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Les perspectives nombreuses et variées qu’ils ouvrent à la recherche et à l’industrie ont rendu les nanomatériaux incontournables dans de nombreuses entreprises. Quand une approche de prévention collective ne peut être mise en place, les équipements de protection individuelle sont le seul rempart à la pénétration des nanoparticules dans l’organisme. Les appareils de protection respiratoire sont-ils efficaces ?

© Serge Morillon/INRS/2013

© Serge Morillon/INRS/2013

De la pharmacie aux télécommunications, de l’aéronautique à l’agroalimentaire, de nombreux secteurs industriels fabriquent ou utilisent des nanomatériaux (1). Ce succès est à mettre sur le compte de certaines propriétés particulières (physiques, chimiques, biologiques…) de la matière à l’échelle du nanomètre (nm) et qui rendent possible la fabrication de matériaux aux caractéristiques souvent inédites. L'émergence des « nanos » a posé la question des risques liés aux expositions professionnelles à ces produits.

Alors que des études avaient démontré l’efficacité des dispositifs de protection collective, un manque de données sur les appareils de protection respiratoire (APR) vis-à-vis des nanomatériaux a conduit l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) à travailler sur le sujet (lire l'encadré En savoir plus). « L’objectif était de tester les performances de divers APR filtrants à ventilation libre (de la pièce faciale filtrante au masque complet) ou à ventilation assistée (demi-masques, masques complets et cagoules) lors d’une exposition aux nanomatériaux, précise Sandrine Chazelet, responsable d’études à l’INRS. Cette étude devait être menée en fonction de la taille des particules et d’autres contraintes liées au poste de travail comme le rythme respiratoire. Il s’agissait également de mettre en évidence l’apport des bonnes pratiques d’utilisation et notamment celui de l’ajustement du masque. » 

Un bon fonctionnement sous conditions

Les résultats de l'étude ont montré que la taille des particules influence le fonctionnement des APR filtrants puisque leur efficacité est accrue pour les particules dont la taille est inférieure à 100 nm. Les conclusions de ces travaux confirment donc la pertinence de ces équipements de protection individuelle pour faire barrière aux nano-particules, si tant est que certaines conditions soient respectées. 

Deux paramètres, en particulier, peuvent perturber leur bon fonctionnement. Le premier est le rythme respiratoire du porteur. Si celui-ci est élevé comme dans le cas d’activités physiques intenses, il peut entraîner une baisse des performances ou une réduction d’autonomie de certains dispositifs. Il apparaît donc important d’adapter les postes de travail qui exposent aux nanoparticules pour que les opérateurs n’aient pas à fournir d’efforts trop intenses au cours de la réalisation de leurs tâches. Et lorsque l’activité physique ne peut être adaptée, les masques à ventilation assistée doivent être privilégiés. En effet, outre le maintien de leur efficacité lors de l’accélération de la respiration, ils apportent un confort respiratoire notable.

Le second facteur, et le plus signifiant, auquel il convient de porter une attention particulière est l’ajustement du masque sur le visage. Il doit être optimal et s’accorder à la morphologie du visage de chaque salarié. Pour être efficaces sur ce point, les entreprises devront réaliser des essais d’ajustement. Pour les guider dans ces procédures techniques, l’INRS a publié une brochure intitulée Protection respiratoire, réaliser des essais d’ajustement (ED 6273) à laquelle les professionnels peuvent se référer pour prendre des mesures rigoureuses.

(1). Selon la définition de l'Union européenne, un nanomatériau  est un matériau contenant des particules libres, sous forme d’agrégat ou sous forme d’agglomérat, dont au moins 50 % des particules, dans la répartition numérique par taille, présentent une ou plusieurs dimensions externes se situant entre 1 nm et 100 nm.

Damien Larroque

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