DOSSIER

© Grégoire Maisonneuve pour l’INRS

Interpellée par le conseil syndical de la résidence « Quai 2 » à Bordeaux sur la pénibilité du travail de l’un de ses salariés, la société de nettoyage Vidimus Sud-Ouest, soutenue par la Carsat Aquitaine, ( http://www.carsat-aquitaine.fr/) a fait l’acquisition d’un tracteur-pousseur qui facilite et sécurise la sortie des conteneurs à déchets.

Le tracteur-pousseur acquis par Vidimus permet à son employé de remonter d’une seule main des trains de trois à quatre conteneurs le long de pentes à 10 %.

Le tracteur-pousseur acquis par Vidimus permet à son employé de remonter d’une seule main des trains de trois à quatre conteneurs le long de pentes à 10 %.

Vidimus Sud-Ouest est une entreprise de nettoyage de 350 salariés. Elle était en contrat depuis quatre ans avec la résidence « Quai 2 » située dans l’agglomération bordelaise, quand le conseil syndical de la copropriété est venu la trouver au début de l’année 2015 avec une demande bien précise. « Chaque jour, le salarié de Vidimus peinait à sortir les poubelles depuis le garage de notre immeuble. L’exercice demande d’être sacrément en forme, car les pentes qu’il faut gravir sont de 10 %. Quand on sait que les conteneurs font 750 litres, on imagine l’intensité de l’effort à fournir », explique Alain Madranger, président du conseil syndical. « Et ce sont en moyenne dix poubelles qu’il faut hisser quotidiennement jusqu’à la rue. Une véritable gageure ! À force de voir M. Boumedine, le salarié en question, s’éreinter à la tâche, nous nous sommes dit qu’il fallait faire quelque chose », renchérit le vice-président, Alain Blin.

Dans un premier temps, le conseil syndical pense acquérir pour le compte de la copropriété un engin qui pourrait soulager le technicien. Il se lance donc dans des recherches de solutions techniques et obtient de différents fabricants des démonstrations de tracteurs-pousseurs. « Plusieurs dispositifs nous paraissaient convenir, mais en faire acheter un par la copropriété ne semblait pas être la bonne solution. Il aurait fallu former l’un de nos deux salariés et, surtout, faire accepter à l’ensemble des copropriétaires l’augmentation de charges qui en découlerait », affirme Alain Madranger. Deux obstacles de taille.

Le conseil syndical se tourne alors vers l’entreprise de nettoyage Vidimus, avec l’idée que celle-ci pourrait se procurer le matériel. « À partir de là, nous avons travaillé main dans la main pour identifier le dispositif adéquat, qui réponde à la fois à des critères d’efficacité et de sécurité, se souvient Luc Bonneau, gérant de la société de nettoyage. Une fois notre choix arrêté, nous sommes entrés dans une phase de négociation. L’investissement, d’un montant de 12 000 euros, n’était pas prévu dans le budget de l’entreprise et l’assemblée générale des copropriétaires n’était pas prête à voir les charges augmenter. Nous étions malheureusement dans une impasse », raconte-t-il.

Un pour tous, tous pour la prévention

Mais Vidimus étant engagée dans la démarche de prévention des TMS portée par le Fare propreté (lire l’interview de Frédérique Caumontat), la direction de la société, sensibilisée à la question, souhaite voir aboutir le projet. Luc Bonneau présente alors le dossier à Frédérique Caumontat, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine, qui y voit une opportunité à saisir. Sous son impulsion, la Caisse consent une aide financière de 40 % à l’entreprise de nettoyage dans le cadre d’un contrat de prévention. De quoi faire repartir les négociations, même si la partie n’est pas encore gagnée.

