DOSSIER

© Gaël Kerbaol/INRS/2021

Responsable pendant plusieurs années de l’unité chargée de l’évaluation et la maîtrise
des risques Atex au poste de travail à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), Bruno Debray est aujourd’hui chargé de mission « nouvelles certifications » au sein du même organisme. Ses fonctions l’amènent à accompagner les acteurs de la filière hydrogène dans leurs démarches de maîtrise des risques.

Quels sont les principaux risques auxquels sont exposés les salariés de l’industrie de l’hydrogène ?
Bruno Debray.
En premier lieu, on trouve le risque d’atmosphère explosive (Atex) dû au caractère hautement inflammable de l’hydrogène. Ensuite, les risques électriques, notamment au niveau des électrolyseurs qui produisent de l’hydrogène à partir d’électricité et des piles à combustible qui réalisent l’opération inverse. Les risques liés aux équipements sous pression sont présents également, puisque l’hydrogène doit le plus souvent être fortement comprimé afin de permettre le stockage de quantités importantes dans un volume réduit. Enfin, on peut citer le risque d’explosion au niveau des électrolyseurs, en cas de contamination de l’hydrogène par de l’oxygène, les risques machines… Nous sommes là en terrain connu pour les industriels. S’ils maîtrisent ces risques très encadrés par la réglementation et les normes, ils doivent cependant avoir conscience des spécificités de l’hydrogène qui imposent l’utilisation de matériel approprié.

C’est-à-dire ?
B. D.
L’hydrogène, le plus petit des éléments chimiques, est capable d’interagir avec certains matériaux, de diffuser à travers eux et, dans certains cas, de les fragiliser. Les éléments des chaînes de production doivent donc être choisis en conséquence, qu’il s’agisse de détecteurs d’atmosphères explosives ou des conduites dans lesquelles circule le gaz. En cas de fuite, l’hydrogène très léger s’accumule dans les parties hautes des installations et bâtiments. Les systèmes de ventilation doivent donc être positionnés et dimensionnés pour répondre à cette réalité. Pour aider les acteurs de la filière à mener les procédures d’évaluation de conformité et de certification relatives à la sécurité des composants et systèmes à hydrogène, l’Ineris a publié un guide en partenariat avec l’Ademe et France Hydrogène en juin dernier. Il traite des applications en lien avec la mobilité hydrogène : stations de remplissage de véhicules et véhicules eux-mêmes. Il est aussi utile pour les projets de conception de systèmes de production, de conversion en électricité ou de stockage d’hydrogène destinés à être implantés dans des usines en vue de réduire leur empreinte carbone.

Si les industriels sont bien armés pour prévenir les risques liés à l’hydrogène, qu’en est-il des nouveaux acteurs attirés par le plan hydrogène du gouvernement ? 
B. D.
Qu’il s’agisse de start-up issues de la R&D ou de collectivités territoriales qui s’équipent de véhicules à hydrogène, par exemple, la formation a un rôle central à jouer pour qu’ils puissent s’assurer que leurs matériels sont sûrs, mais aussi pour les rendre aptes à exploiter quotidiennement leurs installations et à réaliser les opérations de maintenance en sécurité. Ce dernier point est d’autant plus important qu’une intervention mal réalisée peut compromettre la sûreté initiale d’un système. Pour répondre à ces enjeux, l’Ineris propose une formation certifiante sur les risques d’explosion, baptisée « Ism-Atex », et une autre sur la maîtrise des risques des technologies de l’hydrogène lors de la conception de ces systèmes. Nous travaillons également sur l’intégration de la prévention des risques hydrogène au cursus des futurs professionnels avec des industriels du secteur et des partenaires académiques, tels que les Mines de Paris et l’Ecam à Lyon dans le cadre de la Symbio Hydrogen Academy. Enfin, il ne faut pas oublier les personnels de sécurité et les pompiers qu’il faudra faire monter en compétences, car on n’intervient pas sur un feu hydrogène comme sur d’autres types de sinistres. 

Qu’en est-il de l’aspect ergonomique des postes, notamment ceuxde maintenance ?
B. D.
Intégrer des réflexions ergonomiques dès la conception d’une installation est indispensable. Au-delà de la limitation des troubles musculosquelettiques et des postures contraignantes, il s’agit aussi par ce biais de renforcer la sécurité. S’il faut se contorsionner pour atteindre certaines parties du système, on passe plus facilement à côté d’une fuite. Et en travaillant dans un espace réduit, une vanne peut être ouverte involontairement...

Propos recueillis par D. L.

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