DOSSIER

Installé à Marcy-l’Étoile, le campus vétérinaire de VetAgro Sup forme les professionnels de la santé animale de demain. Conscient des risques induits par le travail avec des animaux vivants, l’établissement déploie une démarche de prévention à de multiples niveaux.

Le plateau de simulation, qui permet aux étudiants de pratiquer sans s'exposer aux risques inhérents à la manipulation d'animaux vivants, bénéficie d'une reproduction taille réelle en plastique et silicone d’une vache et de son veau.

Le plateau de simulation, qui permet aux étudiants de pratiquer sans s'exposer aux risques inhérents à la manipulation d'animaux vivants, bénéficie d'une reproduction taille réelle en plastique et silicone d’une vache et de son veau.

LE CAMPUS vétérinaire de VetAgro Sup, établissement du ministère de l'agriculture, est le dernier avatar d'une école à la longue et riche histoire puisqu'il s'agit de la plus ancienne formation vétérinaire au monde. Claude Bourgelat, alors écuyer de Sa Majesté Louis XV, fonde l'école royale d'équitation à Lyon en 1761. Elle est alors dédiée uniquement aux chevaux, qui jouent à cette époque un rôle primordial dans les arts de la guerre. Mais, très vite, la couronne y autorise l'étude des maladies du bétail.

En 1764, l'établissement devient l’École royale vétérinaire, avant de perdre son épithète monarchique à la Révolution, remplacée par un « national » plus dans l'air du temps. À l’étroit dans ses locaux, l’école déménage en 1977 à Marcy-l'Étoile, sur un terrain de 44 hectares. Sa dernière mue date de 2010, lorsqu'elle fusionne avec l'École nationale d'ingénieurs des travaux agricoles de Clermont-Ferrand (Enitac) et celle des services vétérinaires (ENSV) pour donner naissance à l'entité VetAgro Sup.

Aujourd'hui, VetAgro Sup emploie 114 enseignants-chercheurs et 383 personnels techniques et administratifs. Le campus vétérinaire accueille chaque année plus de 700 étudiants qui bénéficient d’une plate-forme pédagogique de premier choix : le centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV), structure hospitalière de haut niveau composée de trois cliniques (animaux de compagnie, équidés et animaux de production).

« Les comportements et les réactions des animaux malades peuvent différer de ceux d’individus sains. C’est donc très progressivement que les étudiants sont amenés à les manipuler, indique Vanessa Neto, responsable du pôle QHS (qualité, hygiène, sécurité). Ils sont d’abord autorisés à observer le travail en clinique, participent au fonctionnement des consultations à partir de la troisième année et sont placés en immersion totale en quatrième. »

Avant de pratiquer sur des êtres de chair et de sang, les futurs vétérinaires s’exercent grâce à un plateau de simulation équipé de matériel d’étude peu commun : un chat en peluche dont le ventre incisé expose des entrailles factices, de la peau en silicone recouverte de points de suture, des mâchoires canines imprimées en 3D… « L’objectif est de préparer les étudiants afin qu’ils s’adaptent plus facilement à la réalité du terrain avec moins de risques pour eux comme pour leurs patients, explique Roland Roume, assistant ingénieur. Les ateliers sont élaborés avec les enseignants et permettent d’apprendre les bons gestes, qu’il s’agisse de poser un diagnostic ou d’effectuer un acte médical ou chirurgical. » De quelle manière réaliser la contention d’un chien sans se faire mordre ou castrer un chat dans les règles de l’art, par exemple ? Ou, comme démonstration nous en est faite dans le service d’imagerie, quel comportement adopter pour rassurer un percheron qui subit une radiographie ?

Adapter les messages de prévention

Tout comme les risques physiques, les risques biologiques sont abordés avant les premiers contacts avec les animaux. Dans les cours, bien entendu, mais aussi par le biais d’un manuel de biosécurité qui contient les bonnes pratiques en la matière : les plans des différents bâtiments, les règles à respecter, les EPI à porter en fonction de la zone où l’on se trouve… Ce document est d’ailleurs présenté à tout nouvel embauché, et pas uniquement aux étudiants.

