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Spécialisée dans la fabrication de portails, clôtures et garde-corps, l’entreprise Cadiou industrie a su fairace à la forte croissance de son activité en adaptant son organisation. Cela s’est traduit par l’instauration d’une politique d’amélioration continue sur tous les aspects : production, délais, qualité, innovation… tout en tenant compte des conditions de travail.

Au cours de sa réunion matinale, Tony Alègre revient sur les points marquants de la veille, annonce les événements à prévoir durant la journée, répond aux éventuelles questions. Puis chacun regagne son poste. Sur la vitre de son bureau voisin est affiché le « Challenge zéro accident ». « L’idée de ce challenge est née il y a quelques années lors d’une réunion 5 minutes », relate-t-il. L’objectif fixé par ce challenge est d’atteindre 1 000 jours sans accident du travail. Malheureusement, quatre jours auparavant, un accident bénin – une coupure – est venu mettre un terme à un record inédit de 872 jours consécutifs sans accident.

Des dispositifs développés en interne

Même si la déception est encore très palpable, une aussi longue période sans accident du travail est déjà une victoire. Car cet atelier, où sont assemblés les portails en aluminium, a longtemps été le plus accidentogène de l’entreprise. Les produits finis, qui pèsent plusieurs dizaines de kilogrammes, nécessitent des manutentions multiples tout au long de leur fabrication. La matière première elle-même expose à des risques (pincements, coupures, éclats…). L’atelier a fait l’objet ces dernières années de profonds remaniements en matière d’organisation, de flux et d’ergonomie. « On avait des gens qui se plaignaient du dos, des épaules, nous nous sommes questionnés sur les façons d’améliorer les postes de travail », poursuit Tony Alègre.

Gilbert Guéguen, menuisier aluminium, fait alors la démonstration d’un système de bascule qu’il a mis au point : il fixe au bord de la table deux arceaux équipés chacun d’une roue. Avec un collègue, il glisse puis bascule sans effort un portail de 78 kg. « J’ai réfléchi à un système pour que l’on n’ait plus à porter, commente-t-il. Les roues font le travail de nos épaules, c’est ce que je voulais. » Un autre dispositif également développé en interne, des bras articulés qui basculent de l’horizontale à la verticale avec le seul poids des portails, permet à une personne seule de descendre un portail d’une table sur un chariot. Et de nouvelles réflexions sont en cours.

« Tous ces aménagements traduisent la connaissance des opérateurs vis-à-vis des difficultés qu’ils rencontrent », commente Roselyne Élegoët, contrôleur de sécurité à la Carsat Bretagne. Ils témoignent également de la liberté accordée à tous pour qu’ils s’impliquent dans l’amélioration de leurs conditions de travail. Car chez Cadiou industrie, les idées viennent essentiellement des salariés. « Les bonnes pratiques, ce sont eux qui les ont, eux qui connaissent le mieux leur poste, insiste Tony Alègre. La direction nous laisse libres de nos essais. Et si je n’avais pas fait deux mandats au CHSCT, je ne serais sûrement pas aussi sensibilisé au sujet. »

Valeurs et responsabilisation

La reprise de l’entreprise en 2007 par une fille et deux gendres du fondateur a donné un net coup d’accélérateur à son expansion. « Nous connaissons une croissance à deux chiffres depuis le début des années 2010, commente Hervé Le Bot, directeur des ressources humaines. Cela doit faire l’objet d’un accompagnement. » En effet, la société aurait pû pâtir de cette progression. Mais, tout en conservant les méthodes de travail traditionnelles de menuiserie, elle a su prendre le bon virage pour adapter son outil de production et assurer de bonnes conditions de travail. Elle a notamment opté pour la philosophie du lean manufacturing.

