ACTUALITÉS

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail vient de rendre un rapport dans lequel elle conclut à une relation de causalité entre les cancers des ovaires et du larynx et l’exposition à l’amiante dans le cadre professionnel. Un pas vers une meilleure reconnaissance et prise en charge de ces pathologies.

C’est une avancée importante pour les malades : dans le cadre d’un rapport d’expertise collective (disponible sur le site www.anses.fr), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a confirmé le lien causal entre le risque de survenue des cancers du larynx et des ovaires et l’exposition à l’amiante.

La dangerosité des fibres d’amiante est identifiée depuis plus d’un siècle et elles ont été reconnues comme source de maladies professionnelles (MP) en 1945. Mais, pour l’heure, seuls les cancers broncho-pulmonaires et le mésothéliome (essentiellement de la plèvre) font l’objet de tableaux permettant leur reconnaissance en MP. Le rapport de l’Anses pourrait changer la donne. « Il repose sur une méthode solide, qui permet d’apporter des éléments sérieux pour envisager la création de nouveaux tableaux », commente Anita Romero-Hariot, experte d’assistance conseil à l’INRS.

De fait, le groupe de travail s’est appuyé sur la littérature scientifique ­– évaluant la robustesse des différentes études sur le sujet –, mais aussi sur des organismes et des personnalités compétentes (professeurs d’université et praticiens hospitaliers…) ainsi que sur des données complémentaires (bases Colchic et Scola de l’INRS, demandes de reconnaissance déposées auprès des Comités régionaux de recon-naissance des maladies professionnelles…).

Des travailleurs sous les radars

Entre 2010 et 2020, 130 demandes de reconnaissance en MP concernant des cancers du larynx ont été examinées ainsi que six demandes pour le cancer des ovaires. Ces maladies associées à une exposition professionnelle à l’amiante sont sous-déclarées et sous-reconnues, pointe l’Anses. En cause, plusieurs paramètres : d’abord, les procédures médico-administratives pour établir la preuve d’un lien de causalité sont complexes et peuvent décourager les victimes ou les ayants droit. L’Agence évoque aussi l’invisibilisation de ces cancers spécifiques, médecins ou victimes ayant tendance à se focaliser sur les pathologies broncho-pulmonaires, pour lesquelles le lien avec l’amiante est mieux connu.

Certains travailleurs – parce qu’ils n’officient pas dans un secteur « traditionnellement » associé à l’amiante — peuvent aussi passer sous les radars. Car si le secteur du BTP est aujourd’hui le plus concerné par l’exposition à l’amiante, de nombreuses autres activités sont touchées, comme celles liées à l’élimination de déchets, au transport ou à l’agriculture, mais aussi toutes les professions exercées dans un environnement contaminé par la fibre, notamment les secteurs de l’administration, de l’enseignement ou de la santé.
La conclusion de l’Anses constitue un argument fort en faveur de la création de tableaux de maladies professionnelles pour ces deux cancers dans les régimes général et agricole. « La suite à donner au rapport de l’Anses relève du dialogue social au sein de la commission spécialisée relative aux pathologies professionnelles (CS4) du Coct (Conseil d’orientation des conditions de travail ) avant d’aboutir éventuellement à la signature par les ministres en charge du Travail et de la Santé d’un décret », précise Anne Delépine, conseillère médicale en santé au travail à l’INRS.

Plus de données pour documenter l’exposition des femmes

Si ces tableaux voient le jour, plus besoin pour les malades d’apporter la preuve du lien de leur pathologie avec l’amiante et leur activité professionnelle : la présomption d’origine permet une reconnaissance « automatique », à partir du moment où le demandeur remplit les conditions définies par le tableau. « Ces tableaux sont aussi des outils importants pour les préventeurs : ils permettent de mieux identifier les secteurs où il y a des problèmes et de travailler dessus », ajoute Anita Romero-Hariot.

Dans son rapport, l’Anses délivre aussi des recommandations. Elle souligne la nécessité de mieux informer les médecins, les travailleurs exposés et leurs ayants droit pour les aider dans leurs démarches de déclaration et de reconnaissance en maladie professionnelle. Elle insiste aussi sur l’importance de produire plus de données pour documenter l’exposition des femmes. Celles-ci ­– peu nombreuses dans le BTP – sont, de fait, moins étudiées. Pourtant elles peuvent être exposées de façon directe à l’amiante, notamment dans les secteurs de la fabrication de textiles non inflammables, ou de façon indirecte, en particulier dans le secteur de la santé où elles sont surreprésentées.

Propos recueillis par C.S.

Haut de page