GROS SOUS ET SYSTÈME D

Le plateau de simulation permet aux étudiants de première année de pratiquer sans s’exposer aux risques inhérents à la manipulation d’animaux vivants, mais également de préserver le bien-être de ces derniers. Ce laboratoire est un astucieux mélange d’investissements et de système D. En témoigne la reproduction taille réelle en plastique et silicone d’une vache et de son veau, acquise pour la coquette somme de 38 000 euros, dont l’intérêt pédagogique a été accru avec juste un peu de bon sens. Au départ, le dispositif ne sert qu’à s’entraîner au diagnostic du positionnement du fœtus par voie transrectale. Agrémenté de chambres à air de différents diamètres pour matérialiser les intestins de la vache ou d’une grosse banane gonflable qui, d’après les spécialistes, reproduit parfaitement un caecum bovin pathologique, il permet aujourd’hui de s’exercer à reconnaître d’autres affections. La direction du campus vétérinaire souhaite développer ce plateau de simulation qui a démontré son efficacité pédagogique.

« Le fait d'avoir dans notre établis­sement différentes populations nous amène à adapter nos messages de prévention, souligne Marie Bouchard, responsable qualité et manager du risque biologique. Les formations que notre service QHS dispense ne sont donc pas identiques pour un technicien de laboratoire, pour un élève ou pour un agent administratif. » En outre, le manuel de biosécurité doit prochainement servir de base pour un examen qui conditionnera l’accès en clinique des étudiants en troisième année.

La prise en charge d’animaux contagieux, ou soupçonnés de l’être, fait partie des moments particulièrement exigeants en matière de biosécurité. Il faut à la fois éviter qu’ils croisent des congénères et prendre des précautions pour le personnel qui s’en occupe, puisque certaines affections, dites zoonoses, sont transmissibles à l’homme. Le bâtiment dédié à l’isolement des grands animaux est donc soumis à de strictes procédures de gestion des flux et de désinfection.

L’entrée des personnels et des pensionnaires est réglementée, documentée. Des fiches concernant chaque animal en isolement indiquent les pathogènes suspectés et avérés qui dictent quels EPI doivent être portés. « Nous avons dû composer avec des locaux dont la conception n’a pas suffisamment tenu compte des contraintes liées à la gestion quotidienne de tels cas, précise Vanessa Neto. Ces aspects ont dû être compensés par des procédures lourdes, qui nécessitent une surveillance renforcée par le biais d’audits internes. »

L’augmentation des cancers chez les animaux de compagnie, le changement de mentalité des propriétaires qui se résolvent de moins en moins à faire euthanasier leurs compagnons et les mutuelles qui remboursent mieux les frais liés à ces pathologies sont autant de facteurs qui accroissent la demande de chimiothérapies. Les molécules utilisées pour ces traitements étant classées comme cytotoxiques, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR), des règles précises régissent leur manipulation.

Seuls les cliniciens autorisés ont accès, à l’aide d’un badge, aux salles de chimiothérapie. Équipé de gants, d’une blouse spécifique, d’une charlotte et d’un masque, le vétérinaire qui prépare des traitements travaille sous Sorbonne avec rejet de l'air à l'extérieur. Il utilise des matériels sécurisés spécifiques et élimine les déchets dans des bacs dédiés et détruits via une filière spécialisée.

La multiplicité des risques, les différentes populations à sensibiliser et l’arrivée annuelle de nouveaux étudiants poussent les équipes QHS du campus vétérinaire lyonnais à remettre régulièrement leurs actions en question. Une recherche constante d’améliorations révélatrice d’une démarche de prévention volontaire en adéquation avec le concept de « santé globale » que défend l’établissement. Celui-ci considère que le bien-être animal, la santé humaine et la préservation de l’environnement sont interdépendants et ne peuvent progresser que s’ils sont tous trois pris en considération. 

CHIMIOTHÉRAPIE

À la tête du service de cancérologie vétérinaire du CHUV de VetAgro Sup, le Pr Frédérique Ponce, docteur vétérinaire, dirige, depuis sa création en 2011, la première formation européenne de la spécialité qui reste à ce jour la seule de l’Hexagone. « En 2004, j’ai réalisé, en collaboration avec Michel Falcy, de l’INRS, une étude qui a mis en lumière les manquements des vétérinaires en matière de chimiothérapie. À l’époque, mes confrères comme moi-même manipulions ces cancérogènes mutagènes et toxiques pour la reproduction sans protection aucune… Un constat qui a conduit à l’interdiction de la chimiothérapie dans notre profession en 2006. Un groupe de travail constitué de cliniciens, en collaboration avec l’Ordre national des vétérinaires, a rédigé un guide de bonnes pratiques en la matière qui a permis la levée de cette sanction en 2009. Depuis, moyennant une organisation qui prend en compte les risques et une déclaration auprès de l’Ordre, il nous est à nouveau possible d’avoir recours à ces traitements. »

Damien Larroque

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