’étiquetage des flacons », précise Jean Garcia. Dans l’atelier, une résine antidérapante a été posée sur le sol pour éviter les chutes de plain-pied. Dans certaines pièces, une réfection de l’éclairage et une insonorisation sont en cours.

K. D.

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