« En fait, je ne fais pas grand-chose, explique modestement Bénédicte Ménard, responsable de la gestion des risques chez Révillon chocolatier. J’aide les autres pour que tout se passe bien. » Mais pour que tout se passe bien, elle doit avoir une parfaite connaissance des process. Car son activité va au-delà de la sécurité des produits, elle comprend aussi la sécurité des hommes et des sites.

Comme son nom l’indique, Révillon chocolatier est un chocolatier. Et ça se sent. Dès l’entrée dans la zone de production, une agréable odeur de chocolat chatouille les narines. Cette société vieille de 110 ans fabrique essentiellement des papillotes haut de gamme, ces bonbons en chocolat emballés dans des papiers brillants, avec des maximes associées ou non à des pétards, que l’on offre à Noël. « C’est un chocolat très apprécié dans le quart Sud-Est de la France », explique Nathalie Berthet, chargée de prévention.

Cette activité étant saisonnière, Révillon doit presque doubler ses effectifs permanents – 200 personnes – par des saisonniers, pour la plupart. Dès l’été, la production augmente, pour arriver à un pic à l’automne. Au total, ce sont près de 400 millions de papillotes qui sortent chaque année du site roannais, dans la Loire.

Tout au long du process, les opérateurs sont susceptibles d’être exposés à des risques : manutentions, chutes et glissades, poussières, coupures, croisements des flux engins-piétons, brûlures, risques machines, TMS. En 2001, le taux de fréquence (nombre d’accidents avec arrêt de travail supérieur à un jour survenus au cours d’une période de 12 mois par million d’heures de travail) atteint 98. La direction réagit et se lance dans l’amélioration de la sécurité des installations, aidée par la Carsat Rhône-Alpes. Le taux de fréquence est divisé par deux en un an. Puis l’ensemble du personnel est sensibilisé aux règles et procédures, en particulier sur le bruit, le port des équipements de protection individuelle et l’accueil dans l’entreprise. Le taux de fréquence chute alors à 28.

La chasse aux ports de charges trop lourdes

Depuis, les réflexions pour améliorer la prévention des risques professionnels se poursuivent, avec une modification des organisations, la réalisation de fiches de données de sécurité et la mise en place de visites de sécurité. « Deux visiteurs membre du comité de direction, responsable d’atelier, membre du CHSCT, personne en charge de la prévention ou opérateur observent une personne à son poste de travail pendant une vingtaine de minutes, explique Hadrien Alix, coordinateur sécurité. On échange ensuite en insistant sur les points positifs et ceux à améliorer. » « Nous aidons la personne à prendre conscience qu’elle peut se faire mal. Mais c’est à elle de trouver la solution qui n’est pas forcément matérielle », précise Nathalie Berthet. Et le taux de fréquence continue de baisser. Aujourd’hui, les actions portent sur l’ergonomie des postes de travail.

Révillon chololatier possède deux sites dans la Loire : celui, historique, du Coteau et celui de Roanne, distant de 5 km. Si tout transite par Roanne, les matières premières – chocolat, sucre, noisettes, etc. – sont réceptionnées au Coteau. Elles arrivent dans des big bags ou des sacs inférieurs à 25 kg, une exigence de Révillon dès l’achat. Au déconditionnement, les postes ont été adaptés et des formations de type Prap (prévention des risques liés à l’activité physique) réalisées pour éviter que les opérateurs ne se fassent mal au dos. Des transpalettes à hauteur permettent aux personnes de limiter les ports de charges. « C’est pratique, car les pains de matière grasse pèsent quand même 25 kg », confirme un opérateur.

Pour le sucre, une réflexion a également eu lieu. « Quand le sucre se déversait en vrac depuis les citernes, il générait des poussières, souligne Bénédicte Ménard. Ce qui entraînait un risque Atex et posait des problèmes respiratoires aux opérateurs obligés de porter un masque. » Dorénavant, une sorte de goulotte munie d’un soufflet se déplie au fur et à mesure que le sucre descend et elle aspire toutes ces particules très fines. Les poussières de sucre sont quasi inexistantes. « Ça m’a changé la vie, remarque Philippe, un opérateur. Avant, on était dans une sorte de brouillard et il fallait porter un masque. »

Pour préparer les intérieurs, les ingrédients sont broyés dans un cutter. Un poste repensé en 2008. « Jusqu’alors, tout était dans des caisses et on comptait jusqu’à quatre reprises de charges pour parvenir à la poudre, relate Bénédicte Ménard. Un groupe de travail, associant opérateurs et membres du CHSCT, a été constitué pour réfléchir à une nouvelle organisation de l’atelier. »

Aujourd’hui, tous les bacs sont sur roulettes, ce qui limite les ports de charge. Ils sont soulevés mécaniquement pour être vidés dans l’installation puis un tapis alimente les lignes de production. « C’est à flux tendu. Il n’y a plus l’accumulation de caisses, plus de port de charges, plus de stocks », poursuit Bénédicte Ménard. Quand le cutter fonctionne, le couvercle doit être fermé, évitant à l’opérateur d’être en contact avec la machine en mouvement.

Moins de manipulations et plus de roulements

À la suite de cinq accidents du travail, Révillon a supprimé tous les cutters pour ouvrir les cartons et sacs. Après plusieurs tests, l’entreprise a opté pour ceux dits en « bec de cygne ». Un changement qui a permis d’éliminer les coupures par lame de cutter.

