ACTUALITÉS

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les salariés du secteur de l’aide à domicile ont souvent dû improviser pour continuer d’assurer les prestations chez les bénéficiaires malgré le risque infectieux et le surplus de stress. Dans ce contexte, la Carsat Sud-Est a adapté son accompagnement pour être au plus près de la profession.
Explications de Claudie Meyer, contrôleuse de sécurité et co-pilote de l’« Expérimentation nationale aide et soins à domicile ».

Travail & sécurité. D’où est partie l’idée d’organiser un retour d’expérience sur le vécu de la période pandémique au sein de l’aide à domicile ?
Claudie Meyer.
Il y a deux ans, la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) nous a demandé d’expérimenter une offre de prévention à destination des structures d’aides à domicile pour 2023. Dans cette optique, nous avions commencé à mener des réflexions, avec une cinquantaine d’entreprises ciblées dans le Sud-Est, pour réduire l’absentéisme, les troubles musculosquelettiques… Et là, arrive la pandémie de Covid-19 et la première vague au printemps 2020. La sidération est totale, mais pour cette profession, l’enjeu est double. D’un côté, les salariés subissent comme tout le monde cette situation, mais il leur faut en plus continuer l’activité de services, se rendre chez des personnes qui ne peuvent plus voir leur famille, qui ont besoin de conserver un minimum de lien social et affectif… Le tout dans un contexte dégradé : au début, les aides à domicile n’avaient pas de protection, ni gants, ni masques, ni blouses. Quand nous avons réussi à rétablir le contact avec les structures, lors du premier déconfinement, nous avons eu à cœur de leur donner la parole afin d’identifier leurs besoins au sortir de cette crise sans précédent. La première chose qui a été identifiée, c’est que la pandémie allait s’installer dans la durée. Il fallait donc trouver des solutions pour que les aides à domicile puissent continuer à travailler, tout en prenant en compte le risque biologique et en les protégeant au maximum. Ensuite, il est rapidement apparu que le personnel avait beaucoup souffert de la situation : fatigue, stress, peur… Le collectif au sein des structures d’aide à domicile s’était globalement morcelé. Il fallait agir sur le volet des risques psychosociaux (RPS) et essayer de remonter le moral des troupes.

Comment s’est organisé ce retour d’expérience ?
C. M.
Nous avons construit un cahier des charges pour pouvoir lancer une consultation restreinte sur les deux sujets. Un prestataire pour le risque biologique a été retenu ainsi que deux consultants concernant les RPS. Avant de lancer les travaux, nous avons demandé un engagement fort aux structures participantes. En effet, cela demandait de dégager du temps, entre deux et trois mois, de constituer un comité de pilotage avec des personnes de l’encadrement mais aussi des intervenants à domicile afin que la démarche parte du terrain. Une fois ces conditions remplies, les premiers échanges ont permis d’écouter et de comprendre les besoins. La parole s’est vite libérée et des problématiques plus larges que celles liées à la pandémie ont été évoquées : définition des postes, organisation du temps de travail… Tout ce travail d’échanges et de réflexion a abouti à la rédaction d’un plan d’actions soumis à chacune des six structures que nous accompagnons depuis fin 2020 dans le cadre de ce dispositif.

Quelles préconisations figurent dans le plan d’actions ?
C. M.
Elles sont nombreuses et variables en fonction des besoins des structures. Concernant le risque biologique, des formations aux bonnes pratiques ont, par exemple, été proposées. Mais la démarche est globale et se dévoile véritablement sur le terrain, en situation réelle. Concernant les RPS, la méthodologie suivie est celle de l’INRS, qui vient déterminer les actions à mettre en place en fonction des différents risques : surcharge de travail, autonomie de décision, anxiété par rapport à l’avenir… Cette démarche fonctionne très bien. Nous avons des retours très positifs et de nombreuses structures attendent de pouvoir en profiter. L’accompagnement a même été perçu comme un moment privilégié de la part des salariés dans ce secteur trop souvent laissé pour compte. Sur le plan financier, la totalité des coûts a été prise en charge grâce à un budget dégagé exception­nellement par la Direction des risques professionnels à travers la Cnam. L’objectif est de pouvoir aider financièrement les autres structures en attente, si ce n’est à 100 %, au moins en partie, grâce à d’autres financements qui proviendraient de l’action sociale retraite, par exemple. Nous avons vraiment la volonté d’inscrire ce dispositif, qui est pour le moment un produit spécifique Carsat Sud-Est, dans un catalogue de prestations accessibles au plus grand nombre. 

Lucien Fauvernier

Haut de page