DOSSIER

L’installation nucléaire de base n° 49 du centre CEA Paris-Saclay, dans l’Essonne, a servi entre 1950 et 1996 à réaliser des travaux et recherches impliquant l’usage de matières radioactives. Aujourd’hui, les dix-sept espaces de travail appelés cellules sont en cours de démantèlement pour destruction ou réhabilitation. Une opération réalisée sous haute surveillance.

Pour pénétrer dans certaines zones, l’opérateur doit revêtir une tenue protectrice complète et porter un masque à cartouche. Pour cela, il est aidé par l’une de ses collègues qui s’assure de l’étanchéité de l’ensemble.

Pour pénétrer dans certaines zones, l’opérateur doit revêtir une tenue protectrice complète et porter un masque à cartouche. Pour cela, il est aidé par l’une de ses collègues qui s’assure de l’étanchéité de l’ensemble.

LE COMMISSARIAT à l’énergie atomique (CEA), fondé par Charles de Gaulle en 1945 afin de développer la recherche dans le domaine de l’énergie atomique, dispose de neuf centres en France dont cinq dédiés aux applications militaires. Parmi les quatre centres d’étude civils, celui de Saclay, dans l’Essonne, est le plus important avec pas moins de 7 000 salariés et collaborateurs d’organismes associés. Sur 220 hectares, il abrite dix installations nucléaires de base (INB), dont Osiris, Isis et Orphée, trois réacteurs nucléaires de recherche aujourd’hui mis à l’arrêt, et des laboratoires, dont ceux de l’INB n° 49 en cours de démantèlement : « Un processus long et très réglementé », indique Anne Terrasson, cheffe d’installation suppléante de l’INB.

« Les laboratoires haute activité de l’INB n° 49 sont à l’arrêt depuis 1996, poursuit-elle, les opérations de démantèlement ont été autorisées par décret de 2008 à 2018, une demande de modification du décret est en cours pour continuer les travaux jusqu’à l’horizon 2035. » Un chantier dont la durée s’explique non seulement par la contamination des éléments présents dans les enceintes à traiter, mais aussi par la taille de ces dernières : au total, l’INB n° 49 est constituée de dix-sept cellules de plus de 300 m2 chacune dans lesquelles de la matière radio­active a été manipulée pendant des années. « Avant toute opération, un dossier de démantèlement doit être instruit et validé par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), précise Michel Guélin, chef du service de protection contre les rayonnements et de l’environnement (SPRE). Celui-ci détaille de façon très précise les modalités de la déconstruction en matière de sûreté et de sécurité. Ces moda­lités varient en fonction des radionucléides présents dans les différentes cellules : césium, tritium… Heureusement, nous avons l’historique des activités menées dans chaque cellule, nous savons donc précisément ce qui s’y trouve. Mais un dossier peut prendre jusqu’à trois ans avant d’être validé. » 

Démanteler en toute sécurité 

Les opérations de démantèlement de la cellule n° 10, dans laquelle intervient une équipe de techniciens nucléaires de la société Orano, sont bien avancées : « Il ne reste plus que des déchets de très faible activité et une enceinte blindée dont nous espérons reprendre l’assainis­sement en 2022 », explique Anne Terrasson. Si la zone de préparation des techniciens, à l’entrée de la cellule, est déjà nettoyée de tout risque radioactif, pour pénétrer au sein de l’enceinte de démantèlement en zone jaune (exposition à moins de 2 mSv/h), l’opérateur doit revêtir une tenue protectrice complète et porter un masque à cartouche. Pour cela, il est aidé par l’une de ses collègues qui s’assure de l’étanchéité de l’ensemble. « Compte tenu de la pénibilité, notamment en ce qui concerne la respiration, les interventions ne durent pas plus de deux heures », remarque Michel Guélin. 

UN ZONAGE EN FONCTION DE L’EXPOSITION RADIOLOGIQUE

Pour caractériser le risque d’exposition radiologique, des zones délimitées sont prévues par le Code du travail dès lors que celles-ci dépassent le seuil de 80 µSv/mois, limite pour l’exposition aux rayonnements ionisants pour le public : 

  • zone surveillée bleue : de 80 µSv/mois à 1,25 mSv/mois,
  • zone contrôlée verte : de 1,25 mSv/mois à 4 mSv/mois,
  • zone contrôlée jaune : de 4 mSv/mois à 2 mSv/heure, 
  • zone contrôlée orange : de 2 à 100 mSv/heure,
  • zone contrôlée rouge : plus de 100 mSv/heure. 

