DOSSIER

© Colcanopa pour l’INRS

Lors d’un travail de prévention sur les TMS dans son service de brancardage, un groupe de travail du centre hospitalier d’Alès-Cévennes s’est également penché sur les RPS. Pour sensibiliser les autres services aux difficultés de travail rencontrées par les brancardiers, un « vis-ma-vie » et une formation ont été mis en place.

©  Colcanopa pour l’INRS

Soignants, patients et proches mais aussi lits, fauteuils, chariots… les couloirs sont le lieu de passage par excellence des hôpitaux. Pour les brancardiers qui traversent les services, il s’agit parfois d’un véritable parcours d’obstacles. Afin d’améliorer leurs conditions de travail, un projet pilote intitulé « Circulation dans les couloirs » a vu le jour en septembre 2015 au centre hospitalier Alès-Cévennes, dans le Gard.

Pour le mener à bien, un groupe projet de six personnes est créé, coordonné par Valérie Brasseur, référente Prap dans ce centre hospitalier. « Il était important que cette démarche soit menée en interne, par quelqu’un qui connaît bien l’ensemble de l’hôpital, comme c’est le cas de Valérie », estime Anne-Marie Hilaire, cadre supérieur de santé et responsable de l’équipe centralisée de transport de patients (ECTP), regroupant l’ensemble des brancardiers.

Tout est parti des risques de troubles musculosquelettiques (TMS). À cause des très nombreuses manipulations qu’ils doivent effectuer à longueur de journée, les brancardiers sont considérés comme une population à risque. « C’est aussi un secteur transversal qui est au centre du dispositif de soins », rappelle Estelle Salgues, directrice des soins depuis 2015 dans l’établissement.

LE CH ALÈS CÉVENNES EN CHIFFRES

● Près de 400 lits.
● Environ 1 600 salariés, dont 1 085 soignants.
● 285 acteurs Prap et 20 formateurs.
● Un service de brancardage constitué de 17 brancardiers et de leur coordinateur. Il a été mutualisé en 2011 et nommé « équipe centralisée de transport de patients ».
● Les deux tiers des brancardiers sont formés Prap.

À la suite d’une suggestion de Bernadette Badaroux, cadre de santé au service de pneumologie, formatrice Prap et membre du groupe projet, un « vis-ma-vie » centré sur le poste de brancardier est mis en place en 2016. Il est expérimenté dans le service de pneumologie : Céline Dupart, aide-soignante et membre du CHSCT, se porte volontaire pour suivre pendant une journée David Da Silva, brancardier et acteur Prap, également membre du groupe projet, et partant pour cette expérience. « En remplissant la fiche de travail Prap, un lien entre les RPS et les TMS est tout de suite apparu », se souvient Valérie Brasseur. La fiche révèle que le brancardier ne se sent pas toujours très bien accueilli lors de son passage dans les différents services.

TMS et RPS intimement liés

Céline Dupart fait ensuite un retour à ses collègues aides-soignantes. Elles réfléchissent sur les moyens d’améliorer l’accueil des brancardiers. « Cela a été une vraie prise de conscience pour les aides-soignantes du service, constate Bernadette Badaroux. Je pense qu’il faudrait élargir cette expérience à tous les niveaux. Ce serait même bien de l’instaurer en école d’infirmières et d’aides-soignantes. » « Il faut l’étendre à d’autres métiers que le nôtre », estime pour sa part Patrick Daubrée, un brancardier. C’est justement une des pistes de réflexion : instaurer un vis-ma-vie avec un professionnel de soins, mais aussi un agent du bio-nettoyage, du service de restauration… sur la base du volontariat, bien sûr. Le principe du vis-ma-vie a été présenté à l’ensemble du personnel lors d’une journée d’échanges au sein de l’établissement. (lire l’encadré ci-dessous).

