DOSSIER

Un espace de coworking vient d’ouvrir au Creusot. Sa gérante a pris en compte un certain nombre d’éléments ergonomiques lors de son aménagement, pour assurer un confort de travail et un bien-être aux usagers du lieu.

Un cahier des charges a défini les premières orientations, et de nombreux ajustements se sont faits au fur et à mesure des observations. Des visites individuelles avec les membres du groupe de travail ont alimenté les réflexions.

Un cahier des charges a défini les premières orientations, et de nombreux ajustements se sont faits au fur et à mesure des observations. Des visites individuelles avec les membres du groupe de travail ont alimenté les réflexions.

TOUT JUSTE inauguré le reportage a été réalisé avant l’ouverture, alors que les travaux étaient encore en cours, Univers Co est le premier espace de ce type à ouvrir dans la ville du Creusot, en Saône-et-Loire. Cet endroit, qui offre désormais dans cette ville de 21 000 habitants un lieu de travail nomade et de rencontres, a vu le jour à l’initiative de Sylvie de Jesus. C’est dans le cadre d’une formation de reconversion que cette dernière, auparavant ergonome à l’Aract Bourgogne-Franche-Comté, a pleinement pris conscience de son envie de se lancer dans l’animation d’un tiers-lieu. L’idée de ce projet à monter de toutes pièces a mûri en partant de l’ancien commerce tenu par ses parents dans le centre-ville. Pour avancer, « je suis partie de mes connaissances de terrain, déclare-t-elle. En parallèle, j’ai constitué des petits groupes de travail avec des personnes d’horizons, d’âges, de parcours et d’attentes divers pour alimenter la réflexion ».

La famille n’était jamais loin non plus : sa fille de 25 ans, pour avoir le regard d’une autre génération ; sa sœur ; son frère commerçant… Tous les conseils et avis étaient les bienvenus.
« J’ai aussi beaucoup échangé avec un espace de coworking de Dijon et le fondateur d’un autre espace à Louviers, complète-t-elle. Ce dernier m’a donné des conseils, comme avoir une connexion internet de très bonne qualité, ou ne pas chercher à équiper tout d’emblée mais prendre le temps d’échanger avec les premiers usagers sur des ajustements possibles. »

Essor du télétravail

Un cahier des charges a défini les premières orientations, et de nombreux ajustements se sont faits au fur et à mesure des observations. Le projet initial comptait cinq bureaux fermés, il a été revu pour n’en garder que deux. « Pour l’aménagement, je suis partie de ma propre pratique, de mes attentes et exigences au bureau, poursuit Sylvie de Jesus : une connexion internet fiable, suffisamment d’espace pour se déplacer sans déranger les autres, une lumière non agressive… » Avec la préoccupation constante d’un projet qui reste très souple, et puisse évoluer et s’adapter à de futurs besoins. Dans le principe, tout le mobilier peut se déplacer, les tables sont pliantes pour une reconfiguration à volonté.

TRAVAIL NOMADE PRÉPARATION DE PEINTURE

Depuis plusieurs années se développent des pratiques de travail nomade, qui voient les salariés exercer occasionnellement leur activité hors du bureau, soit à leur domicile, soit dans un tiers lieu. Le confinement est venu accélérer cette tendance, et le recours massif au télétravail devrait désormais s’intégrer aux organisations des entreprises. Avec de multiples questionnements associés. Car l’utilisation des nouvelles technologies hors du bureau est aussi à l’origine de dégradations des situations de travail, qu’une large part de la population a subies au printemps 2020 : intensification du travail, trop-plein d’informations, diminution des relations interpersonnelles et des collectifs de travail, disparition des frontières vie professionnelle-vie privée du fait de la suppression de frontière physique entre domicile et bureau, sans oublier les problématiques de troubles musculosquelettiques.