À la fin des lignes de fabrication, des opératrices récupèrent les plaques de bonbons au chocolat. Là aussi, une nouvelle organisation a été instaurée, pour limiter les gestes contraignants et répétitifs. Un tapis accumulateur permet ainsi de ne faire que 9 fois par minute le geste pour ramasser la plaque de bonbons moulés (contre 18 fois auparavant, avec de nombreuses torsions). Et lorsqu’une palette est terminée, les opératrices changent de poste.

Dans le dernier atelier de fabrication, celui des turbinés, se trouvent de grandes cuves en cuivre dans lesquelles des céréales ou des fruits secs tournent. Le chocolat y est ajouté à la louche. Là aussi, des observations simples ont permis d’améliorer l’environnement de travail « On a passé les câbles en hauteur pour éviter de se prendre les pieds et de chuter, on a revu le système de climatisation pour diminuer le bruit et augmenter le volume d’air traité », souligne Bénédicte Ménard.

Une fois terminés, la plupart des bonbons en chocolat arrivent dans un vaste atelier dont le toit a été refait pour maintenir la température du lieu autour à 16 °C. L’entreprise en a profité pour intégrer des puits de lumière naturelle rendant l’environnement de travail plus agréable. Ici, les bonbons de chocolat deviennent papillotes, parées de papiers brillants.

Autour des machines les enveloppant de papier et de maximes, l’espace de travail a été revu avec les opérateurs et le CHSCT: deux couloirs ont été créés, l’un pour les piétons, l’autre pour les engins, ce qui limite les croisements de flux. Ces machines nécessitant des interventions fréquentes, des tabourets bas sont à disposition. « Cela me soulage les genoux et le dos », confirme une opératrice.

De l’autre côté de l’atelier, deux personnes travaillent face à face sur la même machine, l’une l’alimentant en bonbons, l’autre en pétards. Des améliorations ont vu le jour : des sièges sont à disposition ainsi que des repose-pieds. Ce poste, très manuel, a fait l’objet d’une étude ergonomique dans le cadre d’une action régionale avec un partenaire externe et la Carsat : « Un audit sur le niveau de prévention des entreprises ciblées a été effectué avec la grille de positionnement en santé et sécurité au travail », souligne Frédéric Monjoffre, contrôleur de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes. Un tapis vibratile pour acheminer les bonbons vers les opérateurs est d’ailleurs en test depuis juin dernier. Une fois emballés, les bonbons partent pour le site de Roanne où ils seront conditionnés.

Un site dédié à la logistique

Le conditionnement en sachets se fait par pesée associative. À la sortie de ligne, les sachets de papillotes arrivent dos aux deux opératrices qui les récupèrent pour les ranger dans des cartons. « Un positionnement qui va être revu, nous avons acquis une nouvelle machine, explique Ludovic Benetière, conducteur de ligne et membre du CHSCT. On a créé un groupe de travail avec les opérateurs et les membres du CHSCT pour voir ce que l’on pouvait améliorer. La réflexion a été intéressante, car elle associait des personnes travaillant à ce poste et des membres du CHSCT qui avaient un regard neuf sur le sujet. »

D’ores et déjà, le bruit sera moindre car le caisson d’ensachage est clos. Deux personnes travailleront toujours en sortie de ligne, mais l’une d’elle fera face aux produits qui arrivent. Lorsque, dans certains sachets, il faudra ajouter des gadgets, appelés « primes » chez Révillon, ceux-ci seront chargés depuis le bas et non plus montés par les opérateurs jusque sur la plate-forme de distribution. Toutes ces avancées sont le fruit d’une année de réflexion et la prise en compte des événements survenus sur les lignes. Les cartons sont ensuite palettisés, filmés automatiquement puis expédiés.

Le site de Roanne est dédié à la logistique. C’est par là que transitent tous les produits finis. Équipé de plusieurs quais pour les expévditions (et d’un autre, à l’opposé, pour les approvisionnements en papillotes), il a été entièrement reconstruit à la suite d’un incendie survenu en 2001. Et la prévention des risques professionnels a été prise en compte. « Sur les quais, nous avions fait le choix de ne pas installer de cale car cela représentait un investissement important mais d’autres mesures ont été mises en œuvre », note Bénédicte Ménard : le chauffeur visualise dès son arrivée les consignes à respecter pour pénétrer sur le site.

Il est ensuite accueilli dans un local dédié où il doit compléter un protocole de sécurité simplifié, « présenté de façon visuelle, explique le chef de quais, les chauffeurs ne parlant pas forcément les langues dans lesquelles il est présenté (français, anglais, russe) ». Si le chauffeur oublie de mettre le frein à main, le camion n’ira pas loin car le quai est doté d’un dénivelé. De même, le chauffeur doit accrocher ses clés pour ne pas risquer de repartir pendant le chargement.

« Depuis quinze ans, Révillon a bien progressé en termes de santé et sécurité au travail », reconnaît Frédéric Monjoffre. « Dans l’ensemble, nous sommes sortis de l’aspect purement réglementaire et contraignant, estime Bénédicte Ménard. Nous arrivons à une phase où les avancées vont certainement être moins évidentes et moins visibles. » Mais tout aussi importantes.

LEGENDE

La papillote serait née en 1790 dans l’échoppe du pâtissier lyonnais M. Papillot. Son apprenti offrait  à sa belle, des chocolats enveloppés de mots doux. M. Papillot reprit l’idée à son compte et remplaça les déclarations par des citations…

Delphine Vaudoux

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