Certains éléments de la basilique Saint-Martin de Tours, en Indre-et-Loire, ont fait l’objet durant toute l’année 2016 d’une importante rénovation, en particulier le dôme et la statue. Malgré les contraintes de temps, d’espace et de budget, la prévention des risques professionnels et les conditions de travail n’ont pas été oubliées sur ce chantier.

En ce samedi 15 octobre 2016, à 12h15, la statue massive de Saint-Martin commence à s’élever dans les airs, place de Châteauneuf, en plein cœur de Tours, en Indre-et-Loire, sous les applaudissements de la foule. Soulevée par une grue de 60 tonnes, cette statue de bronze de 1,7 tonne et 4,25 mètres de haut a retrouvé ses dorures originelles. Elle débute son ascension pour retrouver la place qu’elle avait quittée en février 2014, au sommet du dôme de la basilique voisine, à 50 mètres de hauteur.

La concentration se lit sur le visage des techniciens. « Il y en a pour 150 ans, on ne la verra pas redescendre », s’exclame une spectatrice venue assister au levage. Cette opération, qui a nécessité le blocage de plusieurs rues dans le centre-ville de la capitale de la Touraine, vient clore le chantier de restauration de la basilique Saint-Martin débuté en janvier 2016. Le planning était contraint : 2016 marquant les 1 700 ans de la naissance de Saint-Martin, la statue devait retrouver son éclat et sa place pour les fêtes martiniennes qui étaient prévues début novembre.

La basilique Saint-Martin, construite à la fin du XIXe siècle, protégée au titre des monuments historiques, donnait des signes de détérioration et de fragilité en certains endroits depuis plusieurs années. « Un des éléments de décor du dôme était tombé, des tiges étaient corrodées, explique la direction de l’Architecture et des bâtiments de la mairie de Tours. Une première expertise en 2006 sur deux éléments de décor, un en partie haute et l’autre en partie basse de la couverture, avait mis en lumière des défauts d’étanchéité qui, à la longue, ont fait éclater certaines briques du dôme. » Le socle de la statue était également entamé et devenait insuffisant pour assurer sa stabilité.

En 2014, une analyse a été réalisée afin de préciser la nature des travaux de restauration nécessaires : renforcement du dôme, restauration de la statue de Saint Martin, comblement des fissures apparues au niveau d’un mur de la basilique, résolution du problème d’humidité dans la crypte (remontées capillaires et absence de ventilation) entraînant l’effacement de certaines inscriptions sur les ex-voto, et mise en conformité de la sécurité incendie du bâtiment.

Le maître d’œuvre a été désigné au premier trimestre 2015. Dès lors, les études préalables ont été lancées. La Carsat Centre-Val-de-Loire a été associée dès ce stade par le maître d’ouvrage, en particulier sur la partie échafaudage et sur le traitement du plomb. « L’objectif était de maîtriser au mieux tous les points du dossier pour limiter les surprises en cours de chantier », donc les potentiels surcoûts, indique la direction de l’Architecture et des Bâtiments de la mairie de Tours. Et tout en tenant compte des délais imposés.

Des ports de charges fortement réduits

Plusieurs scénarios ont été envisagés, parmi lesquels le démontage du dôme et sa pose d’un seul tenant au sol. Mais le poids de la structure et le manque de place à proximité de la basilique ont rapidement écarté cette hypothèse. « Finalement, nous avons opté pour un lot échafaudage indépendant des autres corps d’état, explique Bertrand Penneron, architecte mandataire. Étant donné son volume et son poids de 150 tonnes, il était difficile de l’inclure dans le lot gros œuvre. » Résultat : des sapines et un ascenseur ont pu être installés et mis en commun pour toutes les entreprises.

DÉCAPANT CHIMIQUE

Le produit utilisé pour retirer le plomb de la charpente métallique est une base aqueuse, sans composé organique volatile. Il contient de l’hydroxyde de sodium. Il est pulvérisé sur les parties métalliques contenant du plomb. Corrosif, il nécessite le port d’EPI (lunettes, gants, combinaisons), car il peut provoquer des brûlures. Une fois posé, le produit s’épaissit en une sorte de pâte visqueuse et doit être retiré entre 24 à 48 h pour un maximum d’efficacité.

«  Grâce à ces installations, pas de charges à monter, reprend l’architecte : les manutentions ont été fortement réduites malgré les 15 tonnes de plaques de plomb utilisées, ainsi que toutes les pièces de la charpente en bois. » « Elles ont également permis de mécaniser l’évacuation des déchets, en particulier des briques du dôme », souligne Philippe Boisorieux, contrôleur de sécurité à la Carsat Centre-Val-de-Loire. 40 000 briques représentant un total de près de 60 tonnes ont dû être évacuées durant le chantier.

L’échafaudage se composait d’une partie extérieure et d’une partie intérieure. Des torons étaient positionnés pour maintenir l’intérieur du dôme, à l’image des rayons d’une roue de vélo. L’échafaudage intérieur a été conçu en fonction de ces torons sous le dôme. Il a fait l’objet d’un calepinage en 3D par le géomètre. « Une telle organisation ne peut se mettre en place que si le maître d’ouvrage est partant et fait office de moteur », souligne Thierry Lerouvreur, coordonnateur SPS chez Qualiconsult.

