DOSSIER

Les opérations de maintenance préventive constituent une part importante de l’activité des techniciens des parcs éoliens. Chez EDF Renouvelables, ces interventions, programmées deux fois par an, présentent des risques bien maîtrisés. Si les chutes de hauteur constituent le principal danger, bien d’autres coexistent, liés à la multiplicité des tâches à effectuer.

© Gaël Kerbaol/INRS/2022

© Gaël Kerbaol/INRS/2022

Elles se dressent, imposantes, au milieu des champs, à Crédin, dans le Morbihan. Onze géantes immaculées culminant à 100 mètres de haut, dotées chacune d’un rotor de 80 mètres de diamètre. Ces éoliennes, d’une puissance de 2 MW, appartiennent à la filiale d’EDF, EDF Renouvelables, qui en exploite près de 900, réparties sur plus de 140 parcs en France. Ce matin de septembre, l’une des géantes – la C3 – est à l’arrêt. La dame d’acier n’est pas en panne : elle fête ses douze ans et, pour l’occasion, elle bénéficie d’une opération de maintenance préventive.

« Ce type d’intervention est programmé et a lieu tous les six mois, précise Jonathan Marlière, responsable de zone, chargé d’exploitation Bretagne-Vendée pour EDF Renouvelables. Le temps d’intervention varie d’une demi-journée à 2 jours pour la visite semestrielle, et peut prendre jusqu’à 3 jours pour la visite annuelle qui nécessite davantage de contrôles. » Les opérations préventives représentent 30 % de l’activité des techniciens de maintenance, contre 70 % pour les curatives.

La veille, plus de 200 kg de matériel ont été acheminés au sommet, via un treuil et une trappe amé­nagée dans la nacelle, qui abrite les composants de la turbine (boîte de vitesse, génératrice…). Valises à outils de tailles diverses, pièces à remplacer, bouteilles d’azote… tout est prêt pour que les techniciens puissent procéder à leurs vérifi­cations. « Pour des raisons de sécurité, ils opèrent en binôme, souligne Jonathan Marlière. Nous informons le centre de conduite européen d’EDF Renouvelables de leur présence sur site. Cette plate-forme contrôle en temps réel les accès de tous nos parcs éoliens, ce qui permet de gérer la coactivité. »

Une culture de la sécurité

Après avoir enfilé et vérifié leurs équipements de protection individuelle (EPI) – harnais, casque, longe antichute, chaussures de sécurité, veste ignifugée et protégée du risque électrique… –, Alexandre Salvez et François Orel s’introduisent à l’intérieur du mât et s’apprêtent à débuter l’ascension du mastodonte. Une échelle fixe s’élève jusqu’au sommet, desservant cinq plates-formes de repos, à intervalles réguliers. Mais les techniciens optent pour l’élévateur grillagé, dimensionné pour accueillir deux personnes et supporter 240 kg. À peine entrés dans la cage de métal, les deux hommes s’attachent à un point d’ancrage en acier, fixé au plafond de l’élévateur.

EN HAUTEUR, GARE AU COUP DE FOUDRE

Qui dit installation saillante dans des espaces ouverts dit risques de foudroiement. Les normes européennes de sécurité imposent aux constructeurs d’éoliennes de doter leurs machines d’une protection complète contre les décharges de foudre et les risques de surtension, ce qui se traduit notamment par la mise en place d’un système permettant d’évacuer la charge électrique à la terre. En outre, en cas d’opération de maintenance dans la nacelle, un avertisseur sonore indique aux techniciens lorsque l’air est chargé en électricité statique. Parallèlement, ils reçoivent des alertes par sms si un orage éclate à proximité. Chez EDF Renouvelables, un premier message est envoyé lorsque la foudre a été repérée dans un rayon de 50 km, un second indique qu’elle se rapproche à 20 km et un dernier alerte de la présence de l’orage dans les 10 km. Dans ce cas, pour les techniciens, la consigne est claire : ils doivent quitter immédiatement le site.

