DOSSIER

© Philippe Castano pour l’INRS

Spécialisée dans l’entretien de parcs et jardins, l’entreprise familiale Dennel s’est penchée depuis plus de dix ans sur la prévention des risques de chutes de hauteur, en aménageant ses locaux et en investissant dans du matériel.

Différents engins ont été acquis par l’entreprise afin de réduire, voire de supprimer, le risque de chute de hauteur, notamment lors des opérations de tonte sur des terrains en forte pente.

Différents engins ont été acquis par l’entreprise afin de réduire, voire de supprimer, le risque de chute de hauteur, notamment lors des opérations de tonte sur des terrains en forte pente.

Tonte et fauchage de l’herbe de mars à novembre ; ramassage des feuilles en automne ; taille des haies avant le printemps ; salage et déneigement de voiries en hiver… L’activité des neuf salariés de l’entreprise Dennel est fortement rythmée par les saisons. Spécialisée dans l’entretien des parcs et jardins et située à Seclin, dans le Nord, elle intervient dans un rayon d’une centaine de kilomètres. « La moitié de nos clients sont des collectivités, l’autre des commerces ou des industries. Nous avons arrêté les prestations aux particuliers », explique Olivier Dennel, gérant depuis 2004 de l’entreprise créée par son père en 1985. Dès sa prise de fonction, il n’a cessé d’afficher clairement sa préoccupation des risques professionnels.

En 2006, il signe un contrat de prévention pour trois ans avec la MSA : « Cela a été l’occasion de travailler sur le document unique d’évaluation des risques professionnels et d’initier une démarche de prévention des risques professionnels participative au sein de l’entreprise », se souvient Thierry Petit, conseiller en prévention à la MSA Nord-Pas-de-Calais. Ce contrat ciblait de multiples risques dont celui des chutes de hauteur. Il a permis en effet le financement partiel de moyens de prévention au niveau de l’entrepôt.

La sécurisation de la mezzanine a ainsi pu être réalisée en 2007. Située au-dessus des véhicules, elle sert de zone de stockage du matériel. Sur toute la longueur de la mezzanine, des rambardes avec lisses et sous-lisses sont maintenant installées. « Sans oublier une plinthe de quinze centimètres de haut pour éviter la chute en cas de glissade », précise le conseiller en prévention. Une partie de cette barrière est amovible pour faire passer les palettes.

CHIFFRES

1,7 million de personnes sont couvertes contre les maladies professionnelles et les accidents du travail par la MSA (salariés, non-salariés, apprentis et élèves des établissements).

4 000 chutes de hauteur sont déplorées chaque année dans le secteur agricole, soit près de 13 % des accidents du travail.

8 600 euros : c’est le coût moyen d’une chute de hauteur, un coût deux fois plus élevé que le coût moyen d’un accident du travail.

Restait à traiter l’activité en elle-même. Certaines tâches réalisées chez les clients exposent les opérateurs à des risques de chutes de hauteur. C’est le cas de la taille des haies, qui peuvent atteindre 2,5 mètres de haut. « Cette activité est une source importante de chutes de hauteur », souligne-t-il. Pour limiter ce risque, le gérant a investi en 2008 dans un taille-haie sur tracteur et en 2016 dans un taille-haie à conducteur accompagnant.

À nouveaux outils nouveaux risques

Ces équipements sont des machines thermiques avec un bras latéral, doté de plusieurs disques qui permettent la coupe à plusieurs mètres de hauteur. Tous deux suppriment le travail en hauteur. Le premier se conduit assis alors que le second doit être guidé par l’opérateur en marchant. Avant, les opérateurs devaient travailler sur échafaudage avec un taille-haie thermique à double lame. Les deux nouvelles machines évitent donc aussi le port de charges, les vibrations mains bras et limitent les contraintes physiques.

« Sur tracteur, le travail est moins physique et on sent moins les vibrations, remarque Thibault Champagnat, chef d’équipe présent depuis neuf ans dans l’entreprise. Mais nous ne pouvons pas l’utiliser sur tous les chantiers, certains sont difficiles d’accès. » Dans ce cas, les opérateurs peuvent utiliser la machine de taille autotractée à conducteur accompagnant, plus petite. « Restent le risque de projection et le bruit, qui sont pris en compte par le port d’EPI adaptés : un casque avec visière et un atténuateur de bruit intégré », souligne Thierry Petit. Sur le côté droit de la machine où s’effectue la taille, Olivier Dennel a ajouté une plaque en plexiglass entourée d’une grille. « Ces machines sont idéales pour travailler sur du plat car elles suppriment le risque de chute de hauteur », explique le conseiller en prévention.

Enfin, en 2015, l’entreprise Dennel a investi dans un girobroyeur radiocommandé pour hautes herbes afin de lutter contre les chutes de hauteur lors de la tonte de la pelouse dans les dénivelés. « Il y a beaucoup de talus, aux abords des centres commerciaux par exemple », précise Olivier Dennel. Très bas et donc très stable, il peut fonctionner sur du plat et dans les pentes jusqu’à 50° (soit 120 %). L’opérateur le transporte sanglé sur un camion porte-caisson au lieu de tonte. Il peut le guider grâce à une télécommande d’une portée de 300 mètres, tout en restant en contrebas.

En plus de supprimer le risque de chute de hauteur, l’engin améliore nettement les conditions de travail. D’une part, l’opérateur ne subit pas les vibrations de la tondeuse, se protégeant ainsi des troubles musculosquelettiques (TMS). « Travailler sur du plat évite également de forcer sur une jambe à cause du dénivelé, tout en manipulant un rotofil, une tondeuse électrique ou une débroussailleuse », explique Thibault Champagnat.

Les avantages en termes de prévention des risques professionnels sont réellement multiples. « Les couteaux pendulaires du plateau de coupe sont bien protégés pour éviter les projections, souligne Thierry Petit. Du fait que l’opérateur n’est plus nécessairement sur la pelouse pour tondre mais peut se trouver sur une voie de circulation automobile, il est préférable qu’il porte un gilet fluorescent pour éviter un accident avec une voiture et qu’il reste vigilant à la fois sur le déplacement de la machine et sur le périmètre d’évolution. Surtout si le salarié a mis des protections auditives. »

LES FORMATIONS AU CŒUR DE LA PRÉVENTION DES CHUTES DE HAUTEUR À LA MSA

La MSA a constitué un réseau de 35 référents en prévention sur le sujet des chutes de hauteur en 2015. Elle propose des actions de sensibilisation et de formations spécifiques. Les premières sont destinées aux salariés agricoles. Les secondes s’adressent aux employeurs et ont pour objectif d’évaluer le risque de chute de hauteur et de mener une réflexion sur les solutions organisationnelles et techniques à mettre en œuvre pour le limiter, voire le supprimer. Animées par un conseiller en prévention de la MSA, elles se déroulent dans une entreprise agricole de la région afin d’être au plus près des situations réelles de travail. En 2018, chacune des 35 MSA du territoire a pour objectif de mener au moins trois formations collectives sur les chutes de hauteur.

Katia Delaval

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