Les travaux de restauration de la façade sud de la cathédrale d’Amiens ont débuté à la fin de l’année 2014. La quatrième et dernière tranche du chantier a été lancée en mars 2017 et doit prendre fin début 2018. Rencontres avec les professionnels des différents corps de métiers qui interviennent sur ce chef-d’œuvre de l’art gothique.

La cathédrale Notre-Dame-d’Amiens est considérée comme l’archétype du style gothique classique. D’une hauteur d’environ 112 mètres, elle est la plus vaste cathédrale de France par ses volumes intérieurs (20 000 m3) qui pourraient contenir Notre-Dame-de-Paris. Elle a été classée « chef-d’œuvre du patrimoine mondial » par l’Unesco en 1981. Depuis trois ans, des professionnels se relaient sur sa façade sud pour lui rendre son lustre passé. Ils ont attaqué en mars dernier la quatrième et dernière tranche de ce chantier d’exception.

« Entre les pierres taillées, les sculptures et les vitraux, travailler sur ce type de chantier nous met au contact de superbes ouvrages, concède Michel Danel, directeur d’agence de l’entreprise Charpentier PM. Mais cela représente également des contraintes puisque nous ne pouvons pas travailler sur un monument historique classé comme sur n’importe quelle construction. Pour respecter l’édifice, des matériaux et des méthodes de travail nous sont imposés. »

Premier point, le chantier est susceptible de s’arrêter à n’importe quel moment le temps de définir la bonne manière de traiter une sculpture ou de la ferronnerie, par exemple. « Forcément, le rythme est différent de celui d’un chantier BTP classique, note Nathalie Hégo, technicienne des bâtiments de France à la CRMH à la Drac Hauts-de-France (1). Mais c’est nécessaire pour assurer une restauration qui respecte le monument historique, aussi bien du point de vue de sa forme les pièces sont retaillées à l’identique que de son intégrité physique. » Des obligations qui n’empêchent cependant pas de penser à la santé des hommes.

Afin de protéger les ouvriers des intempéries et en vue du retrait de la couverture, la décision a été prise de poser un parapluie au sommet de l’échafaudage. Cette protection recouvre la partie du chantier installée sur le toit du collatéral (2). Les tubes qui la composent sont en aluminium, et plus légers que ceux, en métal, de la structure sur laquelle elle repose. Ils ont le double avantage d’être plus aisément manipulés et de limiter la charge qui pèse sur l’échafaudage.

« Pour installer les bâches sur les armatures du parapluie, trois personnes sont nécessaires, explique Alain Waelens, conducteur de travaux pour Reatub, l’entreprise responsable du montage de l’ensemble. Deux ouvriers équipés de harnais à doubles fixations se positionnent de part et d’autre de la bâche qu’ils tirent de concert le long de rails tandis qu’un troisième homme la déroule au fur et à mesure. Le ballet doit être parfaitement réglé pour que le thermoplastique soit idéalement tendu et n’offre aucune prise au vent. » Et, comme c’est le cas sur toute la hauteur de l’échafaudage, des filets de protection sont installés pour finir d’isoler le chantier.

La bâche est d’autant plus utile que les plaques de plomb qui revêtent le toit ont souffert  d’oxydation, se désagrègent et libèrent de la poussière toxique. La manipulation de ces tables impose des précautions importantes afin de limiter la pollution vers l’extérieur. Les couvreurs chargés de leur dépose sont, pour leur part, équipés de combinaisons intégrales et de masques. « En plus des EPI, les équipes sont suivies médicalement : tous les six mois, le niveau de plomb dans le sang des ouvriers est mesuré, souligne Fabrice Loumaïza, chef de chantier, de l’entreprise Lebras Frères qui réalise les travaux. Jusqu’ici, nous n’avons pas détecté de valeurs dangereuses, ce qui montre l’efficacité de nos mesures de prévention. »

Pied-de-biche contre plaques de plomb

Avant d’accéder aux installations sanitaires, qui ne peuvent être contiguës au chantier, et pour éviter la contamination des alentours du chantier lorsque l’on quitte la zone de travaux, il est obligatoire de passer par un pédiluve. Les poussières se décrochent des semelles et sont entraînées dans un circuit fermé muni d’un filtre. En vérifiant la couleur de celui-ci, visible sans manipulation et qui passe au vert-noir lorsqu’il est saturé de débris de plomb, les équipes sont informées de la nécessité de le changer.

Les couvreurs qui détachent les plaques de plomb utilisent des pieds-de-biches pour les désolidariser de la structure qui les soutient. « La charpente en bois ayant souffert, l’effort à fournir n’est pas énorme, explique Baptiste Faucheux, charpentier chez Battais Charpente. En revanche, le matériau est lourd. Chaque table de plomb pèse plus de 100 kilos. Et c’est à la main que nous chargeons les palettes qui au final pèseront jusqu’à une tonne. » C’est donc à l’aide d’un transpalette que ces dernières, préalablement filmées pour limiter la dispersion des poussières, sont évacuées du chantier. Pour ce faire, elles empruntent l’ascenseur dont le plancher a été recouvert d’une bâche pour récupérer les polluants qui s’échapperaient tout de même de la cargaison.

Du côté des tailleurs de pierre de l’entreprise Charpentier PM, la restauration se poursuit avec la construction d’une nouvelle balustrade, réplique fidèle de celle qui a été retirée quelques semaines plus tôt. C’est également avec un tire-palette que les pierres qui la composent sont apportées. D’un poids de 90 kilos chacune, elles sont ensuite soulevées avec un palan pour être déposées à la place qu’elles occuperont sur l’édifice. Enfin, elles sont jointées à l’aide de coulis, un mélange de chaux et de sable qui avait été utilisé lors de la construction de la cathédrale. « Le choix d’utiliser cette technique est le fruit d’une volonté de respecter le plus possible la conception d’époque du bâtiment, mais il apporte aussi un plus du point de vue de la sécurité. En utilisant des techniques plus modernes, nous aurions eu recours à un mortier qui fait entrer dans sa composition des substances plus dangereuses, et nous nous serions exposés à des risques d’un tout autre ordre », note Hervé Vanderwalle, chef de chantier taille de pierre.

