DOSSIER

Avec près de 6 000 dossiers qui passent entre les mains des techniciens de son laboratoire d’anatomie pathologique, l’Institut régional du cancer de Montpellier est un acteur important de la prise en charge du cancer en Languedoc-Roussillon. En 2011, il a initié une réflexion avec la Carsat qui a abouti à une modification de son installation d’aspiration, avec l’aide des techniciens.

Les tables de macroscopie ont bénéficié d’un capotage équipé d’un système d’aspiration au débit d’air suffisant pour assurer la sécurité des techniciens.

Les tables de macroscopie ont bénéficié d’un capotage équipé d’un système d’aspiration au débit d’air suffisant pour assurer la sécurité des techniciens.

Le dialogue. » Selon Christian Hegwein, contrôleur de sécurité à la Carsat Languedoc-Roussillon, là se situe l’une des clés de la réussite d’une action de prévention. « Ici, à l’Institut régional du cancer de Montpellier (ICM), poursuit-il, le dialogue a été permanent avec la Carsat, entre les ressources humaines et le cadre de santé, et entre les techniciens. Résultat : le projet a abouti assez vite. »

Le projet ? Il consistait à réduire l’exposition au formaldéhyde des techniciens du laboratoire d’anatomie pathologique (communément appelée « anapath ») de l’ICM. Un laboratoire qui chaque année voit défiler entre 5 000 et 6 000 dossiers. « Mais attention, relève le Dr Frédéric Bibeau, responsable du service, cela signifie largement plus de travail, car à une pièce prélevée correspond un dossier et on peut demander plusieurs types d’examens pour une même pièce. » Une douzaine de techniciens travaillent dans le laboratoire d’anapath.

Deux types de travaux y sont effectués : la prise en charge des pièces opératoires fraîches, et l’échantillonnage des pièces déjà conservées dans du formol (solution aqueuse de formaldéhyde, stabilisée au méthanol), dites « fixées ». Les pièces fraîches proviennent de l’une des dix salles du bloc opératoire tout proche. « Moins d’une heure après leur prélèvement, il s’agit, pour les techniciens, de les préparer, c’est-à-dire de faire en sorte que le formol pénètre le mieux possible dans les tissus, indique Soline Émerit, cadre médicotechnique du laboratoire d’anatomie pathologique. Pour cela, le volume de formol utilisé doit correspondre à dix fois celui de la pièce. »

À quelques mètres, une technicienne et une interne en médecine se font face sur une double table de macroscopie. Elles reprennent les pièces qui ont séjourné au moins 48 heures dans le formol, isolent les zones d’intérêt, les échantillonnent dans des cassettes, puis les mettent dans un bac de fixation, en attendant leur traitement dans l’automate d’inclusion.


Des doutes sur les aspirations

Sur les deux postes de travail, un capotage a été mis en place. C’est le résultat d’une réflexion initiée en 2011, lors d’une visite d’analyse des risques. Celles-ci ont lieu régulièrement et associent le CHSCT, le DRH, ainsi que l’encadrement et le personnel du service visité. « Nous en effectuons une dizaine par an, souligne Alexandre Jules-Clément, directeur des ressources humaines. Lors de cette visite de 2011, il s’agissait d’évaluer les risques, notamment cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques. La Carsat y avait été conviée. »

UN SERVICE D’ANATOMIE PATHOLOGIQUE TOUTES OPTIONS

La prévention des risques dans le laboratoire d’anapath, c’est aussi…
● L’éclairage : il a également été amélioré sur les tables de macroscopie.
● Dans la continuité du capotage et à la demande du CHSCT, deux détecteurs de formaldéhyde ont été installés dans la pièce pour fournir une mesure en temps réel de la contamination ambiante. « Ils viennent juste d’être installés, précise Soline Émerit. Il faut maintenant ajuster leur fonctionnement : définition de seuils connus du personnel, consignes à suivre en cas d’alarme… »
● Un autre détail attire l’attention de Christian Hegwein : sur chacune des tables a été installée une sorte d’anémomètre. « C’est astucieux, explique-t-il. Une flèche rouge indique la zone à ne pas dépasser. S’il y a un dysfonctionnement au niveau de la table, le technicien le voit tout de suite. Par ailleurs, on a aussi insisté sur la nécessité de bien entretenir les filtres des installations de ventilation... »
● Les techniciens travaillent avec une double paire de gants. Ils les changent pour chaque nouvelle pièce et, sinon, toutes les 20 minutes.
● Les armoires de stockage bénéficient également d’une ventilation.

