Au cœur du département du Tarn, Caréco Gaillac est un site de recyclage automobile bien plus proche de l’entreprise industrielle que de la traditionnelle casse auto. Les étapes visant à dépolluer et déconstruire les véhicules hors d’usage ont été hiérarchisées et rationalisées. Avec en ligne de mire l’efficacité, la préservation de la santé des opérateurs et leur sécurité.

C’est un petit temple de l’économie circulaire, installé sur un site industriel de 7 hectares à Gaillac, dans le département du Tarn. Une entreprise dont l’activité est parfaitement en phase avec les besoins de la société. En effet, depuis janvier 2017, les professionnels de l’automobile ont obligation de proposer une pièce de réemploi à la place d’une pièce neuve pour l’entretien ou la réparation du véhicule de leurs clients. Libre à ces derniers de l’accepter ou de la refuser. Caréco Gaillac est le plus important des cinq sites du groupe Surplus Autos – les autres sont à L’Union, Castres, Albi et Montpellier –, le leader français de la vente de pièces automobiles d’occasion. Une quarantaine de salariés y travaillent.

Construit en 2014, le site est issu de la vision d’un homme, Laurent Hérail, le P-DG du groupe, sur l’activité de déconstruction des véhicules hors d’usage pour recycler et vendre les pièces d’occasion. Un homme qui fustige les casses sauvages, défigurant le paysage et polluant l’environnement. « À l’heure où l’on voit de plus en plus de véhicules mal dépollués, l’éthique environnementale est plus que jamais essentielle dans la profession, explique-t-il. Il existe aujourd’hui un vrai marché de la pièce de réemploi. Pour peser, ma conviction est qu’il faut s’organiser comme si l’on travaillait sur de la pièce neuve, avec les mêmes contrôles qualité et en apportant les mêmes garanties. L’autre point essentiel est de se doter d’outils et de moyens qui tiennent la route, font gagner du temps, rendent le travail moins pénible et permettent de préserver la santé de chacun. Car un site industriel ne tourne que grâce à ses salariés. »

Dans ces métiers physiques, qui souffrent d’un déficit d’image et où le recrutement s’avère souvent difficile, cette nécessité s’est imposée dès la conception du site et lors de ses différentes phases d’agrandissement. En 2016, 12 000 véhicules hors d’usage ont été pris en charge à Gaillac et à L’Union, ainsi que 3 000 motos, dans un site dédié à Gaillac (SAS Surplus Motos).

Traçabilité totale

Sur l’immense parking du site, bordé de voies de circulation à sens unique, quelque 3 000 véhicules géolocalisés attendent d’être démontés. C’est au niveau de la zone de déchargement que des camions livrent tout au long de la journée des véhicules accidentés ou en fin de vie dont les particuliers se débarrassent ou qui proviennent des concessionnaires. Un cariste en assure le déchargement et la répartition sur le site. Si visuellement, on peut avoir l’impression d’un immense terrain de jeu, l’organisation ne laisse rien au hasard. Ici, tout a été hiérarchisé, rationalisé, du démontage au traitement de magasinage et à la revente des pièces.

En premier lieu, les véhicules doivent être expertisés. Il s’agit de déterminer les pièces à prélever en fonction de leur état et des besoins du marché. Dès cette étape, les voitures sont marquées : inscriptions et codes couleurs, ayant chacun une signification précise. « Il faut une traçabilité visible pour le cariste qui va faire la régulation de chaîne. C’est nécessaire pour bien gérer les flux. La traçabilité sur toutes les étapes de déconstruction des véhicules hors d’usage est d’ailleurs totale, de l’entrée du véhicule jusqu’à sa sortie en pièces détachées. Tout est suivi et traité informatiquement, souligne Yannick Rossell, le responsable du site. Une fois passés par l’expertise, les véhicules sont pris en charge pour différentes phases de dépose, qui ont lieu dans un atelier de production compartimenté, où l’on travaille dans des box. »

Les opérateurs se répartissent sur trois secteurs : la dépollution (retrait de la batterie et des pneus, évacuation des fluides), la carrosserie (démontage des pièces) et la mécanique (démontage des groupes motopropulseurs entiers puis de leurs composants). « Chaque personne a une fonction principale et une fonction d’appui. Nous sommes à la fois spécialisés et polyvalents », explique Morgan Gatto, un démonteur. Ainsi, Caréco Gaillac se donne les moyens d’utiliser au mieux les compétences de chacun tout en assurant une flexibilité, pour répondre aux besoins de production.

