DOSSIER

En 2007, a été lancée à l’AP-HP la mission Fides, créée par la direction générale et le professeur Michel Reynaud, psychiatre addictologue. Il s’agissait d’en faire une mission institutionnelle de prévention et de prise en charge des addictions pour le personnel de l’AP-HP, en sortant de l’approche purement médicale. Le point dix ans plus tard.

Avec un effectif de 100  000 employés répartis sur 39 hôpitaux, l’AP-HP se retrouve inévitablement confrontée à des cas de pratiques addictives parmi son personnel, médical et non médical. Pour se saisir du sujet, l’institution a créé début 2007 la mission Fides (confiance en latin) dans l’objectif de mettre en œuvre une politique de prévention et de prise en charge des addictions liées à la consommation de produits psychoactifs, en particulier l’alcool.

La mission a, dans les premiers temps, permis de monter avec la direction de la formation de l’AP‑HP un programme de formation de quatre jours sur le sujet. Celui-ci s’adressait aux médecins du travail et à leurs équipes, aux DRH, aux assistants sociaux, aux représentants du personnel et aux préventeurs. Il s’agissait de sensibiliser ces différentes catégories d’acteurs, changer leur regard sur l’addiction, notamment sur le fait qu’il s’agit d’une maladie chronique, et leur donner les premiers outils pour savoir réagir face à une personne présentant un comportement inhabituel, potentiellement lié à la consommation d’un psychotrope.

REPÈRES

La mission Fides a créé une charte sur la prévention et la prise en charge des addictions pour le personnel. « La relation de confiance entre tous est le fondement de l’action de la mission », annonce la charte. Elle contient dix points : sensibiliser, former, mobiliser, impliquer, accompagner, respecter, fédérer, engager, valoriser, changer.

« Dans un second temps, il nous a paru important de nous adresser aussi aux cadres, pour lesquels une formation spécifique a été montée, explique Isabelle Chavignaud, chargée de coordination de la mission. Ils ont en effet un rôle pivot dans cette approche. » Si l’alcool reste le produit le plus consommé, le cannabis se rencontre de plus en plus chez les plus jeunes. Les médicaments sont également présents, mais les usages difficilement quantifiables.

Le risque évolue, la mission aussi

« Nous nous orientons vers un repérage le plus précoce possible, poursuit Isabelle Chavignaud. Mais le sujet est encore tabou. Il faut combattre l’idée que l’on aborde un sujet d’ordre privé. Bien sûr, les gens font ce qu’ils veulent à l’extérieur. Mais lorsque l’alcool – ou ses effets – s’invite au travail, il faut le prendre en compte, en évitant le sentiment de délation, et convaincre que couvrir un collègue ne lui rend pas service. » Tout le monde est concerné, tout le monde est acteur, tout le monde est légitime. « Pour les soignants, il faut se mettre dans la peau d’un collègue qui voit une personne en souffrance, et non d’un soignant. »

Depuis dix ans, l’addictologie a évolué, et la mission Fides tout autant. Tous les ans, une cinquantaine de nouvelles personnes sont formées. Tous les ans, une thématique de travail est définie au sein de la mission. Des groupes locaux ont été formés dans les douze groupements hospitaliers que compte l’AP-HP. Ils organisent des journées de sensibilisation, sous forme de pièces de théâtre ou de rencontres, afin de travailler sur les représentations sociales, de discuter autour du sujet.

« Nous cherchons à créer des relais à travers des réseaux de proximité, témoigne encore Isabelle Chavignaud. La principale difficulté que nous rencontrons réside dans les départs de personnes actives dans la mission. Les gens bougent au fil du temps, et les acquis se dispersent. C’est un travail à fournir sur le long terme, il faut toujours recommencer, ne jamais lâcher pour transmettre un maximum. Et aujourd’hui, on se rend compte qu’il faut commencer très tôt, auprès des étudiants. »

DES ENQUÊTES POUR AGIR

Des enquêtes sont menées par la mission Fides pour mieux connaître la réalité du terrain. Une première a été réalisée en 2015 auprès d’étudiants en 3e année d’études paramédicales (infirmiers et kiné), montrant un phénomène d’alcoolisation ponctuelle importante le week-end. Une autre réalisée dans deux hôpitaux a porté sur l’automédication, en particulier sur les médicaments psychotropes. Un questionnaire adressé aux internes en dernière année portant sur leur consommation de substances psychoactives, les quantités consommées, leur sommeil, a été diffusé l’année dernière. Au total, 4 058 réponses ont été obtenues. Le dépouillement touche à sa fin et les résultats devraient être présentés dans les prochains mois. Un nouveau projet d’enquête sur le personnel de nuit est en cours de réflexion. « Toutes ces informations recueillies nous permettront de mieux connaître les pratiques par catégorie de personnel et d’agir ensuite en conséquence », estime Isabelle Chavignaud.

Céline Ravallec

Haut de page