DOSSIER

Des regroupements ou des associations d’entreprises contribuent à développer l’esprit de sécurité dans un secteur d’activité. Illustration avec le travail mené au sein de l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires.

L’Association bretonne des entreprises agroalimentaires (Abea) regroupe une centaine de membres du secteur de la première région agroalimentaire d’Europe. Elle a lancé en 2004 le principe des clubs « prévention TMS », dans lesquels une dizaine d’entreprises ont échangé sur leurs problèmes en matière de prévention des troubles musculosquelettiques et plus largement de conditions de travail. Des visites avaient lieu dans les entreprises membres, afin de s'entretenir ensuite sur les bonnes pratiques à mettre en œuvre ou sur des problématiques communes rencontrées.

Après dix ans d’existence, ces clubs se sont transformés en 2014 pour devenir des clubs « santé au travail ». « La thématique TMS s’est élargie pour aboutir à une approche plus globale, intégrant l’organisation des entreprises, la pénibilité, les RPS, etc. », remarque François Beuzit, chargé de mission à l’Abea. Ces clubs « santé au travail » reposent désormais sur un nouveau fonctionnement (lire l’encadré « Des clubs pluridisciplinaires voués à la prévention »). Chaque entreprise membre du club fait l’objet d’un accompagnement individuel par un cabinet consultant. À partir des résultats obtenus lors d’une phase de diagnostic, est définie une action pilote.

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Une expérience similaire a été déployée par la CCI de Maine-et-Loire avec le cabinet de consultants ayant accompagné l’Abea. Des entreprises de la menuiserie industrielle de la région choletaise se sont concerté durant un an et demi sur leurs problématiques en santé et sécurité au travail.

La direction, les services RH, santé et sécurité au travail, les managers, notamment de proximité, ainsi que les partenaires sociaux sont associés à la démarche. « Cette évolution est logique, explique Yves Fantou, fondateur des clubs prévention TMS. Un des constats de départ en 2004 était que le travail sur les TMS portait de fait déjà sur une approche globale. Aujourd’hui, l’intégration des partenaires sociaux dans les nouveaux clubs apporte une nouvelle dimension. Associer le CHSCT de chaque entreprise est même assez ambitieux. »


Enrichir sa propre réflexion

« Ce modèle de clubs permet aux entreprises de discuter d’une autre manière de la prévention, observe Sandrine Nahon, directrice du cabinet Solutions productives, un cabinet de conseil en ergonomie. Le fait que les clubs ne soient pas constitués uniquement de préventeurs mais qu’ils impliquent aussi les dirigeants apporte une autre dynamique aux échanges. Le cheminement des dirigeants permet un déploiement plus large des politiques de prévention, notamment en établissant un pont entre prévention et performance : la prévention devient avec eux un outil de performance. » Et le travail réalisé individuellement par l’entreprise nourrit ensuite le travail collectif du club.

Ces clubs permettent aux entreprises de franchir une nouvelle étape dans leurs réflexions sur l’amélioration des conditions de travail. Cinq nouvelles entreprises ont parallèlement intégré la démarche. « Dans notre souhait d’améliorer les conditions de travail et de trouver des solutions pérennes pour maintenir les gens à leur poste jusqu’à la retraite, nous avions besoin de nous faire aider, explique Christelle Ageneau, DRH de l’entreprise Hénaff qui a intégré le dispositif en 2014. Ce club santé au travail apporte des solutions très intéressantes pour notre propre réflexion, grâce aux échanges avec les autres entreprises sur des thèmes communs et grâce au prédiagnostic établi. Cela nous permettra de définir prochainement des pistes prioritaires et d’impulser une dynamique. » Pour plusieurs entreprises, les questionnements rencontrés sont majoritairement en lien avec l'organisation du travail. Un deuxième club devrait voir le jour dans le courant de l’année 2015.

DES CLUBS PLURIDISCIPLINAIRES VOUÉS A LA PRÉVENTION

Les clubs « santé au travail » élargissent le champ d’action des anciens clubs « prévention des TMS » par une approche plus globale, en intégrant divers sujets (TMS, RPS, pénibilité, vieillissement…). Ils visent à renforcer l’appui individuel aux entreprises et le dialogue social en impliquant un représentant de la direction de chaque entreprise et les partenaires sociaux. Un prédiagnostic de trois jours est réalisé par un cabinet externe, notamment pour établir un état des lieux (problèmes, enjeux). Il aide à choisir des indicateurs « santé au travail » pertinents et à définir une action pilote avec le consultant. Celle-ci fait l’objet d’un accompagnement de six jours. Elle vise à permettre à l’entreprise de s’approprier les méthodes et les outils pour traiter ses problématiques. Sont intégrées dans le comité de pilotage : la Carsat Bretagne, la MSA, l’Aract Bretagne, la Direccte, les organisations patronales et salariales. Durant cette action pluriannuelle, chaque entreprise présentera sa démarche et ses résultats lors des réunions du club.

Céline Ravallec

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