INTERVIEW

Frédérique Caumontat, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine
« Vidimus était déjà engagée dans une démarche de prévention des TMS quand elle a été alertée par le conseil syndical de la résidence “Quai 2” sur les difficultés rencontrées par leur employé. L’entreprise s’était en effet portée volontaire pour participer à la démarche de prévention des TMS entreprise par le Fare Propreté, une association qui construit et développe des actions en santé au travail, notamment. Dans ce cadre, Luc Bonneau a suivi une journée de formation en tant que dirigeant et désigné au sein de sa société un animateur en prévention des TMS qui a été formé à son tour. La Carsat Aquitaine leur a proposé d’aller plus loin en les accompagnant dans leurs réflexions, dans la structuration de leur démarche ainsi que pour la mise en place de solutions par le biais d’un contrat de prévention. C’est dans ce cadre que nous avons participé au financement du tracteur-pousseur. »

« M. Bonneau a rappelé les risques et la coresponsabilité pénale du conseil syndical en cas d’accident touchant l’employé de Vidimus ou toute autre personne qui se trouverait sur le passage d’un conteneur qui dévalerait le long des pentes d’accès aux garages », souligne Frédérique Caumontat. Cette réalité juridique souvent méconnue a pesé dans la balance, mais c’est la proposition du gérant de Vidimus qui a fini par convaincre les copropriétaires. « Nous étions liés par un contrat annuel à reconduction tacite. Pour amortir l’achat du tracteur-pousseur sans pour autant augmenter nos honoraires, j’ai proposé que la copropriété s’engage avec nous pour une durée de trois ans. »

Une offre qui a emporté l’adhésion de tous lors de l’assemblée générale de la résidence et qui a permis à Senouci Boumedine de bénéficier de son nouvel outil en décembre 2015. « Manipuler les poubelles manuellement était vraiment dur. Quand elles sont pleines, elles peuvent peser plusieurs centaines de kilos, et même sur terrain plat, ce n’est pas une partie de plaisir. Donc dans les pentes, je me faisais mal au dos. Mes genoux aussi étaient très sollicités et me faisaient souffrir. Maintenant, avec une main, je peux monter des trains de trois ou quatre conteneurs sans effort », s’enthousiasme-t-il. En effet, le tracteur-pousseur a une puissance qui lui permet de supporter jusqu’à 1 500 kilos de charge. Grâce aux timons dont sont équipées les poubelles, celles-ci peuvent s’accrocher les unes aux autres et le nombre d’allers-retours pour les sortir est maintenant réduit.

 

Cette démarche tripartite est un modèle de ce qui peut être fait lorsque tout le monde a le même objectif.

Autre avantage du système du point de vue de la sécurité : les roues des conteneurs peuvent être bloquées pour ne plus pivoter et ainsi éviter la déportation des poubelles dans les virages. Ainsi les « wagons » restent bien dans l’axe du tracteur-pousseur et suivent exactement le même chemin que lui. « De plus, si je lâche la poignée, la machine s’arrête automatiquement et les freins sont enclenchés, ce qui évite que le train ne redescende les pentes en marche arrière. Je suis vraiment ravi de ce matériel qui a changé mon quotidien », précise Senouci Boumedine.

Un gain en confort et en sécurité qui pourrait s’étendre à d’autres contrats de Vidimus à condition de trouver le matériel adapté aux configurations spécifiques des différents locaux et que le même type d’accord gagnant-gagnant puisse être trouvé avec les clients. « Cette démarche tripartite est un modèle de ce qui peut être fait pour l’amélioration des conditions de travail lorsque tout le monde a le même objectif », affirme Frédérique Caumontat qui avoue ne pas rencontrer ce type d’entente bien souvent. C’est pourtant ce qui devrait se passer à chaque intervention d’une entreprise dans des locaux qui ne sont pas les siens.

Chaque partie prenante possède une fraction des clés permettant la mise en place d’actions de prévention adaptées : le client connaît les caractéristiques de ses locaux et qui mieux que l’entreprise extérieure peut appréhender les spécificités de son métier et les risques auxquels sont exposés les salariés ? En se mettant autour de la table et en menant une réflexion conjointe tenant compte des obligations et des contraintes des uns et des autres, les solutions de prévention gagnent en efficacité et en pertinence. ■

CHIFFRES VIDIMUS

● Effectif : 650 salariés dans le groupe Vidimus dont 350 pour l’entreprise Vidimus Sud-Ouest.
● Date de création : 1er décembre 2000.
● Chiffre d’affaires : 9 millions d’euros.
● Activité : nettoyage, nettoyage spécialisé, remise en état des sols, vitrerie.
● Secteurs d’intervention : copropriétés, industrie automobile, aérospatial, transport, commerce.

Damien Larroque

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