DOSSIER

La confiserie Riol fabrique des macarons, chocolats, dragées, guimauves et biscuits. Très proches de leurs salariés, les dirigeants, Chantal et Michel Riol, ont à cœur de leur faire bénéficier de bonnes conditions de travail. À l’occasion d’un projet d’agrandissement, ils ont sollicité la Carsat Auvergne et le service de santé au travail d’Aurillac pour les aider à progresser en ce sens.

Lors de la fabrication des macarons, le pâtissier doit tapoter régulièrement les plaques pour qu’ils aient une hauteur et une taille très régulières. Le pâtissier a été doté de bouchons d’oreilles pour limiter l’impact des nuisances sonores de ce geste.

Lors de la fabrication des macarons, le pâtissier doit tapoter régulièrement les plaques pour qu’ils aient une hauteur et une taille très régulières. Le pâtissier a été doté de bouchons d’oreilles pour limiter l’impact des nuisances sonores de ce geste.

CÔTE D’IVOIRE, Pérou, Équateur, Madagascar… Rien qu’en lisant les provenances des cacaos stockés dans la réserve, on voyage. « Les pays producteurs sont tous situés autour de
l’Équateur », précise Michel Riol, responsable de production de la confiserie qui porte son nom, située à Aurillac, dans le Cantal, et véritablement passionné. D’ailleurs, il a exercé tous les métiers autour du chocolat : pâtissier, chocolatier, formateur… « J’ai pu me rendre compte que les apprentis souffraient souvent lors de leur formation. Et je me suis dit que je pouvais faire quelque chose en tant que chef d’entreprise. »

Cela fait plus de trente ans que Chantal et Michel Riol sont pâtissiers-chocolatiers. D’abord à Arpajon-sur-Cère, puis ils décident, en 2009, à la suite de divers événements, de s’installer dans le centre-ville d’Aurillac, dans un local de 80 m2. « Nous voulions rester “petits”, explique Chantal Riol, qui occupe le poste de gérante. Mon mari était formateur à Yssingeaux dans la semaine. Le week-end, il fabriquait la production que je vendais … ça n’était pas simple, mais c’est ce que nous souhaitions. » Cependant, leur notoriété les rattrape et l'effectif atteint cinq salariés. « Dans nos 80 m2, nous étions à l’étroit. Les conditions de travail pour chacun devenaient difficiles. » 

Qu’à cela ne tienne. Ils acquièrent, en 2014, un hangar désaffecté, un peu à l’écart du centre-ville. « C’était un vrai challenge car on ne peut pas dire qu’il y avait beaucoup de commerces autour », poursuit la gérante. La confiserie-chocolaterie, qui comprend des bureaux, le laboratoire, la boutique et le conditionnement, occupe désormais 500 m2. Les locaux, aménagés avec l’aide d’un cabinet-conseil, sur le principe de la marche en avant et en privilégiant l’éclairage naturel, abritent aujourd'hui l'activité de onze salariés.

TMS PROS ACTION

La subvention TMS Pros Action est une aide financière destinée aux entreprises de 1 à 49 salariés dans la prévention du risque de troubles musculosquelettiques. Elle permet de financer du matériel et/ou des équipements pour réduireles contraintes physiques en particulier lors de manutentions manuelles de charges, d’efforts répétitifs ou de postures contraignantes, mais également la réalisation de formations adaptées pour les salariés concernés. Ces investissements doivent être inscrits dans un plan d'action issu d'un diagnostic des situations de travail concernées.

Lorsque l’un d'entre eux, pendant la période de confinement liée à la Covid-19, annonce qu’il souhaite quitter la société et se lancer dans une toute autre carrière professionnelle, cela agit comme un déclencheur. « Nous avions des projets d’agrandissement, de développement… et nous nous sommes dit que nous n’avions peut-être pas assez intégré la santé de nos salariés dans notre réflexion », remarque Michel Riol. Ils se rapprochent de Yann Brosson, contrôleur de sécurité à la Carsat Auvergne, afin de se renseigner sur la subvention TMS Pros Action (lire l’encadré ci-dessous).
Celui-ci leur explique qu’il faut d’abord réaliser un diagnostic ergonomique. C’est Anthony Crozat, ergonome au service de santé au travail, qui s’en charge en juillet 2020 : « Mon intervention avait pour objectif d’identifier les situations de travail critiques, notamment à la fabrication, et d’évaluer la pertinence des investissements envisagés, du point de vue de la prévention. »