Parmi les problématiques en santé au travail à prendre en compte, il y avait la présence de plomb sur la charpente métallique du dôme, plus précisément du minium de plomb présent dans la sous-couche antirouille. Une surface cumulée de 400 m2 devait être traitée et repeinte. Initialement, le principe de sablage avait été retenu pour retirer le plomb. « Mais 40 tonnes de sable auraient été nécessaires, précise Bertrand Penneron. Et outre les gros volumes de déchets à gérer, le recours au sablage imposant de travailler dans une zone totalement confinée, il aurait interdit la coactivité, donc la présence d’autres entreprises dans le périmètre. »

Un décapage chimique sous haute surveillance

L’entreprise Baudin-Châteauneuf a alors proposé une autre solution, l’utilisation d’un décapant chimique (lire l’encadré page précédente). Après plusieurs échanges avec le coordonnateur SPS et le contrôleur de la Carsat sur ses atouts et ses risques, le produit a été retenu, validé par le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage. Cette approche évitait la lourdeur d’un sablage et autorisait le travail en coactivité. Deux tonnes de produit ont été utilisées pour déplomber l’ensemble de la charpente métallique.

Malgré ses avantages, ce produit corrosif imposait le port d’EPI : lunettes, gants, combinaisons pour éviter le risque de brûlures, masques à ventilation assistée. L’exposition possible aux particules de plomb impose les mesures habituellement définies pour ce genre d’opération. Sur ce chantier, les ouvriers ont été équipés comme pour une opération de désamiantage. « La mise à disposition des EPI et leur port étaient tout à fait respectés, et le fait de remplacer la solution technique du sablage par le produit chimique a supprimé des risques, en particulier l’exposition de tiers aux poussières de plomb, observe Thierry Lerouvreur. Concernant les interventions de charpente et de couverture, tout s’est bien déroulé. Il est vrai que l’échafaudage était adapté et les moyens utilisés facilitaient l’organisation et le bon déroulement de ce chantier. »

Afin d’assurer une meilleure isolation et de limiter les risques d’infiltrations à long terme une des raisons de la dégradation constatée de la structure du dôme, l’architecte a proposé de remplacer les briques et le plâtre par du bois. Une charpente en pin Douglas a été installée, recouverte de lames en peuplier, le voligeage, sur lesquelles vient prendre appui la couverture en plomb. « La structure a ainsi été modifiée et allégée, mais l’esthétique n’est en rien changée », commente François Rousselle, de l’entreprise de charpente et couverture Le Bras frères. Les plaques de plomb qui recouvraient le dôme ont été déposées en début de chantier, refondues avant d’être reposées sur cette nouvelle charpente en bois. Des feuilles de plomb de 3,5 mm d’épaisseur ont été coulées sur un lit de sable et préfaçonnées en atelier. D’une densité de 45 kg/m2, chaque feuille de plomb pesait en moyenne 15 à 17 kg.

Espace contraint

« Pour nous, ce chantier ne présentait pas de spécificité particulière, hormis les contraintes liées à la coordination des interventions des différentes entreprises, explique encore François Rousselle. C’est aussi un chantier médiatique, où nous avons reçu beaucoup de visites. » À cela, s’ajoutent néanmoins le fait que le chantier s’est déroulé en site occupé, puisque la basilique est restée ouverte au public durant tous les travaux, et surtout sa localisation en milieu urbain, plus particulièrement en centre-ville. Cette situation a largement limité l’espace et il n’a pas été possible d’organiser un sens unique de circulation des poids lourds pour les livraisons. Celles-ci ont donc été effectuées par de petits camions qui s’approvisionnaient dans une zone de stockage en périphérie de la ville mise à disposition par les services municipaux. Les plus grands volumes de matériaux ont concerné le montage et le démontage de l’échafaudage. « La conception de l’échafaudage a été bien faite, elle nous a permis de travailler dans de bonnes conditions, poursuit François Rousselle. L’investissement initial se répercute sur la qualité du travail et le timing. »

Afin d’assurer la sécurité des tiers sur le chantier, un système anti-intrusion a été installé. « Les monuments historiques sont la cible de records à battre, notamment lors de soirées estudiantines, explique Bertrand Penneron. La présence d’un échafaudage peut en tenter certains. D’où l’installation d’un système d’alarmes, de caméras et de projecteurs. » Enfin, les interventions ultérieures sur l’ouvrage n’ont pas été oubliées : l’échelle intérieure et la trappe qui permettent de sortir sur la couverture du dôme ont été remises en état, des passe-cordes ont été posés en toiture et à l’intérieur du dôme, et, enfin, une glissière d’ancrage avec crémaillère a été posée tout au long des échelons extérieurs, permettant ainsi un accès permanent au sommet de l’édifice.

AIR INTÉRIEUR

La crypte souffrait de dégradations de certains ex-voto. Ceci s’explique par les visites parfois importantes sur des périodes courtes, et un renouvellement de l’air insuffisant, et par des remontées capillaires. Dans le cadre de ce chantier de restauration, un déshumidificateur a été installé afin d’assainir l’air intérieur. En parallèle, un dispositif physique pour limiter les remontées capillaires va être testé durant une année.

Céline Ravallec

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