DOSSIER

Quand il n’existe pas de solution technique abordable ou adaptée sur le marché, les entreprises se lancent parfois pour développer elles-mêmes l’outil le plus approprié.

L’expérience acquise sur différents chantiers et l’examen de dispositifs existants ont permis à l’équipe de mettre au point un équipement correspondant à ses besoins. Il répond à l’évaluation des risques qui avait été réalisée.

L’expérience acquise sur différents chantiers et l’examen de dispositifs existants ont permis à l’équipe de mettre au point un équipement correspondant à ses besoins. Il répond à l’évaluation des risques qui avait été réalisée.

RETOUR À L’ÉCOLE pour Noé Solsona. Et plus particulièrement aux Grands Ateliers, école d’architecture à Villefontaine, en Isère. Le fondateur de l’entreprise Calyclay, TPE spécialisée dans l’application par projection d’enduits de terre et chaux, présente aujourd’hui aux étudiants une nouvelle technique de pose d’enduit végétal. Sur un panneau de 1,50 m sur 1,10 m, il actionne une lance dotée d’une buse à double sortie et commande la projection d’un béton végétal mêlant de la barbotine (mélange d’argile et d’eau) et de la chènevotte (copeaux de chanvre). Positionné à une trentaine de centimètres de la surface du panneau, la buse qu’il tient à pleines mains projette le mélange. Quelques minutes suffisent à recouvrir le panneau sur 10 cm d’épaisseur.

Cette machine, d’un an à peine, a déjà servi sur deux chantiers. Encore à l’état de prototype, elle en est à sa troisième version. Elle résulte d’une réflexion de fond menée en interne à partir de l’expérience terrain de l’équipe. En méthode traditionnelle, la pose d’un tel béton biosourcé consiste à installer une ossature, monter un coffrage autour puis verser des seaux, par couche de 10 cm, et ensuite procéder à une compression manuelle à l’aide d’un petit fouloir, avant de recommencer sur une nouvelle hauteur de 10 cm. Et ainsi de suite sur toute la hauteur d’un mur. Cela implique de transvaser le béton végétal trois fois, forçant les compagnons à des manutentions lourdes et répétées. « Grâce à cette machine, on supprime trois manutentions ainsi que le damage manuel, opération particulièrement fastidieuse », commente Noé Solsona.

Pour parvenir au dispositif actuel, l’équipe s’est inspirée de conceptions existant sur le marché et de ses expériences avec différents matériels. « Au départ, on veut réinventer l’eau chaude, mais en regardant ce qui existe déjà, on constate vite qu’il y a plein de choses très bien dont on peut s’inspirer », poursuit-il. Ils ont ainsi réalisé un comparatif des pratiques avec d’autres activités du BTP, comme la projection des bétons en voie sèche, et du monde agricole.

Au final, c’est l’option d’une cardeuse aménagée qui a été adoptée : le chanvre y est versé avant d’être propulsé dans un flexible. Son débit a été augmenté, tout comme la longueur des flexibles, passée de 20 à 40 mètres. En parallèle, un système de malaxage issu de l’industrie céramique est employé pour obtenir un mélange homogène d’argile et d’eau.
La Carsat Rhône-Alpes a accompagné l’entreprise et l’a aidée financièrement. « Dans le cadre de la subvention TPE TMS Pros, l’entreprise a commencé par réaliser un diagnostic de son activité et de ses risques, notamment les troubles musculosquelettiques, décrit Adrien Royer, contrôleur de sécurité à l’antenne Drôme-Ardèche. Pour étudier la possibilité de monter une machine correspondant à leurs besoins, ils ont ensuite rédigé un cahier des charges issu de leur diagnostic. »

L’ensemble est encore perfectible. Notamment, la lance utilisée par le projeteur, lourde et peu maniable. « Nous utilisons sur ce modèle une lance en métal, qui n’est pas du tout pensée sur le plan de l’ergonomie, explique Noé Solsona. C’est pourquoi on travaille avec d’autres fabricants, notamment sur des lances en polymère. »

CHIFFRES

  • 35 000 euros ont été nécessaires pour développer ce prototype. Une machine répondant aux besoins de l’entreprise a été identifiée sur le marché, mais son prix avoisine les 100 000 €, hors budget pour Calyclay.
  • 2 flux d’air distincts sont nécessaires à la projection : l’un pour le transport du chanvre, l’autre pour la pulvérisation de la barbotine.
  • 10 à 12 m3/jour est le débit actuel de la cardeuse dont les capacités ont été augmentées. Initialement, le débit de la machine était plus proche de 8 m3/jour. Outre les bénéfices de manutention, les utilisateurs estiment que cela augmente la rapidité d’intervention d’un facteur 3.

Céline Ravallec

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