DOSSIER

Alain Huc SAS a été créée il y a quarante ans. Spécialisée dans la maintenance de pièces métalliques en tout genre, cette entreprise intervient peu directement chez ses clients. Depuis quelques semaines, les pièces sont réparées et remises à neuf dans de nouveaux locaux qui permettent aux salariés de travailler dans de bonnes conditions. À terme, ces locaux feront aussi gagner un temps… précieux.

Dix postes de travail ont été installés, auprès des tours d’un côté et des fraiseuses de l’autre. Chacun est doté d’un établi réalisé en interne, que chaque salarié organise comme il le souhaite.

Dix postes de travail ont été installés, auprès des tours d’un côté et des fraiseuses de l’autre. Chacun est doté d’un établi réalisé en interne, que chaque salarié organise comme il le souhaite.

LA PREMIÈRE fois que Didier Durrieu, contrôleur de sécurité à la Carsat Midi-Pyrénées, s’est rendu dans les anciens locaux de la TPE Alain Huc SAS, il a demandé à rencontrer le gérant. Alain Huc s’est présenté et lui a répondu. « C’est pour quoi ? Si c’est pour un contrôle, il n’est pas là. Si c’est pour une aide, il est là. » Depuis, les relations se sont apaisées et l’entreprise a bénéficié d’un contrat de prévention pour améliorer les conditions de travail au sein des locaux dans lesquels elle vient d’emménager à Pamiers, en Ariège.

« Avant ? Nous étions installés dans un ancien bâtiment de ferme, dans un village rural, assez éloigné de tout il faut l’avouer. C’est de là que je suis originaire », explique Alain Huc qui, même s’il a pris sa retraite, vient tous les jours dans l’entreprise aujourd’hui dirigée par son fils Fabien. « Nous étions à l’étroit, un peu les uns sur les autres. Et puis, j’ai eu un accident à la main gauche, en 2018, qui m’a fait perdre un bout de mon pouce… ça a été le facteur déclenchant pour déménager », poursuit Fabien. Aujourd’hui, l’entreprise est installée dans des locaux flambant neufs, où les six salariés ont remis en marche les machines au début du mois de février dernier.

La TPE est essentiellement spécialisée dans la maintenance de pièces métalliques, ainsi que l’usinage de petites séries. Les pièces sur lesquelles interviennent les salariés vont de quelques grammes à 2 tonnes. « Nous avons Aubert et Duval comme client historique, c’est un important sous-traitant aéronautique. Quand ils ont un problème pour une pièce sur une machine, ils nous appellent », explique le dirigeant. La TPE connaît particulièrement bien ce client, car Alain Huc a travaillé pour lui comme tourneur il y a plusieurs dizaines d’années. Les locaux, les machines, les hommes… n’ont plus de secret pour le père comme pour le fils. 

FABIEN HUC, DIRIGEANT DE ALAIN HUC SAS

© Vincent Nguyen pour l’INRS/2021« L’entreprise compte six salariés plus moi qui en suis le dirigeant. Elle est spécialisée en maintenance (80 % de l’activité) et fabrication de petites séries (20 %).
On a fait construire ce nouveau bâtiment de 1 200 m2 en 2020 sur une zone industrielle de Pamiers, pour plus de 800 000 euros.Pour améliorer les conditions de travail, la Carsat Midi-Pyrénées m’a prodigué des conseils et m’a fait bénéficier d’un contrat de prévention, et donc d’une aide financière, portant sur le bruit, le chauffage réversible, le captage des brouillards d’huile, les palans et ponts roulants. Ces nouveaux équipements améliorent les conditions de travail des salariés et impressionnent favorablement nos clients... »

Un plan de prévention à l’année a été établi entre Alain Huc SAS et Aubert et Duval. Mais généralement, les salariés de la TPE n’interviennent pas sur le site de leur client. Car le site étant particulièrement grand, une intervention extérieure nécessiterait une cascade d’autorisations allongeant les délais alors que, comme pour toute opération de maintenance, le temps est compté lorsque la machine est à l’arrêt. « C’est donc souvent l’entreprise qui nous apporte la pièce. D’ailleurs, avec ce client, pour certaines pièces, ils ont un stock qu’on leur a fait à l’avance, décrit le jeune dirigeant. Quand ce stock se termine, il nous en recommande : on connaît la pièce, on n’est pas dans le stress et ça satisfait tout le monde. » Devant les machines d’usinage, des pièces de pompe à eau, particulièrement rouillées, attendent d’être remises à neuf : là aussi, c’est le client qui les a apportées. 