L’espace de 350 m2 est situé dans un bâtiment de la fin du XIXe siècle. Il est désormais organisé autour de l’espace ouvert principal de 200 m2 prévu pour accueillir 25 postes de travail le nombre nécessaire pour rendre le modèle économique viable, et comporte deux bureaux fermés, une salle de réunion de 65 m2, une cuisine de 13 m2, des sanitaires. La présence de grandes vitrines ouvrant sur l’extérieur offre la possibilité d’aménager la salle de réunion en show-room ou en espace d’exposition avec entrée indépendante. 

« Cet espace correspondait parfaitement au projet, commente Sylvie de Jesus. Il était assez facile d’adapter l’activité et l’organisation du lieu à l’existant. En me lançant en 2019, je pariais sur une mutation du travail, en particulier l’essor du télétravail. La crise sanitaire est venue accélérer le mouvement. Mais s’il s’est développé dans toutes les entreprises, il ne convient pas à tout le monde. » C’est pourquoi ce lieu se veut avant tout comme un espace de rencontres et d’échanges, pour prévenir les risques liés notamment à l’isolement. En revanche, il n’a pas vocation à devenir un ieu de travail habituel pour quelque travailleur en mal de local. 

« J’ai veillé très tôt à mettre à disposition des chaises ergonomiques, qui ont nécessité un budget conséquent, ainsi que de grands écrans », insiste-t-elle. Pour limiter les nuisances sonores et favoriser le confort acoustique, des cloisons antibruit ont été installées. La question s’est posée d’une ventilation simple ou double flux. Le budget a été un critère, et au final le choix du simple flux est apparu comme meilleur en termes de qualité de l’air. 

DES PROFILS D’UTILISATEURS TRES VARIÉS

Les espaces de coworking qui se multiplient dans les villes répondent à des attentes très variées. Certains sont généralistes, d’autres se spécialisent dans des secteurs d’activité ou vers des profils plus précis. Univers Co se veut volontairement ouvert à tous types de profils et d’attentes : freelance en manque de relations sociales, consultants qui réalisent des bilans de compétence et des accompagnements de VAE, entrepreneurs cherchant à nouer de nouveaux contacts… Les secteurs d’activité possiblement intéressés sont également très variés : web-informatique, graphisme-design, ressources humaines, commerçants, bureaux d’études, associations, ou encore des agences immobilières pour leurs assemblées générales. 

« D’ailleurs, malgré la Covid, juste avant l’ouverture, les questions des futurs usagers ne portent pas sur le système de ventilation intérieur, ni sur les distances minimales entre les postes », remarque-t-elle. La verrière centrale apporte une lumière zénithale qui joue également sur le bien-être. « Niveau éclairage, j’étais très réticente à opter pour des leds, affirme-t elle. J’ai convaincu l’électricien d’aller sur des luminaires classiques ». Qu’elle a elle-même testés au préalable.

Triptyque économie-sécurité-qualité

Le projet, dont le budget total avoisine les 200 000 euros, a bénéficié de trois aides financières, dont une de la communauté urbaine du Creusot-Montceau et une du conseil régional Bourgogne-Franche-Comté. « Sylvie est arrivée avec son projet, dans l’optique d’échanger pour infirmer ou conforter des options, remarque Marielle Teyre-Kirat, entrepreneuse, ancienne présidente du pôle femmes de la CPME 71 et membre du groupe Lianes, association locale d’entrepreneurs s’impliquant dans le développement territorial. Les modes de travail changent, tant du point de vue des entrepreneurs que des collaborateurs. Dans la période chahutée que nous traversons, il est important de jauger la pertinence d’idées préalables et leur adéquation avec les besoins et les contraintes de 2021. On peut dire que Sylvie ne s’est pas trompée dans son questionnement sur la façon de travailler ensemble et de faire se rencontrer les gens. Elle apporte à ce territoire des outils modernes, avec de la convivialité. »

L’espace étant désormais ouvert, Sylvie de Jesus prévoit d’ajuster le fonctionnement du lieu en fonction des remarques et des retours des usagers. Le règlement intérieur sera également rédigé en impliquant les usagers réguliers. « Comme nous l’a enseigné la crise sanitaire ces derniers mois, on est dans une itération permanente », conclut-elle. 

Céline Ravallec

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