DOSSIER

Depuis plus de dix ans, l’entreprise de chaudronnerie BTB cherche à limiter l’exposition de son personnel aux fumées de soudage. Elle a commencé avant le lancement de l’action nationale consacrée à ce risque professionnel entre 2013 et 2017. Sa progression au fil des années lui a permis de devenir autonome en matière de prévention du risque.

Les soudeurs ont appris à connaître les risques liés aux fumées de soudage et ont acquis un savoir-faire quant aux mesures de sécurité à mettre en œuvre lors des phases de soudage.

Les soudeurs ont appris à connaître les risques liés aux fumées de soudage et ont acquis un savoir-faire quant aux mesures de sécurité à mettre en œuvre lors des phases de soudage.

Devant le portail ouvert de l’atelier de BTB, trois soudeurs s’affairent à l’intérieur d’un cylindre en acier de 3,50 mètres de diamètre. Il s’agit de la section d’un tube qui, à terme, mesurera au total 55 mètres de long et abritera un convoyeur. Cette réalisation XXL illustre ce dont est capable l’entreprise, située à Beaucaire, dans le Gard, et spécialisée dans la chaudronnerie, la mécanique et maintenance et la tuyauterie industrielles. Cuves, trémies, passerelles, chaudières, garde-corps, escaliers, dépalettiseurs… la grande majorité des pièces en acier et en aluminium qui sortent de ses ateliers sont fabriquées sur mesure, à l’unité. Vingt-huit salariés – plus deux à quatre intérimaires chaque mois selon les besoins – travaillent dans l’entreprise.
Avec la chaudronnerie qui représente près de 80 % de son activité (la moitié en atelier, la moitié sur site), l’entreprise s’est penchée très tôt sur la problématique des fumées de soudage. Celles-ci sont classées comme cancérogènes possibles depuis 1990 (lire l’encadré page suivante). Deux aspirations murales autonomes avaient été initialement installées dans l’atelier. « Néanmoins, dans la pratique, ces aspirations n’étaient pas toujours mises en route par les soudeurs, explique Jean-Pierre Brun, cofondateur de la société. Elles s’avéraient également parfois insuffisantes pour garantir un air sain lorsqu’il y avait des travaux intenses de soudure. »
Dans le cadre de sa certification Mase 1, obtenue en 2007, BTB a poursuivi son action pour réduire encore l’exposition à ces postes. À partir de 2010, une centrale d’aspiration de fumées avec quatre torches aspirantes mobiles reliées aux postes de soudure a été installée. Actionnables facilement et à portée de main du soudeur, ces torches aspirent au plus près de la source d’émission. « Au début, il a fallu discuter, expliquer, réexpliquer, se souvient encore Jean-Pierre Brun. Des rappels sont encore utiles aujourd’hui. Mais cela a contribué à réduire fortement l’exposition des salariés. ». 

LES FUMÉES DE SOUDAGE

Il existe près de 140 procédés différents de soudage, qui peuvent être manuels, semi-automatiques ou automatiques. Selon la composition, la concentration et la durée d’exposition, les fumées de soudage de métaux peuvent être à l’origine d’intoxications entraînant la survenue de pathologies aiguës ou chroniques. Sont exposés en premier lieu les soudeurs, mais également les personnes évoluant dans leur environnement de travail proche. Parmi les principaux éléments contenus dans les fumées, on peut citer le chrome VI, le nickel, l’aldéhyde formique, le cobalt, le béryllium, l’aluminium, l’antimoine, le baryum, le cuivre, les fluorures, le magnésium, le manganèse, le molybdène, le plomb, le titane, le vanadium, le zinc et le zirconium…  Certains de ces composés sont cancérogènes, d’autres irritants, toxiques ou allergisants…

