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Travail & Sécurité. Vous êtes à l’origine d’une récente étude sur l’efficacité barrière des masques. Quelle a été la genèse de cette recherche ? 
Sandrine Chazelet.
Au sein du département ingénierie des procédés, nous réalisons des études sur les performances des appareils de protection respiratoire, comme ceux portés lors des chantiers amiante ou utilisés face à des polluants spécifiques comme les nanoparticules. À l’arrivée de la pandémie, au printemps 2020, l’INRS a été très sollicité car les entreprises avaient de nombreuses questions auxquelles nous devions répondre, sur les normes des masques, les différences entre les types de masques, les utilisations des différents masques, etc. Dès que nos laboratoires ont pu rouvrir, nous avons souhaité compléter les travaux de mesures d’efficacité des matériaux filtrants composant les masques, réalisés par les laboratoires accrédités ou de recherche en filtration des aérosols. Nos moyens d’essais nous ont permis de travailler à partir de masques posés sur une tête factice. Nous avons regardé l’efficacité globale du masque, et pas uniquement l’efficacité du matériau utilisé, en intégrant également les fuites qui apparaissent nécessairement lors de la pose. Nous avons cherché à mesurer l’efficacité barrière, c’est-à-dire celle du masque pour limiter les émissions vers l’extérieur. En effet, nous savons déjà qu’un masque en tissu ou un masque chirurgical ne sont pas des appareils de protection respiratoire et qu’ils offrent une protection partielle à son porteur. En revanche, il nous a semblé important de mesurer leur rôle comme barrière vis-à-vis de l’entourage. 

Et quels en ont été les résultats ?
S. C.
Une fois le protocole défini, nous avons testé des masques en tissu (« masques grand public filtration supérieure à 90 % »), des masques chirurgicaux et des masques FFP2 pour évaluer leur efficacité barrière. Au vu des résultats obtenus, nous avons pu établir que cette dernière est très dépendante des fuites entre le masque et le visage, d’où l’importance de bien ajuster le masque lorsque nous le portons. Notre étude montre également une efficacité barrière similaire entre les masques chirurgicaux et les masques en tissu respectant les spécifications Afnor-Spec S76‑001 ou les exigences de la note d’information ministérielle (https://www.entreprises.gouv.fr/fr/covid-19/covid-19-informations-relatives-aux-masques-grand-public). Ce résultat n’est pas si surprenant car, encore une fois, il ne s’agit pas d’appareils de protection respiratoire. Ces deux types de masques ont été développés pour protéger essentiellement des particules les plus grosses et ne peuvent pas s’ajuster au plus près du visage pour éviter les fuites. Les masques de type FFP, quant à eux, sont des appareils de protection respiratoire à la conception et aux normes beaucoup plus complexes qui permettent, a contrario, de limiter au maximum les fuites au visage et donc de proposer une efficacité barrière plus importante. 

Quelles recommandations peuvent être retenues de votre étude ?
S. C.
Appeler à la généralisation du port du masque FFP2 serait un raccourci erroné. En effet, porter celui-ci en situation de travail sur des durées longues demanderait une aptitude au port du masque, ce qui n’est pas anodin. De plus, un masque FFP2, comme tout appareil de protection respiratoire, pour être efficace doit être bien ajusté. Si l’on ne serre pas la barrette nasale, par exemple, autant mettre un masque chirurgical qui sera bien plus confortable. Dans tous les cas, il convient de rappeler, que le port du masque seul n’est pas suffisant et qu’il n’est qu’un élément parmi les autres mesures barrières mises en place pour éviter les risques de transmission de la Covid-19. Aucun masque n’a une efficacité barrière de 100 %. Le port du masque doit donc s’accompagner d’un respect des règles de distanciation, d’une bonne hygiène des mains, d’un isolement des personnes symptomatiques, du nettoyage des surfaces ainsi que de l’aération des locaux. Le port du masque ne peut affranchir d’une protection collective.  

Propos recueillis par Lucien Fauvernier

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