DOSSIER

Qu’ils soient envoyés en soute ou qu’ils accompagnent leurs propriétaires en cabine, les bagages des voyageurs qui prennent l’avion passent par des tunnels à rayons X pour vérifier leur contenu. Afin de garantir des expositions minimales aux salariés en charge de ces inspections, le laboratoire de Groupe ADP organise la radioprotection autour de ces appareils.

© Fabrice Dimier pour l’INRS/2021

© Fabrice Dimier pour l’INRS/2021

DEPUIS SA CRÉATION en 1945, Groupe ADP anciennement Aéroports de Paris possède son propre laboratoire de mesures. À l’origine, celui-ci s’intéressait uniquement aux problématiques de géotechnique, de suivi des infrastructures ainsi que de vieillissement et dégradation des bâtiments et ouvrages d’art. Avec le temps, pour répondre au développement de l’activité aéroportuaire et s’adapter aux évolutions réglementaires, d’autres compétences sont venues enrichir son savoir-faire technique. Aujourd’hui, le pôle environnement du laboratoire de Groupe ADP surveille la qualité de l’air et de l’eau autour des aéroports ainsi que les niveaux de bruit sur les lignes de trafic aérien. 

Quant aux analyses des flux routiers et piétons, à la cartographie des niveaux de rayonnements électromagnétiques, aux mesures d’adhérence des pistes et aux tests sur les formiates et glycols substances répandues sur les pistes et les avions en hiver pour assurer la sécurité des vols, ils sont le pré carré du pôle exploitation. Ce dernier accueille en outre une équipe en charge de la radioprotection depuis 2005, année de publi­cation d’un arrêté fixant les règles de sécurité des tunnels à rayons X utilisés pour le contrôle des bagages des passagers, qui ont été plus de 100 millions à transiter par les aéroports parisiens en 2019. 

« Ces appareils, généralisés à la suite des attentats du 11 septembre 2001, sont conçus pour ne pas exposer les salariés au-delà d’1 mSv par an, soit la limite à respecter pour la population générale, explique Luc Capobianco, responsable de la section aéronautique et sûreté du laboratoire qui possède aussi la casquette de PCR (personne compétente en radioprotection). Nous devons cependant nous assurer qu’aucun dysfonctionnement des machines ne vienne remettre cela en question. »

Avec plusieurs centaines d’équipements dotés de générateurs à rayons X, nous sommes sur le podium français des détenteurs de ce type de matériel. 

SUPPRIMER PLUTÔT QUE PROTÉGER

Pour détecter d’éventuelles traces d’explosifs, les agents de sûreté effectuent des prélèvements avec une lingette. Auparavant, pour révéler la présence de substances dangereuses, ce textile était introduit dans des machines de sécurité qui fonctionnaient avec des sources radioactives. Depuis 2017, elles ont été remplacées par une nouvelle génération d’équipements qui sont totalement dépourvus de radioactivité. « Sur ce point précis, grâce à sa veille technologique, Groupe ADP s’est donné les moyens de se passer de protection collective et individuelle, souligne Serge Lassus, contrôleur de sécurité à la Cramif. En effet, comme le premier des neuf principes généraux de prévention les y enjoint, ils se sont interrogés sur la possibilité de supprimer le risque et y sont parvenus. »

« Si l’un des opérateurs rencontre un problème technique, cela permet de remonter aux contrôles auxquels le materiel  a servi précédemment afin d’en vérifier les résultats avec un autre radiamètre », se félicite Alexandre Deheegher, technicien de mesures qui sera bientôt PCR lui aussi. « Notre laboratoire est intégré à Groupe ADP, il nous permet de faire des contrôles internes. Nous possédons une accréditation Cofrac qui démontre la rigueur de notre démarche scientifique », assure Luc Capobianco. 

D’ailleurs, en 2016, une étude dosimétrique a confirmé la qualité des mesures. Des volontaires parmi les salariés des postes de contrôle des bagages ont porté six mois durant des dosimètres à lecture différée. Les résultats montrent que les expositions ne dépassent pas la limite réglementaire pour le public, ce qui valide non seulement le travail du laboratoire mais corrobore également les informations fournies par les fabricants des tunnels. « Cela a aussi rassuré les salariés. Certains d’entre eux s’interrogeaient sur le fait que nos techniciens portent des dosimètres et pas eux », se remémore Michaël Rosa.

Au-delà des vérifications mensuelles et semestrielles, qui sont aussi l’occasion de repérer les opérations de maintenance à réaliser (le changement d’un voyant lumineux, le remplacement de lamelles plombées à l’entrée et à la sortie des tunnels, le réaffichage de consignes de sécurité manquantes…), d’autres actions de prévention ont été mises en place. « À la différence des appareillages pour les bagages cabine, les tomographes, qui permettent de visualiser en 3D les objets à l’intérieur des valises dirigées vers les soutes des avions, ne nécessitent généralement pas la présence d’opérateurs à proximité, indique Alexandre Deheegher. Ceux-ci mènent leurs inspections depuis des salles éloignées et équipées d’écrans. » 

Améliorer le matériel

Mais d’autres salariés peuvent néanmoins avoir à s’approcher de ces sources de rayons X. Lorsqu’un doute subsiste sur le contenu d’un bagage, même après que celui-ci est passé dans un second tunnel, l’équipe cynophile intervient, notamment. Pour éviter les expositions aux rayonnements ionisants, des plexiglas ont été installés à la sortie des tunnels afin d’éviter que les lamelles plombées ne se bloquent sur les côtés des convoyeurs, comme c’était auparavant le cas. De plus, une campagne de rallongement des tunnels a été menée sur certains types d’appareils, afin de réduire au maximum l’exposition des salariés, et une autre est actuellement en cours. 

Des améliorations matérielles qui font l’objet d’échanges avec les fabricants de machines par le biais de leurs propres PCR. En 2014, un travail a été mené avec certains d’entre eux, dont les modèles présentaient une durée de tir inutilement longue. « Le générateur de rayons X restait allumé quatre ou cinq secondes après le passage d’un bagage. Depuis, il s’arrête immédiatement, ce qui diminue d’autant le risque d’exposition des salariés », conclut Luc Capobianco. 

UN FORUM POUR LES PCR

Si Groupe ADP possède de nombreux tunnels à rayons X dont l’intégrité et le bon fonctionnement sont sous sa responsabilité, leur utilisation pour inspecter les bagages revient à des salariés d’entreprises spécialisées dans ce domaine. Celles-ci ont donc leurs propres personnes compétentes en radioprotection (PCR), avec qui le laboratoire de Groupe ADP travaille en bonne intelligence. Les entreprises de sûreté ne sont pas les seuls acteurs des zones aéroportuaires à devoir se préoccuper de radioprotection.
« Depuis 2010, nous organisons tous les ans un forum qui réunit les PCR de nos partenaires : compagnies aériennes le personnel navigant doit être suivi puisque exposé aux rayonnements cosmiques lors des vols, douanes, entreprises de fret, fabricants et chargés de maintenance de machines à rayons X… L’ASN et la Cramif sont également conviées à ces rassemblements, enrichissant les échanges de leurs expertises », raconte Luc Capobianco, responsable section aéronautique et sûreté du laboratoire de Groupe ADP.

Damien Larroque

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