DOSSIER

Depuis l’installation de la brasserie, des passerelles permettent d’accéder à la partie supérieure des cuves de 9 000 l et de 4 m de haut.

Depuis l’installation de la brasserie, des passerelles permettent d’accéder à la partie supérieure des cuves de 9 000 l et de 4 m de haut.

Les risques de chutes de hauteur ? On n’en a pas… » Telle est la réaction de Florian Pagis lorsque l’on aborde le sujet. Et pour cause : dans la brasserie où il travaille en tant que responsable conditionnement et maintenance, ça n’est plus vraiment une préoccupation. Même s’il y a de nombreuses interventions en hauteur.

C’est à Tarare, dans le Rhône, qu’est implantée la brasserie Ninkasi, du nom de la déesse de la bière dans la mythologie sumérienne. Avec pour concept : bière, musique, burger. Aujourd’hui, Ninkasi compte 24 restaurants, essentiellement dans la région Rhône-Alpes – dont 14 en propre – et une seule brasserie, celle de Tarare. Elle produit 36 000 hl de bière par an, en fûts et bouteilles, et emploie quatorze personnes. Pour faire face à une croissance annuelle à deux chiffres, il avait été décidé de créer un nouveau site, Tarare 2, afin d’y transférer toute l’activité brassicole. Entre-temps, la crise sanitaire est passée par là, reportant le projet.

« Je suis arrivé dans l’entreprise il y a deux ans et demi, au conditionnement, souligne Florian Pagis. C’est un métier particulièrement physique qui nécessite des ports de charge et des manutentions. Je me suis adressé au responsable du site pour évoquer l’amélioration des conditions de travail. » Il suggère aussi de faire appel à la Carsat Rhône-Alpes pour bénéficier d’aides de type « TMS Pros Diagnostic » puis « Action », destinées aux TPE. La direction le suit : « J’ai mis en concurrence plusieurs cabinets d’ergonomie pour la partie diagnostic et nous avons choisi celui dirigé par Cyril Joubert.

Ce dernier vient observer l’activité, puis propose des pistes d’améliorations portant essentiellement sur la ligne d’embouteillage. Lors de son diagnostic, Cyril Joubert a observé la bonne gestion du travail en hauteur, sur les cuves de 9 000 l et de près de 4 m de haut. Dès la transformation, en 2014, de l’ancienne teinturerie en brasserie, des passerelles avaient été installées pour accéder à la partie haute des cuves ainsi qu’un pupitre de commande du procédé de brassage.

De la bière au vin et du vin à la bière…

Riche idée puisque les brasseurs doivent y grimper plusieurs fois par jour pour ajouter du sucre, des enzymes. « J’y monte environ toutes les 10 minutes », précise Antoine Chauvet, un brasseur. « Pour les opérations – moins fréquentes – sur les petites cuves de 4 500 l, remarque Julien Berne, responsable de production, le travail se faisait sur cordes, avec un baudrier. Il y a environ deux ans, on a décidé de prolonger les passerelles pour pouvoir y accéder en sécurité. »

FLORIAN PAGIS, responsable conditionnement et maintenance chez Ninkasi

« Cela fait plusieurs années que la décision a été prise de transférer la production de bière sur un nouveau site, Tarare 2, qui devrait commencer à tourner en 2023. La direction a néanmoins accepté que l’on travaille sur l’amélioration de la ligne d’embouteillement pour réduire les ports de charges qui pouvaient atteindre plusieurs dizaines de tonnes par jour et par opérateur… tout en sachant que sur Tarare 2, la ligne serait partiellement automatisée. Cela nous a permis d’améliorer considérablement nos conditions de travail, et c’est une bonne chose pour l’image du métier, d’autant que nous embauchons régulièrement pour faire face à la production. »

Dans le cadre de ses activités, l’ergonome est amené à travailler également pour une coopérative viticole toute proche, Agamy, regroupant depuis 2016 quatre caves du Beaujolais. Elle a une capacité de production de 60 000 hl par an, dont 40 000 sur le site de Bully, dans le Rhône. Le jour de notre venue, c’était l’effervescence : les caisses de raisins pour le crémant de Bourgogne se succédaient… tandis que les toutes premières cuves de raisins destinées au beaujolais arrivaient.