« Nous avons une culture de la sécurité très forte, c’est inhérent à notre travail, explique Marie Lalande, directrice et de la gestion des actifs France (Omega), pour la partie terrestre, d’EDF Renouvelables. Il y a une vigilance envers soi et les autres – collègues et prestataires. Les EPI sont révisés tous les ans par un organisme indépendant spécialisé dans le contrôle réglementaire des équipements de sécurité : tout ce qui n’est pas conforme est mis au rebut. Et les nouveaux employés suivent des formations pour prévenir les différents risques. »

Une formation habilitante est ainsi consacrée aux risques sur le travail en hauteur et à l’évacuation d’urgence. « Il y a une session initiale de trois ou quatre jours puis un recyclage tous les deux ans d’une journée, précise la directrice. Mais nous allons au-delà de la réglementation : nos techniciens passent en plus, chaque année, sur une tour d’entraînement pour répéter la gestuelle de l’outil d’aide à la descente en cas d’évacuation d’urgence. »

Après cinq minutes, l’élévateur s’immobilise. Reste une quinzaine de mètres à parcourir sur l’échelle, sécurisés par un rail antichute, et un passage étroit avant d’accéder enfin à la nacelle. Là, le risque de chute de hauteur disparaît, excepté en cas de sortie au sommet de la structure, par exemple, pour vérifier les appareils de mesure du vent. Mais le travail en éolienne implique une kyrielle d’autres risques liés à la variété des tâches à effectuer et au milieu confiné. En tout, 117 points de maintenance sont prévus dans l’examen annuel.

De nombreux risques

« Les techniciens vérifient et s’assurent du bon état général de chaque machine, résume Jonathan Marlière. Par exemple, ils changent tous les filtres hydrauliques et certains composants électriques. Ils s’occupent du serrage des éléments principaux de la turbine et graissent les éléments tournants, comme les roulements de la génératrice, ceux de l’arbre principal, des pales et du système gyroscopique qui permet à la nacelle de tourner en fonction de l’orientation du vent. Ils s’assurent aussi du bon fonctionnement des systèmes de freinage d’urgence et rechargent en azote les accumulateurs ont pour rôle d’arrêter les pales en cas de coupure réseau. »

LIMITER LES MONTÉES

ÉC’est la mesure de prévention la plus efficace pour réduire l’exposition aux nombreux risques associés au travail sur nacelle : éviter les ascensions inutiles. Un point qui doit être pris en compte dès la conception de la machine. Cela nécessite d’installer certains équipements – comme les transformateurs, les batteries de secours… – en pied d’éolienne plutôt qu’au sommet. Au rez-de-chaussée de la structure, les techniciens doivent aussi pouvoir avoir accès, sur un écran, à différentes informations importantes telles que la vitesse du vent et du rotor, ou la production électrique associée ainsi qu’à des commandes stratégiques comme la mise en marche et l’arrêt de certains mouvements. Un équipement de diagnostic et de localisation des pannes doit aussi être accessible sans avoir à monter dans la nacelle.

Autre mission incontournable : vérifier le dispositif ResQ, le descendeur d’urgence utilisé, en cas d’incendie notamment, pour évacuer rapidement la nacelle. « Il faut s’assurer qu’il est encore sous vide et que la languette qui indique le taux d’humidité est intacte. Sinon il pourrait être endommagé », décrit le responsable. À toutes ces tâches sont associés des risques spécifiques – électrique, mécanique, hydraulique… – pour lesquels les opérateurs ont également été formés.

En cas d’accident ou s’ils observent des situations présentant des risques, ils doivent aussi remonter l’information via un outil dédié, qui entraînera une analyse et, le cas échéant, la mise en place de mesures. Pour l’heure, les chiffres d’accidentologie sont faibles. « En 2021, quatre accidents ont nécessité un arrêt de travail sur 1 300 employés – dont font partie les 220 membres de l’équipe Omega », avance avec enthousiasme Marie Lalande.

L’opération de maintenance achevée, les techniciens redescendent par l’élévateur et remettent l’éolienne en marche. Au bout de quelques minutes, le rotor de la C3 retrouve sa vitesse de croisière, comprise entre 12 et 15 tours par minute, soit plus de 300 km/h en bout de pale. Au pied de l’éolienne, Alexandre et François ont terminé leur journée, mais pas question pour autant de quitter leur casque : « Tant que nous sommes dessous, il y a toujours des risques, bien que faibles, par exemple, de projection de glace, en hiver. »

Corinne Soulay

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