ACTUALITÉS

Les dalles vinyle amiante, revêtement de sols largement répandu (établissements publics, hôpitaux, bureaux, logements), peuvent émettre des fibres d’amiante lors de leur nettoyage ou de leur entretien. Une recommandation de la Cnam, adoptée le 21 février dernier, regroupe les bonnes pratiques pour limiter l’exposition des travailleurs chargés de la réalisation de ces opérations.

© Patrick Delapierre pour l'INRS/2011

Plus de 670 000 salariés sont potentiellement exposés à l’amiante dans le cadre de l’entretien, parfois mécanisé avec des monobrosses (nettoyage simple, décapage, lustrage…), de dalles vinyle amiante (DVA). Ce revêtement de sols est largement répandu dans de nombreux bâtiments. Face à ce constat, la Direction générale de la santé a diligenté une étude à laquelle ont participé l’INRS, le Laboratoire amiante, fibres et particules de la Ville de Paris (LAFP), la Cramif et le Centre technique international de la propreté (CTIP).

Ces travaux avaient plusieurs objectifs : acquérir des connaissances sur les expositions à l’amiante des opérateurs et de l’environnement en fonction des modes opératoires mis en œuvre, vérifier la présence de fibres d’amiante dans les effluents (eau de lavage) et les consommables (bandeaux de lavage, disques de monobrosse…) et, enfin, mesurer la part de fibres d’amiante réglementaires (longueur supérieure à 5 microns) et de fibres courtes d’amiante (longueur inférieure à 5 microns) émises.

« Ces dernières n’ont, selon la réglementation, pas besoin d’être mesurées. Mais puisque leur dangerosité ne peut être écartée et que les DVA sont connues pour en contenir, il était important de se pencher sur la question, estime Aurore Aglioni, experte d’assistance-conseil à l’INRS. Les résultats obtenus montrent que les modes opératoires étudiés et correctement mis en œuvre n’émettent pas de fibres réglementaires. En revanche, certaines opérations mécanisées, comme le lustrage et le décapage humide, peuvent émettre des fibres courtes dans l’environ-nement. Par ailleurs, la présence systématique de fibres d’amiante dans les eaux de lavage et les consommables a été détectée. »

Mode opératoire de sous-section 4

Les préconisations visant à prévenir l’exposition des salariés issues de cette étude ont servi de base à l’écriture de la recommandation R 514, adoptée le 21 février 2022 par le Comité technique national des activités de services et à destination des chefs d’entreprises de propreté et des donneurs d’ordres. Dans un premier temps, ces derniers sont invités à réaliser une cartographie des DVA de leurs établissements et à les classer en fonction de leur état. Un test de brillance du sol est également nécessaire. Un résultat supérieur à 30 % est synonyme de bon état, tandis qu’en dessous de cette valeur la dégradation des dalles impose leur rénovation, car elles sont susceptibles de libérer plus de fibres d’amiante que celles dont la qualité n’a pas été altérée. « Comme la recommandation le rappelle, les salariés qui s’occupent de l’entretien de DVA doivent être formés en conséquence, martèle Aurore Aglioni. Ces opérations relèvent en effet de l’article R. 4412-94 du Code du travail selon lequel les interventions sur des matériaux, équipements, matériels ou articles susceptibles de provoquer l’émission de fibres d’amiante sont des opérations dites de sous-section 4. »

La recommandation interpelle sur la nécessité pour l’entreprise intervenante de rédiger un mode opératoire de sous-section 4 pour chacune des techniques d’entretien mises en œuvre et d’utiliser du matériel dédié à ces opérations. Elle rappelle aussi qu’un plan de prévention doit être établi entre le prestataire et le donneur d’ordres. « Tous les consommables sont considérés contaminés à l’amiante. Ils sont à usage unique et doivent être traités comme des déchets d’amiante », souligne Aurore Aglioni qui insiste également sur la mise en place d’un suivi métrologique par le biais de mesures d’empoussièrement sur les opérateurs une fois par an.

Enfin, le texte spécifie les équipements de protection individuelle que doivent porter les salariés en charge d’opérations à l’humide, à savoir une combinaison de type 5, des gants étanches, des bottes décontaminables et un appareil de protection respiratoire adapté selon l’évaluation des risques. 

Propos recueillis par D.L.

Haut de page