Un peu plus bas, des ouvriers retirent de colonnes courant le long de la façade les pierres en mauvais état. Les joints sont sciés, la pierre abîmée retirée, son emplacement humidifié avant d’y insérer immédiatement sa remplaçante. Laisser des espaces vides fragiliserait l’édifice. « Les pierres peuvent être lourdes. Quand on peut, on utilise un palan, mais parfois, c’est impossible par rapport à la position du bloc à changer ou si les élingues ne passent pas dans l’interstice. Je les fais donc glisser avec une planche de bois et des roules (NDRL : tubes de métal ou de bois) », explique David Mills, tailleur de pierre.

Une chouette copie

Contrairement à la sculpture qui peut pour partie être effectuée sur le site de la cathédrale, la restauration des vitraux nécessite d’être réalisée en atelier. La première étape, le dessertissage, consiste à retirer l’armature de plomb pour libérer les morceaux de verre. « Avec ses 200 ou 300 ans, le métal est très abîmé et relâche de la poussière, explique Thierry Bouliou, verrier chez Vitrail France dont l’atelier est installé au Mans. Notre établi est donc muni d’une hotte horizontale qui est efficace pour capter les lourdes particules de plomb libérées pendant l’opération. Nous portons également un masque à cartouche pour nous protéger de l’acétone que nous utilisons pour nettoyer les pièces de verre et des gants pour prévenir les coupures. »

Vient ensuite l’étape du sertissage. Ici, pas de souci avec le plomb qui est neuf et ne génère pas de poussière. En revanche, une fois le puzzle terminé, il s’agit de souder entre elles à l’étain les différentes tiges de plomb qui constituent la nouvelle armature. Pour capter les fumées émises lors de cette opération, un système de trois trompes aspirantes mobiles est à la disposition des vitraillistes. Si les gestes à réaliser pour le sertissage et le dessertissage peuvent parfois être répétitifs, entraînant des risques de TMS, les salariés ont la possibilité de changer régulièrement de poste.

Pendant ce temps, à Amiens, plus précisément au pied de la cathédrale, un abri monté dans la zone de stockage du matériel est le théâtre d’une renaissance. Celle d’une sculpture datant du XIXe siècle représentant un oiseau. Les outrages du temps ayant implacablement effacé une bonne partie des reliefs, des documents ont été nécessaires pour se faire une idée de la forme du volatile. C’est notamment une photo prise lors d’une précédente et lointaine rénovation qui a permis au sculpteur de remodeler sur ce qu’il reste de l’original, les yeux, le bec, les plumes et les serres de ce qui apparaît être une chouette. La statue ainsi retapée sert de modèle à la réalisation d’une copie.

Pour assurer plus de longévité à l’œuvre, c’est d’un bloc de pierre delavoux, une pierre calcaire très résistante, que l’artiste fait jaillir l’animal du minéral. « J’utilise des marteaux pneumatiques pour tailler la pierre, explique Gilles Fabre, sculpteur à l’atelier Degaine. Je mets du sorbothane sur le manche de chacun de mes outils, c’est une matière élastique censée atténuer les vibrations. » Après avoir connu quelques problèmes tendineux, il a également ajouté un régulateur de pression au dispositif afin de pouvoir diminuer celle-ci et travailler en sollicitant moins les muscles de ses bras.

« Le chantier devrait se terminer dans le courant de l’année 2018. Le retour de la chouette sur le collatéral y mettra un point final, affirme Thierry Garret, chef de projet de l’atelier d’architecture Richard Duplat, architecte en chef des monuments historiques. Mais prendre soin d’un monument de la taille de la cathédrale d’Amiens est un travail sans fin. Les campagnes de restauration vont se succéder pour la maintenir en bon état. La prochaine s’intéressera au chevet de l’édifice. »

 

(1) Au sein de la Drac (direction régionale des affaires culturelles), la Conservation régionale des monuments historiques (CRMH) met en œuvre les actions de protection, de conservation et de surveillance des immeubles et des objets mobiliers protégés au titre de la législation sur les monuments historiques et de mise en valeur du patrimoine régional.
(2) Le collatéral est en architecture un vaisseau latéral de la nef centrale.

HISTORIQUE

● 1965. La société Auzou Citernes, implantée à Bosc-le-Hard, réalise les premières citernes reconditionnées pour le stockage de l’engrais liquide.
● 1986. Elle lance une activité de négoce de cuves et citernes neuves pour le stockage d’eau, d’hydrocarbures.
● 1995. Extension du site historique, avec aménagement d’une aire de stockage de 40 000 m2.
● 2001. Lancement d’une gamme de cuves de récupération des eaux de pluie.
● 2008. Création de la marque Tubao et réflexion sur un concept de buses métalliques, importé d’Amérique. Les premières fabrications seront lancées l’année suivante.
● 2010. Construction d’une nouvelle usine sur le site de Saint-Saëns : 3 000 m2 d’ateliers neufs et 30 000 m2 de stockage.
● 2014. Achat d’une grue à tour pour faciliter et sécuriser le chargement et la manutention des produits.
● 2016. Lancement d’une gamme de buses en polyéthylène, dont les caractéristiques physico-chimiques rendent possibles de nouvelles utilisations.

Damien Larroque

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