DOSSIER

Le groupe Sidel conçoit des lignes de conditionnement. Il propose à ses clients des dispositifs d’assistance à distance, notamment pour des opérations de maintenance. Rencontre avec Sébastien Brun, responsable connectivité chez Sidel.

Travail & Sécurité. Pourquoi vous être intéressé à l’assistance à distance ?
Sébastien Brun. Notre volonté était au départ de permettre à nos clients de gagner en efficacité et en réactivité, que ce soit pour remédier à une panne, pour optimiser le fonctionnement des lignes ou pour faire évoluer leurs équipements. Changer le format des bouteilles, par exemple. Nous mettons aujourd’hui en œuvre deux solutions techniques complé­mentaires. La première consiste à autoriser nos experts à se connecter à distance aux équipements afin de visualiser les paramètres mais également, si nécessaire, de modifier le programme des composants. Ils deviennent ainsi capables de poser un diagnostic en cas de problème et de le résoudre, mais aussi de faire évoluer la configuration des équipements. Lorsqu’une opération nécessite une intervention physique, notre « remote vidéo assistance » entre en jeu. Ce système de partage vidéo fonctionne sur tout type d’écrans smartphone, tablette, ordinateur portable, les lunettes connectées étant l’option la plus avancée car elles permettent à l’opérateur qui les portent de conserver les deux mains libres pour réaliser des opérations. 

Comment cela se passe-t-il ?
S. B.  Dans le cas des écrans « classiques », le salarié qui fait la demande d’assistance reçoit un lien, exactement comme pour une visioconférence. Cela lui permet de se connecter au système. La liaison avec la paire de lunettes se fait quant à elle par le biais d’une application installée sur les lunettes elles-mêmes, munies également d’une caméra, d’un écran, d’un micro et d’un casque audio. Notre expert, situé dans nos locaux, peut ainsi voir par les yeux de l’opérateur et le guider pas à pas, afin d’effectuer une intervention dans des conditions sûres. Le fait de compléter le canal audio par des éléments visuels permet de limiter la déperdition d’infor­mations : dans une ambiance sonore bruyante les risques d’incom­préhension ne sont pas négli­geables. Le recours, en plus, à la réalité augmentée constitue un vrai atout en matière de sécurité. Dans son bureau, notre technicien utilise un système qui filme sa main pour la faire apparaître en surimpression de l’image captée par les lunettes ou le smartphone de l’opérateur sur le terrain : il peut ainsi désigner les éléments à manipuler et la façon de le faire. S’il peut aussi utiliser un pointeur, l’incrustation de sa main a l’avantage de montrer précisément les mouvements à réaliser, limitant ainsi le risque d’erreurs, qui pourraient s’avérer dangereuses pour l’opérateur. Autre effet positif de nos solutions à distance : elles limitent les déplacements de nos collabo­rateurs, ce qui réduit les risques routiers.

Ces nouvelles technologies ne peuvent-elles pas déplacer les risques ?
S. B.  En effet, nos experts en support technique ont attiré notre attention sur l’importance de s’assurer que la personne sur le terrain est bien apte à effectuer les manipulations qui lui sont demandées. Même si les opérateurs qui contactent nos experts sont généralement ceux qui travaillent sur les lignes et sont donc en principe habilités à réaliser ces tâches, nous réfléchissons actuellement à un moyen de nous en assurer. Une première solution va être rapidement mise en place : lorsqu’une demande d’assistance nous parviendra, nous enverrons, en même temps que le lien de partage vidéo, une liste recensant les qualifications, les accréditations et les équipements de protection individuelle néces­saires pour réaliser l’opération. Il en va de notre responsabilité. 

PAROLE D’EXPERT

« Si les technologies de maintenance à distance permettent dans certains cas d’apporter une aide aux salariés sur le terrain, il faut cependant rester vigilant, souligne Corinne Grusenmeyer, responsable d’études au laboratoire ergonomie et psychologie appliquées à la prévention de l’INRS. Au-delà des difficultés liées à leur appropriation et utilisation, ces technologies reposent essentiellement sur des informations visuelles. Or, les savoir-faire des salariés de maintenance reposent également sur un examen de l’environnement global de l’équipement et font appel à l’ensemble de leurs sens. Une odeur caractéristique ou un bruit spécifique peuvent orienter leurs diagnostics, et les alerter sur un risque. Des stimuli que les objets connectés ne permettent pas encore d’intégrer. » En outre, ce type de procédé ne manque pas de poser la question de la responsabilité des employeurs respectifs et de l’établissement d’un plan de prévention qui lierait les deux entreprises qui interagissent au cours des opérations.

Damien Larroque

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