Tout neufs, tout beaux

C’est dans les nouveaux locaux que sont rénovées, réparées, modifiées, remises à neuf les pièces qui arrivent dans le cadre de la maintenance. « Cette entreprise a été ciblée par le plan d’actions régional (PAR) Aéro, souligne Nadège Pascaud, ingénieur-conseil à la Carsat Midi-Pyrénées. J’avoue que s’il avait fallu intervenir sur l’ancien bâtiment, cela aurait été très compliqué. Quand on a su que Fabien Huc avait la volonté de déménager, nous nous sommes rapprochés de lui pour le conseiller. » Fabien Huc acquiert en 2019 un terrain de 4 000 m2 à Pamiers. Il veut construire un bâtiment de 1 200 m2. 

Lorsque la Carsat intervient, les plans ont déjà été établis. Didier Durrieu, contrôleur de sécurité, apporte des conseils sur le traitement acoustique, les moyens de manutention comme les palans et les ponts roulants, ainsi que l’aspiration des brouillards d’huile et le chauffage réversible. Aujourd’hui, dix postes de travail ont été installés, auprès des tours d’un côté et des fraiseuses de l’autre. Chacun est doté d’un établi. « Ils ont été réalisés en interne, mais chaque salarié l’organise comme il veut : c’est le poste de travail de l’opérateur », remarque Fabien Huc. 

Six palans et deux ponts roulants permettent de déplacer aisément les pièces. « La différence avec l’ancien site est énorme, remarque Marc Peycher, un tourneur. Les palans sont plus faciles à manipuler, ils ont deux vitesses et nous permettent de transporter les pièces jusqu’au bout, ce qui n’était pas le cas avant. On gagne beaucoup de temps. »

Convaincre et progresser

Pour bien prendre conscience du traitement acoustique, il suffit de se rendre dans les locaux où sont stockées les matières premières. « Ici, nous venons peu. Comme je n’étais pas d’emblée convaincu par le traitement acoustique, je ne l’ai pas fait ici, explique-t-il. Et je le regrette, vraiment. » « D’autant que lorsque le traitement acoustique est réalisé dès la conception, il revient à environ 2 € par m 2. Alors que lorsqu’on le fait une fois les murs en place, à l’aide de dalles, on est plus proche des 80-100 € par m2, insiste Didier Durrieu. Ça vaut le coup de se pencher sur le sujet en amont. »

Tous les brouillards d’huile émis par les machines d’usinage à commandes numériques sont désormais aspirés, filtrés et rejetés à l’extérieur. Fabien avoue qu’il a été un peu dubitatif sur ce sujet. « C’est souvent le cas, note Nadège Pascaud. Les effets infections pulmonaires ou cutanées notamment sont à effet différé et dépendent des matères usinées. Le dirigeant de cette TPE a dû être convaincu car il va bientôt acheter deux nouvelles machines et a prévu de les raccorder au réseau. »

Le travail est organisé en 2 x 8, pour plus de flexibilité et de répondre rapidement aux demandes. Chacun est fier de l’effet que produisent les nouveaux locaux sur les clients qui ne cessent de passer, pour déposer des pièces mais aussi « pour voir ». « C’est une TPE qui s’appuie sur une relation de confiance, un travail de qualité et qui est réactive… Ses nouveaux locaux vont avoir un effet positif sur les conditions de travail des salariés mais aussi sur tous ces éléments, commente l’ingénieur-conseil. C’est important quand on travaille dans la maintenance. » « Nos locaux sont devenus notre vitrine, résume un des salariés. Une belle vitrine. » 

NADÈGE PASCAUD, INGÉNIEUR-CONSEIL À LA CARSAT MIDI-PYRÉNÉES

« Les plans d’actions régionaux (PAR) déployés par la Carsat Midi-Pyrénées visent les nuisances sonores, les activités de logistique, et le risque chimique dans la sous-traitance aéronautique. Pour ce dernier, la première étape consistait à réaliser un ciblage pour quantifier le nombre d’entreprises concernées. C’est à cette occasion que Didier Durrieu, contrôleur de sécurité à la Carsat, a rencontré pour la première fois cette entreprise, dans ses anciens locaux à Teilhet. Des locaux qui avaient été agrandis à plusieurs reprises mais qui, selon moi, n’étaient vraiment pas pratiques pour travailler. J’avais l’impression d’entrer dans une ferme. En effet, une partie des locaux était constituée d’anciens séchoirs à tabac. »

Delphine Vaudoux

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