Plus le risque est important, plus les mesures de protection sont conséquentes : port du dosimètre, interdiction de boire ou manger, port de tenue de protection, contrôle individuel à la sortie de la zone… 

Plusieurs cellules ont déjà été démantelées de cette façon. Elles sont ensuite réutilisées, à l’image de la n° 12, transformée en cellule de conditionnement des déchets issus des opérations de démantèlement, ou de la cellule n° 16 qui sert à l’entreposage de ces déchets, ou vont être déconstruites prochainement. Dans la cellule 16, Sarah Kieffer, technicienne SPRE, effectue un contrôle de routine à l’aide d’un détecteur de radiation. « Une fois empaquetés dans les sacs prévus à cet effet, précise-t-elle, ces déchets de très faible activité sont en attente de collecte pour rejoindre le centre de stockage de l’Aube de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). » Mais à peine sa phrase terminée, son bipeur se met à sonner : « Il y a une alerte dans une des cellules, un capteur signale une anomalie. »

Une vigilance de tous les instants 

Vérification effectuée, il s’agissait d’une fausse alerte : « Chaque cellule est équipée d’une balise de contrôle ou balise d’irra­diation qui s’active si un certain niveau de radiation est détecté. Mais ces équipements sont très sensibles. Ici, l’alerte s’est déclenchée à cause des opérations menées par un technicien. » Si la majorité des alertes se révèlent fort heureusement fausses, la réaction de la technicienne donne une idée du niveau de sécurité sur le site. « Même si aujourd’hui, une grande partie des installations ont été nettoyées, le risque est toujours réellement présent, souligne Anne Terrasson. Nous avons par exemple une cellule, en attente de démantèlement, qui a été utilisée pour fabriquer des sources. Celle-ci est en zone rouge, le risque radioactif lié au césium 137 est tellement important que les premières étapes du démantèlement vont se réaliser à l’aide d’un bras télécommandé. »

VÉRIFIER ET ANALYSER POUR CONFIRMER LE DÉMANTÈLEMENT

Une fois les travaux de démantèlement terminés au sein d’une cellule, des analyses complémentaires doivent être réalisées pour s’assurer de sa non-contamination : 
« Pour cela, nous délimitons les 300 m2 de la pièce en carrés de 1 m2 à l’aide d’une bombe de peinture, explique Sarah Kieffer, technicienne du service de protection contre les rayonnements et de l’environnement (SPRE). Sur chaque carré, nous effectuons un relevé de surface au contaminamètre à chaque coin et au centre. Puis, à la perceuse, aux mêmes endroits, nous prélevons de la poussière que nous envoyons pour analyse. 
C’est un travail titanesque, qui prend environ trois mois pour une cellule, mais c’est une obligation de l’ASN pour déclarer la zone décontaminée. »

Ainsi, si les balises d’irradiation fournissent des alertes en temps réel, chaque porte de cellule comporte également un dosimètre RPL, un petit dosimètre contenant un une lame de verre dopé avec des atomes d’argent à effet mémoire, relevé et analysé tous les mois, pour assurer une surveillance dosimétrique d’ambiance. « En plus de son dosicard qui doit être badgé à l’entrée et à la sortie pour recueillir son niveau d’exposition quotidien, chaque personne qui travaille ici porte également un badge équipé d’un dosimètre RPL relevé tous les mois ou tous les trois mois en fonction du poste occupé, précise Michel Guélin. Nous sommes ainsi pleinement en mesure d’assurer un suivi d’expo­sition très précis pour chaque personne et d’identifier qui est le plus exposé et comment, afin de prendre des mesures de protection supplémentaires si nécessaire. » 

Si la dosimétrie opérationnelle n’a pour le moment pas attesté d’un dépassement quotidien des 20 à 30 µSv chez un opérateur, seuil qui témoignerait d’une anomalie, des enquêtes ont pu être menées lorsque le dosimètre RPL dépassait les 2 mSv/mois. « Pour la petite histoire, les enquêtes ont montré que ces dépassements étaient liés… à des voyages en avion, explique Michel Guélin avec un sourire. Il s’agissait en effet d’opérateurs en déplacement professionnel ayant laissé leur badge dans leurs bagages exposés à des radiations lors de leur contrôle par rayons X et au rayonnement cosmique pendant le vol. Il faut savoir, d’ailleurs, que les membres d’équipage des avions sont généralement plus exposés aux rayonnements que les employés du secteur nucléaire… ».

Lucien Fauvernier

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