DOSSIER

Dans les entreprises de nettoyage à sec, la substitution du perchloroéthylène est en marche. Le pressing Losserand, dans le XIVe arrondissement de Paris, abrite un centre de formation. Si aujourd’hui l’aquanettoyage est l’alternative la moins dangereuse, il passe par un apprentissage.

Le passage à l’aquanettoyage réclame l’acquisition d’un minimum de matériel : une machine de nettoyage à l’eau et un séchoir double, par exemple. Une formation est également nécessaire afin d’obtenir toutes les connaissances en matière de gestion du linge.

Le passage à l’aquanettoyage réclame l’acquisition d’un minimum de matériel : une machine de nettoyage à l’eau et un séchoir double, par exemple. Une formation est également nécessaire afin d’obtenir toutes les connaissances en matière de gestion du linge.

« Je connais mal l’aquanettoyage. J’en ai discuté avec un confrère qui s’y est mis et du coup sous-traite les cravates et l’ameublement. Personnellement, ça me fait un peu peur. Je tiens à tout maîtriser dans mon pressing. » Cette gérante d’établissement est confrontée comme tant d’autres à l’obligation de remplacer les machines utilisant le perchloroéthylène (perchlo), classé cancérogène de catégorie 2 selon le règlement CLP et cancérogène probable pour l’homme (groupe 2A) d’après le Centre international de recherche sur le cancer, et au choix d’une nouvelle technologie à plus ou moins courte échéance (lire l’encadré « L’abandon programmé du perchlo »). Encore hésitante, elle s’est rendue au pressing Losserand, dans le XIVe arrondissement de Paris, où une action de formation est en cours.

L’établissement appartient à Action formation évolution (Aforev), qui propose notamment une formation à l’aquanettoyage. Objectif : fournir les connaissances techniques sur le nouveau matériel, apprendre à utiliser les produits spécifiques nécessaires à l’entretien des vêtements avec les appareils de nettoyage à l’eau, et valider l’attestation nécessaire pour obtenir certaines subventions, comme l’offre Aquabonus, proposée par l’Assurance maladie-risques professionnels (lire l’encadré « Aquabonus »).

Ici, les professionnels sont conseillés, mais ils font également des essais. « Avec les machines et produits de dernière génération, les procédés d’aquanettoyage ont évolué, affirme Carole Levy, gérante d’Aforev. La transition est désormais possible et ne génère pas trois fois plus de travail, comme on l’entend encore parfois. En revanche, c’est un véritable changement de métier. » Elle-même reconnaît avoir mis un certain temps à se laisser convaincre. « Je gère quatre affaires dont une qui fonctionne à 100 % en aquanettoyage, précise-t-elle. J’ai longtemps hésité, car je ne voulais pas de linge qui stagne. Aujourd’hui, il est possible de sortir en aquanettoyage un vêtement pratiquement sec, qui peut directement être repassé. »

La seule solution sans exposition aux solvants

Face à elle, la professionnelle indécise avoue avoir plutôt pensé à une solution multisolvants, mais elle craint de s’engager dans une voie qui pourrait à terme être remise en cause. Au regard de la santé, il existe bien des solvants de substitution moins dangereux que le perchloroéthylène. Pour autant, qui sait, en cas d’évolution réglementaire, s’ils ne seront pas dans le futur à leur tour mis à l’index ? Par ailleurs, il s’agit de solvants inflammables – contrairement au perchlo –, dont l’utilisation et le stockage doivent être maîtrisés.

« Cette notion d’incertitude est préoccupante pour des professionnels qui subissent déjà de fortes contraintes économiques. C’est pourquoi nous incitons à utiliser l’aquanettoyage, qui est la seule solution sans exposition des salariés aux vapeurs de solvants, affirme Hélène Hasni-Pichard, responsable du pôle risques chimiques et biologiques à la Cramif et pilote nationale de l’action pressing du réseau Assurance maladie-risques professionnels. Aquabonus est une aide financière nationale d’un montant forfaitaire plafonné à 40 % de l’investissement pour l’achat d’un combiné constitué d’une machine et d’un séchoir, pour remplacer une machine au perchlo. » Un choix qui s’est imposé, après discussion, en concertation avec la Fédération française des pressings et blanchisseries.

