DOSSIER

À Saint-Yrieix-la-Perche, en Haute-Vienne, la clinique vétérinaire Arsonval, souhaitant mettre à profit son sous-sol, a découvert des concentrations en radon dangereuses pour la santé de ses salariés. Avec l’aide de sa personne compétente en radioprotection (PCR) externe et de la Carsat Centre-Ouest, l’entreprise a mis en œuvre des solutions de ventilation qui ont drastiquement diminué le niveau de gaz radioactif dans son bâtiment.

Une ventilation mécanique par insufflation a été nécessaire afin de créer une surpression et limiter ainsi l’entrée du radon dans les sous-sols.

Une ventilation mécanique par insufflation a été nécessaire afin de créer une surpression et limiter ainsi l’entrée du radon dans les sous-sols.

LES SEPT vétérinaires et cinq assistants de la clinique vétérinaire Arsonval remettent sur pattes aussi bien les animaux de compagnie (chats, chiens, lapins, cochons d’Inde…) que d’élevage (vaches, moutons, chevaux…). Les locaux de cette TPE, sortis de terre en 2012, se situent à une demi-heure de route de Limoges, à Saint-Yrieix-la-Perche. Comme la très grande majorité des communes de Haute-Vienne, celle-ci est classée en zone 3 sur la carte radon de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Cela signifie une probabilité élevée que ce gaz radioactif, libéré par les sols, se concentre dans les parties basses des constructions (caves, rez-de-chaussée...), et ce à des niveaux représentant des risques pour la santé humaine. 

Ne résultant pas d’activités professionnelles, ces expositions peuvent néanmoins se produire sur le lieu de travail. Ainsi, depuis le 1er juillet 2018, la législation demande à toutes les entreprises de s’interroger sur le radon et, le cas échéant, de mettre en œuvre des actions pour protéger les travailleurs. « Puisque le radon ne se voit ni ne se sent, il est facile d’ignorer sa présence, souligne Pierre Laurent, contrôleur de sécurité au centre interrégional de mesures physiques de la Carsat Centre-Ouest. Si, par le biais de son activité de radiologie, la clinique vétérinaire Arsonval n’avait pas été familière des rayonnements ionisants, peut-être n’aurait-elle pas repéré le gaz qui s’accumulait dans ses sous-sols. » 

À l’origine de la découverte, un projet d’aménagement des sous-sols pour stocker du matériel et des archives. « Isabelle Niort, que nous avons mandatée en 2017 en tant que PCR externe pour organiser la radioprotection relative à notre salle de radiologie, nous a conseillés de mener une campagne de mesure du radon avant de nous lancer », se remémore le Dr Nicolas Queney, un vétérinaire. 

DU RADON AU POLONIUM

Le radon, exhalé naturellement par les sols, est présent en permanence et partout à la surface du globe. Il est responsable d’environ un tiers de l’exposition annuelle 
à la radioactivité de la population française. Principalement dégagé par les sous-sols granitiques et volcaniques ainsi que par certains matériaux de construction, le radon, inodore et incolore, est un des maillons de la chaîne de désintégration de l’uranium. Comme tous les éléments radioactifs, il se transforme, émettant des particules et des rayonnements, en d’autres éléments qui se désintègrent à leur tour jusqu’à aboutir à un élément stable, le plomb 206. Ainsi, même si l’on parle du risque radon, ce sont plus directement ses descendants, les poloniums 218 et 214, qui sont en cause. En se déposant sur les poussières en suspension dans l’air, ils sont inhalés et se fixent dans les poumons. Lors de leur désintégration, les rayonnements émis peuvent casser l’ADN des cellules et entraîner, dans certains cas, l’apparition de cancers. 

Ces réunions à chaque prise de poste, mais aussi en fin de poste, aident à capitaliser les informations du terrain, sous l’impulsion des chefs de chantier et des chefs d’équipe, qui ont été formés à la préparation et l’animation de ces temps d’échanges. D’autres outils sont déployés en parallèle pour permettre des remontées de terrain en temps réel : une application à disposition des chefs de chantier et des conducteurs de travaux a été développée sur tablette et smartphone pour remonter instantanément une anomalie ou une bonne pratique vue sur le terrain à toutes les strates de l’encadrement, à partir d’une photo dans le contexte.