L’entreprise a parallèlement suivi les évolutions en matière technologique pour opter pour des procédés de soudage moins émissifs, tels que le soudage à l’arc sous flux de poudre (SAFP) qui supprime le « coup d’arc » et réduit les dégagements de fumées. En 2013, BTB s’équipe d’un anémomètre pour être à même de réaliser en interne les mesures d’aspiration en tête des torches et les régler de façon optimale à chaque poste. « L’aspiration peut créer des perturbations dans la soudure, explique Yves Le Ret, chef d’équipe. Mal réglée, elle risque d’aspirer le gaz de protection de la soudure. Il est donc important de connaître le dispositif et d’adapter la puissance de l’aspiration en fonction de la nature du matériau, de l’angle de soudure, etc. L’anémomètre donne un repère, sans être une indication ferme. »

Formation du personnel

La démarche, déclinée sous la forme d’un plan d’action, a inclus un programme de formation du personnel appelé à se servir des torches aspirantes. Les soudeurs ont ainsi appris à connaître les risques liés aux fumées de soudage : composition des fumées, pathologies associées, valeurs limite d’exposition, moyens de prévention. Ils ont aussi acquis un savoir-faire quant aux mesures de sécurité à mettre en œuvre lors des phases de soudage : limites des torches aspirantes, avantages de mettre en place un dispositif pour limiter les contraintes de poids. Enfin, ils maîtrisent les règles d’entretien de leur matériel : vérification du bon fonctionnement de la torche aspirante, des systèmes d’aspiration, signalement de toute anomalie constatée…
Un animateur sécurité externe intervient dans l’entreprise deux à quatre fois par mois, pour effectuer des rappels, animer des échanges, sensibiliser le personnel à divers sujets. « La sécurité ici est bien mieux prise en compte qu’en Espagne, où je travaillais auparavant, et notre patron est vraiment à l’écoute », estime Leonardo Riofrio, soudeur métallier depuis un an et demi dans l’entreprise. BTB a actuellement en projet la conception d’une table aspirante pour les pièces pouvant être soudées à plat. La direction réfléchit aussi à équiper d’aspirations les postes de soudage itinérants. Et elle ne s’arrête pas là.
D’autres actions ont été menées, à l’image de l’aménagement d’un local assaini pour réaliser les peintures de pièces en interne dans des conditions adaptées. Un système de racks sur roulettes a été développé pour simplifier le stockage et la manutention des tôles d’acier. Des projets issus du travail réalisé par des stagiaires de l’École des mines d’Alès que l’entreprise accueille régulièrement pour plancher sur des pistes d’amélioration et diminuer les risques professionnels. L’entreprise s’est également équipée d’une table de montage pour faciliter l’assemblage des pièces.
« Au-delà du risque chimique, l’entreprise a acquis une véritable culture de prévention au fil du temps et est devenue autonome sur ces sujets, conclut Béatrice Bezet, contrôleur de sécurité à la Carsat Languedoc-Roussillon. Comme l’illustre l’acquisition de l’anémomètre pour qu’ils puissent effectuer leur réglage en interne sans avoir à faire appel à un tiers ou encore l’accueil de stagiaires. » Dans le cadre de son plan annuel Santé et sécurité au travail, BTB a ainsi comme thématiques de travail pour 2018 le risque routier et les troubles musculosquelettiques.

ACTION FUMÉES DE SOUDAGE

Longtemps classées cancérogène possible (catégorie 2B) par le Circ, les fumées de soudage ont été reclassées cancérogène avéré en 2017 (catégorie 1). Dans le cadre du programme national CMR, 2 279 établissements ont fait l’objet d’un diagnostic puis d’un accompagnement financier et/ou technique de la part des Caisses régionales.
Au terme de l’action, fin 2017, 59 % des établissements avaient maîtrisé le risque en diminuant les émissions de fumées de soudage (suppression, changement de procédé, emploi de torches aspirantes pour capter au plus près de la source…). Cette action va se poursuivre jusqu’en 2019 pour lui permettre d’être clôturée auprès des cibles restantes.
« Et une des perspectives de cette action est, à terme, d’inclure ces sujets de prévention dans les cursus de formation initiale et continue des soudeurs », explique Guy Le Berre, pilote de l’action nationale Fumées de soudage.

Céline Ravallec

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