La suite logique du projet dans le service des brancardiers a été de continuer à travailler sur les deux types de risques, TMS et RPS, à la fois. À l’automne 2016, c’est dans une évaluation quantitative de ces deux risques que s’est lancée Valérie Brasseur, qui a été formée par la Carsat Languedoc-Roussillon au sujet des RPS. Pour évaluer les TMS, un questionnaire MACTP (méthode d’analyse de la charge physique de travail) est distribué aux brancardiers. « Là aussi un lien entre TMS et RPS apparaît : par exemple, lorsque le brancardier doit arrêter son mouvement pour déplacer un objet gênant, l’action de redémarrer le chariot demande beaucoup d’efforts physiques. Et cette interruption est jugée gênante par le brancardier dans le flux de son travail et source de stress. »

_ LA PRÉVENTION DES RPS EN LANGUEDOC-ROUSSILLON

La Carsat Languedoc-Roussillon propose deux formations sur la thématique des RPS : « Participer à une démarche de prévention des risques psychosociaux » et « Devenir formateur en initiation à la prévention des risques psychosociaux ». « Depuis 2012, nous animons cette formation avec la Carsat Midi-Pyrénées, précise Joëlle Pacchiarini, ingénieur-conseil et référente RPS à la Carsat Languedoc-Roussillon. Les deux formations suivent le référentiel national du réseau Assurance maladie-Risques professionnels. »

Chaque année, la Carsat Languedoc-Roussillon organise pour les préventeurs et les chefs d’entreprise des réunions sur la thématique des RPS. Son objectif : mutualiser les pratiques de prévention sur ces risques et partager de nouveaux outils au niveau régional.

En savoir plus : www.carsat-lr.fr (rubrique : entreprises)

Pour les RPS, la référente Prap élabore à partir de l’outil RPS-DU, une grille d’évaluation d’une quinzaine de questions adaptées au quotidien des brancardiers. Elle est validée par l’ensemble de l’équipe projet. David Da Silva la soumet aussi à ses collègues, Valérie se chargeant d’analyser les réponses (anonymes). « Ces réponses confirment que la moitié des brancardiers se sentent interrompus dans leur tâche, rapporte-t-elle. Les deux questionnaires seront réutilisés auprès des brancardiers pour évaluer l’efficacité des démarches de sensibilisation, en cours ou à venir, sur les RPS et les TMS », explique Valérie Brasseur.

Autre développement en cours : faire suivre à l’ensemble du personnel un module d’autoformation les sensibilisant aux difficultés rencontrées par les brancardiers et leurs patients. Pour ce faire, une vidéo de 15 minutes est en cours de finalisation. Valérie Brasseur, David Da Silva et d’autres brancardiers ont été équipés d’une caméra et ont sillonné les couloirs. Il s’agit parfois d’un vrai slalom entre les chariots contenant des repas ou du linge, entre les familles des patients ou les collègues.

La vidéo se termine sur une question ouverte : « Quelles seraient vos propositions, vos pistes pour améliorer la vie des couloirs ? » Car tout le personnel de l’hôpital peut participer aux réflexions sur les améliorations possibles. En 2016,  l’établissement a également bâti une charte managériale. Elle se fonde sur quatre valeurs respect, rigueur, reconnaissance et bienveillance choisies par les cadres et par la commission des soins. Prendre soin de l’autre, qu’il soit patient ou collègue : telle est l’ambition du centre hospitalier cévenol.

UNE JOURNÉE D’ÉCHANGES ANNUELLE

Le Centre hospitalier conduit depuis 2015 un plan d’action RPS, qui s’inscrit dans un projet plus global d’ancrage de la prévention de ces risques dans les établissements de santé, mené par les délégations régionales Languedoc-Roussillon et Paca de l’Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH). « Le plan s’appuie beaucoup sur la communication, la reconnaissance et la valorisation des professionnels », remarque Estelle Salgues, directrice des soins depuis 2015. Afin de renforcer la communication dans l’établissement, une journée annuelle d’échanges au sein de l’établissement a été organisée. La première a eu lieu en octobre 2016, avec la présentation d’une quinzaine de projets internes. Le « vis-ma-vie » en faisait partie, aux côtés d’initiatives d’autres secteurs : les secrétaires ont réalisé un manuel pratique pour orienter les nouveaux arrivants, plusieurs services ont présenté leur fonctionnement en vidéo… « Cela permet de mettre en valeur le travail des équipes », se réjouit-elle.

Katia Delaval

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