Ainsi, des détecteurs solides de traces nucléaires (DSTN), dispositifs intégrant un film sensible aux rayonnements ionisants, sont répartis en différents points du sous-sol et laissés en place pendant deux mois. « C’est la durée minimale à observer pour obtenir une moyenne représentative de la concentration en radon, car celle-ci varie dans le temps, explique Isabelle Niort. Il est également recommandé de procéder en automne ou en hiver, période de l’année pendant laquelle les ouvrants sont peu utilisés, ce qui évite de biaiser les résultats avec des courants d’air. » 

Ventilation mécanique

Résultat, le gaz radioactif est présent à des concentrations dépassant le niveau de référence de 300 becquerels/m3 (Bq/m3) en moyenne annuelle et, de ce fait, nécessite la mise en place d’actions. Dans un premier temps, la trappe d’accès au vide sanitaire, identifiée comme la source principale de la pollution, est fermée à l’aide d’une porte munie d’un joint périphérique. De plus, un tuyau relie le vide sanitaire à l’extérieur du bâtiment pour permettre au radon de s’échapper naturellement. 

Malheureusement, une seconde campagne de mesures, menée à partir d’octobre 2019, démontre l’insuffisante efficacité de cette installation passive. Les concentrations en radon mesurées, dans les espaces réaménagés, sont encore respectivement de 664, 828 et 884 Bq/m3 selon les zones. « J’ai donc recommandé une ventilation mécanique par insufflation (VMI), qui fait entrer de l’air depuis l’extérieur dans les pièces du sous-sol, y instaure une légère surpression et limite ainsi l’entrée du radon », indique Isabelle Niort. En complément, le tuyau partant du vide sanitaire a été relié à la ventilation mécanique contrôlée (VMC) préexistante pour expulser le radon à l’extérieur. « Il est important que le rejet ne se fasse pas trop près de l’aspiration de la VMI sous peine de réintroduire le gaz radioactif dans les locaux », précise Pierre Laurent, dont les mesures avant et après travaux valident cette fois l’efficacité des solutions retenues. La concentration en radon fluctue aujourd’hui entre 50 et 100 Bq/m3. 

À ZONES DIFFÉRENTES, OBLIGATIONS DIFFÉRENTES

La carte de France réalisée et tenue à jour par l’IRSN classe les communes de l’Hexagone en trois catégories. En zone 3, mesurer la concentration du radon s’impose. En zone 2, la teneur en uranium du sol est faible mais les communes concernées sont recoupées par des failles géologiques ou sont situées à proximité d’ouvrages miniers souterrains. Ces particularités géologiques peuvent favoriser le transport du radon. Le mesurage y est donc recommandé. Enfin, en zone 1, malgré un risque faible, dans 2 % des cas, des dépassements du niveau de référence sont toutefois possibles, selon la campagne nationale de mesure dans l’habitat réalisée par l’IRSN. « Si une commune en zone 1 est limitrophe d’une zone 3, par exemple, vu la nature peu onéreuse d’une campagne de mesures du radon (en automesurage) à l’aide de détecteurs solides de trace nucléaire (DSTN), je conseille aux entreprises qui y résident de faire cette vérification », plaide Pierre Laurent, contrôleur de sécurité au centre interrégional de mesures physiques de la Carsat Centre-Ouest.

« Cela a très bien fonctionné, estime-t-il. Mais il faut bien avoir en tête que chaque cas est particulier et que ce qui marche dans un bâtiment peut très bien ne pas être efficace pour un autre. » Pour s’adapter aux caractéristiques des constructions, il faut donc faire du sur-mesure en utilisant un ou plusieurs des trois leviers d’actions à disposition pour combattre le radon : travailler sur l’étanchéité de l’interface sol/construction, installer un circuit de ventilation adapté et évacuer le radon depuis les sols en creusant un puisard ou en le drainant. 

« La Carsat a financé la VMI à 50 % et nous a fait un chèque de 500 euros pour l’achat d’un appareil de détection électronique du radon qui nous permettra de repérer toute défaillance du système. Mais au-delà de cette aide matérielle, c’est l’accompagnement de la Caisse, associé à celui de notre PCR, qui a été des plus précieux. Sans leurs conseils, il nous aurait été compliqué de faire les bons choix », conclut le Dr Nicolas Queney.

Damien Larroque

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