Les modes de production et l’état d’esprit au sein de l’entreprise ont profondément et durablement changé. Innovation collaborative, développement durable, ergonomie et performance, sur tous les fronts, la modernité est apparue. « À travers cinq valeurs dans l’entreprise – l’engagement, l’audace, l’agilité, le dépassement, l’épanouissement –, on cherche à impliquer chacun en le responsabilisant, présente Terence Carpentier, responsable production et qualité, responsable QSE et référent lean. Une telle démarche prend plus de temps au début, c’est plus compliqué d’y croire, mais une fois que le mouvement est parti, c’est beaucoup plus puissant et durable. »

Un véritable effort a été réalisé sur la promotion du développement interne, afin de faire progresser les salariés. « Il y a dix ans, à mon arrivée dans l’entreprise, je n’étais pas le même, poursuit-il : grâce aux formations, aux expériences, on apprend en permanence. » « Ça fait sept ans et demi que je suis là, alors que je pensais rester trois mois », sourit Éric Houée, chef d’équipe.

Management collaboratif

Depuis dix ans, l’entreprise a ainsi changé au point de ne plus avoir grand-chose à voir avec ce qu’elle était avant. Cadiou Industrie fonctionne suivant une pyramide inversée. « L’encadrement est au service des personnes, car ce sont elles qui donnent la valeur au produit. On leur apporte un environnement propice pour que chacun exprime le meilleur, souligne encore Terence Carpentier. Les problèmes sont de formidables opportunités de progrès. On se veut entreprise apprenante. Lorsqu’on laisse la main aux personnes qui savent, les solutions et les idées viennent rapidement. En matière de santé au travail, au lieu d’avoir un seul responsable sécurité, nous souhaitons que chacun en soit acteur à son niveau. On n’a pas de certification, on préfère construire la sécurité ensemble. Tout le monde est impliqué à son niveau dans la bonne marche de l’entreprise. Nous sommes dans la génération du co : coconstruction, co-innovation, collaboration. »

Si l’atelier aluminium a fait – et continue de faire – l’objet d’aménagements conséquents (insonorisation, lumière naturelle étendue, panneaux porte-outils installés à hauteur d’homme pour ne plus avoir à se baisser en permanence dans les caisses à outils, systèmes de flexibles pneumatiques pour réduire le poids de certains outils portatifs), tous les ateliers ont bénéficié d’améliorations. La zone de stockage et de préparation des commandes avec lumière naturelle a par exemple été aménagée dans un nouveau hangar pour permettre la préparation en ligne droite de la matière première vers les postes de travail.

Un nouveau bâtiment vient d’être construit pour héberger l’activité de thermolaquage qui va être rapatriée en interne à partir de septembre. L’entreprise est en mouvement permanent. Parmi les conséquences de ces évolutions, les accidents du travail ont connu une baisse de fréquence ces trois dernières années, de même que les indicateurs d’absentéisme. Néanmoins, chacun est conscient que ce n’est jamais acquis.

Susciter les idées

Tiffany Brelivet a été embauchée au poste de manager QVT en 2017. « Nous cherchons à créer des conditions de travail telles que les gens aient envie de s’impliquer, que tous adhèrent à l’identité de l’entreprise, explique-t-elle. On n’a pas des salariés, on a des hommes et des femmes. Et à mon niveau, je suis à leur service, pour répondre à leurs attentes. Ce sont en quelque sorte “mes clients”. »

Une réflexion récente a été menée sur l’ensemble des locaux sociaux. Elle a abouti à la rénovation de la salle de restauration – désormais digne d’un show‑room d’architecte d’intérieur – de la salle de pause, ainsi que la création d’une salle de musculation et d’une salle de gym. Des trophées Innovation et des trophées QVT ont été organisés en interne. Vingt heures sont dégagées sur le temps de travail sur une période de trois mois pour permettre aux équipes de développer et structurer un projet.

En parallèle, une plate-forme Idays pour proposer des idées d’amélioration sur tous les sujets, a été créée l’année dernière : 442 suggestions ont été soumises, représentant un taux de participation de 72 %. « Même les idées non primées ont été retenues, car ça fournit un vivier de pistes potentielles énorme pour l’avenir », commente Terence Carpentier. Des actions extraprofessionnelles ont également été lancées : nettoyage de plages en début de saison, campagne de don du sang, visite des ateliers pour les familles… « Quand les personnes adhèrent à ce genre de démarche, ça signifie qu’elles sont volontaires et impliquées dans leur entreprise, conclut Roselyne Élegoët. C’est une entreprise avant-gardiste, précurseur, qui contribue à dynamiser le tissu social et économique local. »

Céline Ravallec

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