Une dépollution propre

Sur les postes de dépollution, la voiture est installée sur un pont. Des tuyaux sont d’abord mis en place pour évacuer par le haut les fluides accessibles avec un système de pompes. Le véhicule est ensuite monté à mi-hauteur pour la dépose des roues. « Je vais percer à l’arrière, puis à l’avant, pour récupérer l’ensemble des fluides, qui sont pompés et partent directement dans les cuves de stockage situées à l’extérieur, explique Joackim Gonzalez, un dépollueur. En moyenne, je traite seize véhicules par jour. 10 à 20 minutes suffisent pour chacun. J’ai la perceuse pneumatique et les outils nécessaires à portée de main. Il n’y a aucun travail de manutention inutile, aucun contact avec les fluides, aucun transvasement, pas un tuyau au sol. »

À l’extérieur, les professionnels autorisés à entrer empruntent les voies de circulation dédiées pour venir récupérer les fluides stockés dans les cuves, entreposées sur une zone sur rétention, avec la signalétique adaptée. « Laurent Hérail est un homme curieux, qui a la connaissance du métier. Il est parti de l’analyse de l’activité et des contraintes des opérateurs pour concevoir un dispositif répondant à leurs besoins. Ce travail, l’entreprise l’a réalisé seule. Aujourd’hui, alors que des évolutions sont envisagées sur le site de Surplus Autos à Toulouse, nous avons recommandé une mise à niveau sur le modèle de ce qui a été fait ici », précise Nadège Pascaud, ingénieur-conseil à la Carsat Midi-Pyrénées.

Plus d’efficacité, moins de manutentions

À quelques mètres, dans l’atelier carrosserie, un opérateur démonte une portière en bon état qui pourra être revendue. Il la retire à l’aide d’un préhenseur monté sur palan. « Le dispositif permet de soutenir la portière pendant qu’il la désolidarise du véhicule, sans avoir à forcer. Cette opération, qui nécessitait auparavant l’intervention de deux hommes, se fait beaucoup plus simplement, en ne mobilisant qu’une seule personne », souligne Yannick Rossell. La pièce démontée est glissée sur un chariot de stockage. Une fois plein, celui-ci est conduit un peu plus loin, sur l’aire de lavage.

Le box voisin est consacré à la dépose du groupe motopropulseur. Ici, dès la conception du site, une véritable trouvaille a été mise en place. « Nous sommes partis d’un constat simple : il est plus facile de travailler lorsque le véhicule est tourné devant soi que si l’on doit lever les bras. Cela permet également d’éviter les problèmes liés à la gravité. Combien de fois, s’il intervient sous un véhicule, l’opérateur risque-t-il de faire tomber un outil ou de prendre une pièce sur la tête ? », reprend le responsable du site. Pour défaire le support moteur, Joevin Sancère, démonteur, utilise un pont retourneur un peu particulier, issu de réflexions menées en interne et que l’entreprise a fait développer pour ce poste. Il est réglable en hauteur. Ainsi, le démonteur est d’abord face au véhicule, mis sur la tranche, pour dévisser, démonter, couper les raccordements… Une fois ces opérations réalisées, il commande la levée du véhicule, tandis que le groupe motopropulseur démonté reste au sol, sur une palette.

Grâce à l’aménagement de ce poste, la performance de dépose a été considérablement augmentée. « L’opération prend de 10 à 15 minutes, alors que le démontage d’un groupe motopropulseur nécessitait environ 1 h 30 sans ce dispositif », assure l’opérateur. Et les bénéfices sont très nets en matière de réduction des efforts pour le salarié et des risques liés aux manutentions. Une fois le groupe motopropulseur déposé, les palettes peuvent être récupérées et acheminées dans l’atelier voisin, où l’on va littéralement décortiquer la pièce. « Les groupes sont placés sur un convoyeur et prélevés avec un palan pour finir le démontage. Les sous-ensembles sont séparés et les pièces réparties en fonction de leur destination : en France (pour les professionnels et les particuliers), en vente à l’export (par lots) ou au recyclage matière », explique Said Mze Mbaba, un démonteur.

Stockage XXL

« Si l’on met toutes les opérations bout à bout, il faut compter environ deux heures, de l’entrée du véhicule sur le site à l’arrivée des pièces au comptoir pour la revente et au rejet de la carcasse, récupérée par les ferrailleurs. Aujourd’hui, on a la capacité de recycler 95 % du véhicule », indique Yannick Rossell, et les résultats de l’Ademe pour 2015 sont de 97,6 %. Une fois passées au nettoyage, toutes les pièces issues de la déconstruction sont envoyées au laboratoire qualité pour subir cinq contrôles minimum par pièce. C’est dans cet espace que les magasiniers réalisent les photos techniques, qui permettent de mettre en avant les éléments clés pour la revente (pièces garanties douze mois). Les clichés sont mis en ligne sur le site internet.

Puis direction le stock, et là encore, l’installation est impressionnante. Des éléments de carrosserie aux petites pièces mécaniques, ce sont plus de 70 000 pièces qui sont stockées dans un espace immense, géré de façon industrielle, en flux tendu, par une équipe de professionnels. « La surface de stockage est de 5 000 m², avec 10 mètres de hauteur et 6 allées », précise Laurent Hérail. Le service expédition, avec un préparateur de commandes dédié, fait partir plus de 150 pièces par jour. De plus, le groupe s’est doté d’un centre d’appels qui répond en temps réel aux demandes des acheteurs. Au niveau du point de vente, les clients se succèdent. À Gaillac, le site est aussi bien en mesure d’alimenter les garagistes qui ont opté pour la réparation des voitures avec des pièces d’occasion, que de fournir les automobilistes, dont certains viennent eux-mêmes acheter leurs pièces. Une clientèle dont on gage qu’elle va continuer de croître.

Grégory Brasseur

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