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Concevoir des lieux de travail est une affaire sérieuse. Cela impacte durablement les conditions de travail des personnels et leur sécurité, et de mauvais choix peuvent s’avérer excessivement coûteux. L’INRS publie une nouvelle version d’une brochure qui permet d’appréhender de tels projets avec toutes les cartes en main. Entretien avec Éric Liehrmann, responsable du pôle approche globale des situations de travail à l’INRS.

© Gaël Kerbaol/INRS/2021

© Gaël Kerbaol/INRS/2021

Travail & sécurité. La brochure Conception des lieux et situations de travail. Santé et sécurité : démarche, méthodes et connaissances techniques vient de paraître. Que propose ce document ?
Éric Liehrmann.
Cette brochure, qui est une nouvelle version d’un précédent document, vise à permettre à ceux qui débutent un projet en conception de lieux et situations de travail (maîtres d’ouvrage, chefs d’entreprise…) de prendre en compte l’ensemble des points déterminants. Ce document part du constat que, trop souvent, les projets en conception sont guidés uniquement par les enjeux techniques, réglementaires et économiques. Certains choix peuvent être figés avant même que les futures activités soient prises en compte, ce qui entraîne ensuite des problèmes d’organisation aux postes de travail et pénalise le quotidien des opérateurs, les exposant à des risques pour leur santé ou leur sécurité, et réduisant leur efficience. Or, certains éléments structurants des espaces ne peuvent pas être corrigés, ou très difficilement, une fois les travaux réalisés, d’où l’importance de ne rien oublier d’essentiel dans les étapes de conception.

L’anticipation est donc un incontournable dans la bonne réalisation d’un projet de conception ? 
É. L.
Oui, c’est pourquoi ce document cherche à aider les décideurs à intégrer la réalité du travail très en amont de leur projet, pour qu’ils mettent en place les moyens organisationnels, techniques et matériels nécessaires ensuite. Il est essentiel d’identifier ces sujets au plus tôt pour assurer la sécurité, la santé et le bien-être au travail des salariés, mais aussi la fiabilité du process, la qualité de la production et l’efficacité de l’ensemble. Par exemple, lors de la conception d’un Ehpad, il faut tenir compte de la présence des divers outils d’aide aux déplacements de personnes qui seront utilisés par les équipes : s’il n’y a pas un espace de rangement prévu, ces matériels se retrouveront entreposés dans les couloirs, ou dans des espaces non adaptés. Ils représenteront alors une entrave au bon fonctionnement des équipes au quotidien, à leur organisation, encombrant leurs espaces de travail, et seront à la source de tensions voire d’accidents du travail. Idem dans une industrie : si les interventions de maintenance sur les machines ne sont pas intégrées dans les activités, l’accessibilité, les circulations, les débattements ne seront pas pensés pour répondre aux besoins des opérations dans de bonnes conditions.
Pour être pleinement réussi, tout projet de conception d’espaces de travail nécessite une compréhension et une intégration de la réalité du terrain. Par ailleurs, il est tout aussi important de se pencher sur ce qui fonctionne bien que sur ce qui fonctionne mal, pour voir comment ce qui marche mal peut être amélioré et veiller à ce que ce qui marche bien soit maintenu.

Comment s’organise cette brochure ?
É. L.
Elle est composée de douze chapitres : les premiers présentent la démarche et la méthodologie, viennent ensuite des repères techniques déclinés par thème (circulations, ambiances de travail, incendie-explosion…), deux chapitres sont consacrés aux dispositions spécifiques liées à la conception des bureaux, des salles de réunion et des locaux sociaux. Enfin, sont abordés les éléments en lien avec la signalétique et l’étape de mise en service et les opérations de maintenance. Précisons que le propos porte sur tout type d’aménagement, de réaménagement, de rénovation ou de création d’espaces de travail, qu’il y ait ou non un dépôt de permis de construire.
Cette brochure élaborée par l’INRS a associé à la fois des acteurs de la Cnam et de plusieurs Carsat. Elle s’appuie sur des retours d’expérience du terrain et se veut transversale. Elle propose un référentiel commun pour faciliter le dialogue entre les différents acteurs de la conception autour des activités futures et de la prévention des risques professionnels. On y trouve ainsi des repères méthodologiques et techniques utiles à l’ensemble des acteurs d’un projet de conception.  

Propos recueillis par C. R.

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