Vers une véritable professionnalisation

« Tout se passe en général très bien quand les personnes n’ont pas auparavant connu le perchlo, reprend Carole Levy. En nettoyage à sec, on raisonne avec les couleurs. Avec l’aquanettoyage, il faut se réapproprier la notion de fibres. Et avoir un minimum de matériel : une machine de nettoyage à l’eau et un séchoir double, par exemple. Pour les produits d’ameublement, il faut sous-traiter. Pour d’autres – je pense aux cravates –, il y a un savoir-faire à acquérir. Dans tous les cas, substituer sans se préparer, c’est aller droit dans le mur. La réussite tient autant à l’installation de la machine qu’à la formation. »

Celle-ci va d’ailleurs dans le sens d’une véritable professionnalisation et concerne tous les aspects du métier : gestion du linge, détachage, repassage… « Il faut apprendre à réfléchir autrement, explique Catherine Malet, une formatrice. Il est incontestable par exemple que l’aquanettoyage va augmenter le travail de repassage. Le rendement sera moindre et le travail de finition plus long. Mais il existe des moyens qui permettent d’éviter les risques de troubles musculosquelettiques. » Dans le cadre des formations, Catherine Malet se rend également sur site, dans l’environnement du professionnel. Selon elle, l’ensemble du personnel doit être formé lorsqu’un établissement franchit le pas.

« Les avantages de l’aquanettoyage sont nombreux. À commencer par le bien-être dans l’endroit, où l’on a une véritable sensation physique de propre, assure Carole Levy. En termes de qualité, les couleurs sont ravivées. Enfin, et il ne faut pas le nier, j’ai une plus grande tranquillité d’esprit. » En effet, cette technologie n’impose pas de déclaration au titre de la protection de l’environnement (installation non soumise à la rubrique ICPE n° 2345), ce qui réduit les contraintes administratives comme les investissements et contrôles obligatoires. Sans parler des rapports avec le voisinage, qui peuvent être apaisés.

L’ABANDON PROGRAMME DU PERCHLO

L’arrêté du 5 décembre 2012 établit le calendrier d’interdiction de l’usage du perchloroéthylène pour les établissements contigus à des locaux occupés par des tiers :

● 1er mars 2013 : interdiction d’implanter toute nouvelle machine de nettoyage à sec fonctionnant au perchlo.

● 1er janvier 2016 : interdiction d’utiliser une machine de nettoyage à sec
au perchlo de plus de 15 ans. Ensuite, chaque année, la durée maximale d’utilisation des machines est réduite pour atteindre un maximum de 10 ans en 2021.

● 1er janvier 2022 : interdiction totale du perchlo pour tous les pressings contigus à des locaux occupés par des tiers.

TENDANCES

Au 1er janvier 2015, en France, sur les 2 766 pressings employant au moins un salarié, 1 898 étaient encore au perchlo. Parmi ceux-ci, au 31 décembre 2016, 325 fonctionnaient uniquement à l’aquanettoyage, 158 avaient opté pour un solvant alternatif et 1 037 étaient encore au perchlo

AQUABONUS

La CnamTS propose aux entreprises de moins de 50 salariés une aide financière appelée Aquabonus. Celle-ci permet l’achat, à hauteur de 40 % de l’investissement, d’un combiné lavage-séchage-détachage en remplacement d’une machine au perchlo. Il comprend le matériel de nettoyage à l’eau et, en option, une cabine de détachage aspirante pour réduire l’exposition aux produits chimiques utilisés. Pour bénéficier de l’aide, un salarié ou le dirigeant de l’établissement dans lequel sera installé l’équipement doit obligatoirement suivre une formation de deux jours en situation de travail. Les gérants qui le souhaitent ont jusqu’au 15 juillet 2017 pour réserver cette aide.

CHOIX DOUBLE

Si les petites structures ont facilement franchi le pas, on constate que celles qui tournent à plus de 100 pièces  par jour ont souvent fait le choix,  en complément de l’aquanettoyage, d’utiliser un solvant alternatif.

REPÈRES

L’aide financière Aquabonus proposée par la CnamTS, couplée avec celle des agences de l’eau, couvre, au maximum, 70 % de l’investissement en équipement. Sur le lieu d’exploitation, les salariés ne sont plus exposés  aux vapeurs de solvants ni aux odeurs déplaisantes.

Grégory Brasseur

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