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Un baromètre réalisé par OpinionWay avant le second confinement pour le cabinet Empreinte humaine alerte sur la dégradation de la santé mentale des salariés en France.

À PERIODE PARTICULIERE attention particulière. Les études, enquêtes et autres baromètres destinés à scruter la santé mentale des salariés français en ces temps de crise se multiplient. Après la grande enquête de la Mildeca, c’est OpinionWay qui dégaine son baromètre sur le sujet. Réalisée en octobre dernier auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 salariés, l’étude publiée fin novembre par Empreinte humaine, cabinet de conseil en prévention des risques psychosociaux, constitue la quatrième vague d’une enquête démarrée au début de la crise sanitaire.

Et selon les chiffres présentés, le bilan n’est pas fameux : 49 % des salariés interrogés se déclarent en situation de détresse psychologique, soit 7 points de plus qu’au mois de mai. La dégradation est encore plus nette lorsque l’on monte dans la hiérarchie : 58 % des managers expriment cette détresse et 72 % des managers de managers. Après neuf mois d’épidémie, 24 % des salariés interrogés déclarent avoir déjà été en arrêt maladie à cause du stress ou de l’anxiété liés à la Covid-19. 

Comme s’il ne s’était rien passé

« La crise ne fait pas qu’exacerber les fragilités, elle en crée de nouvelles, décrypte Christophe Nguyen, psychologue du travail et des organi­sations, et président d’Empreinte humaine. 36 % des sondés craignent de ne plus pouvoir faire face psychologiquement. Ils sont 42 % à déclarer que leur travail leur plaît moins qu’avant et 35 % ont réalisé, avec la crise, que ce qu’ils faisaient n’avait pas de sens pour eux. » 

Un constat global qui fait craindre une explosion de l’absentéisme dans les mois à venir. L’enquête met également en avant la perception d’un relâchement des mesures de prévention prises par des directions d’entreprise. 32 % d’entre elles seulement témoigneraient d’un engagement pour la santé mentale des salariés. « On fixe aux équipes les mêmes objectifs, comme s’il ne s’était rien passé, sans tenir compte de leur état de fatigue, relatent salariés et managers », poursuit Christophe Nguyen.

Parmi les problèmes posés, le télétravail est révélateur d’inégalités (taille du logement, présence ou non d’enfants, adaptation aux outils numériques…) pour 68 % des sondés, il renforce l’isolement (41 %) et nuit au collectif (55 %). Un télétravailleur sur deux peine à oublier le travail après la journée et la même proportion vit les webcams comme une forme d’intrusion dans la vie personnelle. 70 % des managers déclarent par ailleurs que le télétravail rend leur rôle plus compliqué. Du côté des salariés, un télé­travailleur sur deux estime que le management ne se préoccupe que du résultat et évoque la sensation de devenir des « machines à produire ».
« 77 % pensent que le style de management de leur entreprise doit changer pour s’adapter », remarque Christophe Nguyen.  

Grégory Brasseur

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