On ne jouera plus beaucoup de guitare

Après deux matinées d’observation, il rend son rapport. Il constate notamment que les flux et le stockage des matières premières mériteraient d’être totalement revus, à la fois pour réduire les ports de charge, le nombre de reprises ou le risque de chute. Michel Riol acquiesce : « J’ai commencé à réfléchir au rangement des moules, par ordre alphabétique et par saison, et à revoir les cheminements. »

ANTHONY CROZAT, ERGONOME AU SERVICE DE SANTÉ AU TRAVAIL

« Nous sommes arrivés dans cette entreprise car elle avait identifié un point délicat en production : la découpe. Mais finalement, l’analyse ergonomique de tous les postes en production a permis de mettre en évidence d’autres sujets comme les flux, le stockage, le port de charges, le bruit, les vibrations… nos propositions sont donc  plus larges et étant donné que nous avons une bonne écoute de la part des dirigeants, un dialogue constructif au sein de l’entreprise, je pense qu’en travaillant avec la Carsat Auvergne, cette entreprise va faire évoluer les conditions de travail de ses salariés dans le bon sens et j’espère que la majorité de nos préconisations seront prises en compte. »

En production, un poste retient particulièrement l’attention des préventeurs. « Pour découper le chocolat, la guimauve, ou la pâte d’amande, les salariés utilisent quotidiennement ce qu’ils appellent une guitare. Il s’agit d’un outil doté d’une corde de piano tendue permettant de découper les matières », explique Yann Brosson. Outre les contraintes posturales pouvant favoriser l’apparition de TMS, Anthony Crozat relève les risques liés à la casse de la corde, « importants notamment lorsque ce sont des produits durs, comme le praliné, qui sont découpés ». De plus, la découpe du chocolat peut être délicate, car si elle n’est pas nette, c’est toute la qualité du produit qui s’en trouve impactée. « Cela signifie plus de gestes par la suite pour réaliser l’enrobage et plus de produits à rebuter », insiste Michel Riol qui a déjà une idée pour améliorer ce poste.

Il souhaite acquérir une machine de découpe à jet d’eau haute pression, qu’il est déjà allé voir en fonctionnement chez d’autres chocolatiers. « Cet outil pourrait soulager les salariés, remarque Yann Brosson, et permettre de réaliser des découpes plus variées et de meilleure qualité. »
« Cela permettrait de mécaniser des tâches ingrates et d’offrir davantage de temps aux salariés pour réaliser des tâches plus créatives et ainsi donner plus de sens à leur travail…, complète l’ergonome. Elle réduira également les rebuts et les reprises de produits. » Si tout va bien, la machine devrait arriver avant la fin de l’année… « On l’attend avec impatience ! », lance Thomas, l’un des chocolatiers.

Autre situation repérée par l’ergonome : la cuve du pétrin qui est lourde elle peut atteindre les
30 kg quand elle est pleine et nécessite des efforts importants pour être déplacé. L’ergonome propose de la rehausser et/ou de la mettre sur roulettes. Enfin, les plaques métalliques sur lesquelles sont préparées les macarons sont tapotées régulièrement pour uniformiser la taille et l’épaisseur des macarons. Elles génèrent du bruit et des vibrations, sur lesquels l’ergonome s’est penché aussi.

Depuis le reportage, Anthony Crozat a présenté son rapport à M. Riol. Aidé de la Carsat Auvergne, ce dernier va prendre le temps de réfléchir à l’agrandissement de ses locaux. Sur plan et avec ses salariés. Mais une chose est sûre : très vite, la guitare ne servira plus qu’occasionnellement. 

LA CONFISERIE RIOL

Michel Riol a occupé tous les postes de la confiserie. Confronté à des problèmes d’audition qu’il estime dus à l’action bruyante de tapoter les grilles métalliques des macarons, il a doté tous ses salariés de bouchons d’oreilles. De plus, pour limiter les manutentions, c’est désormais tout le chariot de plaques de macarons qui est enfourné pendant 13 minutes à
150 °C. Côté horaires, le laboratoire fonctionne en horaires journée, « ce qui est encore rare dans notre profession, mais satisfait tout le monde », précise Chantal Riol.

  • 11 salariés
  • CA : un peu moins d’1 million d’euros
    • Part des différents produits : Chocolats : 35 %, Macarons : 28 %, ​Biscuits : 8 %

Delphine Vaudoux

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