C’est en 2020 qu’Agamy fait appel à Cyril Joubert : « Nous souhaitions mettre en place une démarche globale de prévention associant santé et sécurité au travail pour l’ensemble de nos sites de production », explique Marianne Pin, la responsable production et QHSE (qualité, hygiène, sécurité, environnement). Pour ce faire, elle identifie avec l’ergonome les personnes qui pourraient participer au groupe de travail devant évaluer les risques professionnels. Objectif : associer personnel technique, membre du CSE, responsable hygiène et sécurité.

Au total : un groupe de six personnes est constitué, amené à suivre la formation PRP – pour prévention des risques professionnels – de 5 jours en lien avec leur opérateur de compétences. Le groupe identifie trois risques majeurs chez Agamy : le bruit, les TMS et le travail en hauteur. Trois binômes sont créés pour travailler sur les thématiques. Pour ce qui est du travail en hauteur, l’ergonome leur propose de rencontrer les brasseurs de Ninkasi, à quelques kilomètres. Une visite croisée est organisée, permettant aux salariés d’Agamy de voir les solutions trouvées par Ninkasi. « Même si, remarque Marianne Pin, c’est beaucoup plus facile de mettre des passerelles dès la conception des locaux… Pour nous, c’est compliqué car nous devons tenir compte du bâtiment qui date de 1959. »

Des pratiques à faire évoluer

Il n’empêche, cela a permis d’ouvrir les champs des possibles et de donner quelques idées… Ainsi, une passerelle, à 2 m de hauteur, a été sécurisée sur le quai de réception des cuves de raisins, de façon à permettre aux chauffeurs d’accéder facilement et en sécurité à l’arrière de leur remorque lors des opérations de déchargement. Les sept pressoirs, en fonctionnement lors de notre venue pour extraire le jus destiné au crémant de Bourgogne, sont alimentés par deux tapis qui acheminent les raisins. Lorsqu’un pressoir est plein, il faut déplacer le tapis d’alimentation jusqu’au suivant.
L’opération était jusqu’à récemment réalisée manuellement, par un opérateur qui passait d’un pressoir à l’autre, à une hauteur d’environ 2 mètres.

« On a toujours fait comme ça, remarque Marianne Pin. Mais le risque de chute étant important, il fallait faire évoluer nos pratiques. » L’un des tapis, pour les vendanges de 2022, a été équipé d’un moteur pour supprimer ce risque. « Cela nous a coûté 6 000 € HT », précise le responsable maintenance. D’autres réflexions sont en cours pour motoriser le deuxième tapis qui alimente non pas trois mais quatre pressoirs, ce qui complexifie le sujet.

La cave comprend plusieurs dizaines de cuves, hautes de 4 m environ. Pour y accéder, pas de passerelles mais des échelles qui viennent de bénéficier de points d’accroche à leur sommet. Un petit pas pour la prévention… De plus, pour nettoyer chaque soir les carottes accrochées en hauteur, qui sont plongées dans les cuves de réception pour déterminer la qualité des raisins, le personnel montait sur les fourches des chariots. Cette pratique a cessé, les opérateurs utilisant désormais des plates-formes individuelles roulantes.

Si tout n’est pas encore parfait, au moins une démarche de prévention a été enclenchée à la suite de ces visites… Et les opérateurs de la brasserie ont été intéressés par le chargement des bouteilles sur la ligne d’embouteillage de la cave viticole. Au-delà des échanges qui ont pu naître sur les questions de prévention, il a été décidé de créer, cet automne, une nouvelle bière : une « grape ale », produite avec le jus de raisin fourni par Agamy...

AGAMY EN CHIFFRES

  • Agamy – née de la fusion, en 2016, des caves de Bully, Quincié en Beaujolais, des Vignerons Foréziens et des Coteaux-du-Lyonnais – regroupe 300 viticulteurs. Les vignes s’étendent sur plus de 1 000 hectares, dans les monts du Beaujolais, sur les reliefs volcaniques des Côtes-du-Forez et au cœur des Coteaux-du-Lyonnais.
  • Au total, 35 personnes sont employées à l’année sur les quatre sites. En période de vendanges, il faut ajouter une cinquantaine de saisonniers.
  • La capacité de production de l’ensemble est de 60 000 hl par an, la vente s’effectuant essentiellement en vrac.

Delphine Vaudoux

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