Rapidement, celle-ci émet des doutes sur les aspirations en place. Avec 690 bidons de 10 litres de formol utilisés chaque année, l’enjeu est de taille. « Les deux zones de travail – et donc d’aspiration – me semblaient créer des flux d’air qui interféraient les uns sur les autres. Pour en avoir le cœur net, j’ai demandé au CIMP d’intervenir », se souvient Christian Hegwein. Et les conclusions du CIMP confirment ce que soupçonnait le contrôleur de sécurité : les vapeurs de formaldéhyde ne sont pas correctement captées. « Les premières mesures ont révélé des vitesses de captage des émissions de polluants de 0,29 m/s, alors que la valeur recommandée est de 0,4 m/s », explique Alain Deleau, contrôleur de sécurité au CIMP.

Certes, la prévention primaire consisterait à substituer le formol, mais c’est « impossible, répond le Dr Bibeau. D’abord parce que c’est encore le moins mauvais fixateur et, surtout, parce qu’il permet que nos patients soient inclus dans des essais cliniques. Et ce dernier point est fondamental ». Reste à mieux protéger les techniciens, « mais avec comme contrainte de tenir compte de l’existant, souligne Alain Deleau, car il aurait été plus facile de repartir de zéro ». L’un des techniciens en particulier se prête au jeu et dessine même le capotage idéal. « Nos tables de macroscopie nous convenaient, insiste Véronique, technicienne dans le laboratoire. Nous souhaitions les garder. »

Des essais de hauteur et d’ouverture sont réalisés à l’aide de carton et de ruban adhésif pour voir si cela convient à tout le monde, et un premier fabricant est contacté. « Mais sa proposition était peu fonctionnelle, souligne Soline Émerit. On a opté pour un autre fabricant, qui a accepté de discuter avec les techniciens et de prendre en compte leurs contraintes ergonomiques... pour aboutir à une solution satisfaisant chacun. » Et les chiffres sont là : les vitesses d’aspiration mesurées en avril 2013 font apparaître des vitesses de 0,43 m/s. « Ça a aussi fonctionné parce que le débit d’air était suffisant », remarque Alain Deleau.

Ce qu’en pense Marie, technicienne au laboratoire ? « C’est très bien, nous ne sommes pas gênés du tout dans notre travail. On a complété cette installation par un système de pompe à formol que l’on actionne avec une pédale. » Les bidons sont placés sous la table et un tuyau aspire directement le formol depuis le bidon jusqu’au robinet de la table. Le capotage a coûté 7 500 euros TTC, pose comprise pour la double table de macroscopie.

Pour le DRH, il ne faut cependant pas se reposer sur ses lauriers. « Il y a une dizaine d’années, notre laboratoire était cité en exemple pour la protection des salariés. On s’est ensuite aperçu que l’on devait et pouvait améliorer leurs conditions de travail. Il faut que nous maintenions une vigilance de tous les instants. » Un discours qui ne laisse pas Soline Émerit indifférente. Celle-ci propose de travailler sur la réflexion à mener pour améliorer la compensation d’air dans le laboratoire.

L’ICM

L’ICM est un établissement de santé privé d’intérêt collectif (Espic) qui compte 932 salariés, dont 105 médecins spécialistes. Chaque année :
●  il accueille plus de 25 000 personnes ;
● il procède à 5 000 interventions en bloc opératoire ;
● 6 000 dossiers parviennent dans son laboratoire d’anatomie pathologique.
L’ICM fait partie des vingt centres de lutte contre le cancer membres du groupe Unicancer.

Delphine Vaudoux

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