DOSSIER

Unicéa Services, entreprise familiale d’aide à domicile basée à Romorantin dans la région Centre-Val-de-Loire, mise sur la formation pour recruter et fidéliser ses salariés, mais aussi pour faire progresser la prévention des risques professionnels. Avec la création de la société MCFE2S, elle se donne les moyens de ses ambitions.

Dans l'appartement reconstitué, les stagiaires se familiarisent avec les équipements et les aides techniques. Un mannequin réaliste et articulé leur permet d'apprendre à accompagner les déplacements en sécurité pour les bénéficiaires comme pour eux-mêmes.

Dans l'appartement reconstitué, les stagiaires se familiarisent avec les équipements et les aides techniques. Un mannequin réaliste et articulé leur permet d'apprendre à accompagner les déplacements en sécurité pour les bénéficiaires comme pour eux-mêmes.

C'est en 2010, à Romorantin, en Sologne, que Romain Marsias fonde Unicéa Services, société de prestations de bricolage et de jardinage. Mais le carnet de commandes ne se remplit pas assez vite. Le dirigeant décide alors de faire évoluer l’entreprise vers le secteur de l’aide à domicile. Un choix payant puisqu’il emploie aujourd’hui 40 salariés qui assistent des personnes âgées ou handicapées dans les gestes de la vie courante, l’entretien de leur logement et leurs déplacements. Mais recruter et fidéliser les collaborateurs demeure un sérieux point d’achoppement.

« Le métier est exigeant, physiquement et moralement. Le turn-over dans notre secteur d’activité est élevé, constate Romain Marsias. Ces dernières années, de nombreux auxiliaires de vie expérimentés se retirent du marché pour prendre leur retraite ou parce qu’ils sont usés. L'embaucher de professionnels formés est devenue rude. » Ces difficultés de recrutement sont à l’origine de la création en 2016 de MCFE2S, organisme national dont Sophie Landrin, la mère de Romain, prend les rênes. « Nous proposons aux personnes non qualifiées que nous engageons chez Unicéa Services un parcours d’apprentissage global au métier d’aide à domicile », indique-t-elle. Objectif : leur permettre d'acquérir les connaissances et les bonnes pratiques afin d'exercer leur activité le plus efficacement sans s'abîmer physiquement et psychologiquement.

Pour comprendre les tenants et les aboutissants de la profession, les stagiaires bénéficient de formations en ligne et en présentiel. Le temps se partage entre la salle de classe pour l’enseignement théorique et la reconstitution d’un appartement pour les travaux pratiques. « Il y a une chambre, une cuisine, une salle de bains et un débarras. Ce dernier est volontairement un peu en fouillis pour correspondre à la réalité des domiciles », explique Sophie Landrin. Et la salle de bain exiguë ne possède pas de douche. Car dans la vraie vie, tout n’est pas parfait.. 

Ne pas faire seul ses premiers pas

Dans la chambre, les futurs auxiliaires de vie se familiarisent avec les équipements et aides techniques comme le lit médicalisé, le drap de glisse ou le lève-personne. Si auparavant, pour les besoins des exercices, un stagiaire jouait le bénéficiaire, aujourd’hui Lili-Rose a repris le rôle. Sous ce sobriquet d’actrice hollywoodienne se cache un mannequin articulé de plus de 50 kilos permettant aux stagiaires d’apprendre à manipuler les corps sans faire mal et sans se faire mal. 

REMPLAÇANTES

Pour faire face aux imprévus, Unicéa Services a créé deux postes d’aides à domicile itinérantes. Celles-ci prennent le relais, au pied levé, de leurs collègues ne pouvant se rendre chez les bénéficiaires (maladie, panne de voiture…). « C’est rassurant d’arriver le matin et de savoir qu’en cas de problème, nous pouvons compter sur les itinérantes, confirme Orlane Lhonore, coordinatrice de secteur. Avant, c’était la panique. Il fallait prévenir le client, trouver une remplaçante… Maintenant, le stress a disparu. » Pour occuper ces postes, il fallait des personnes volontaires et capables de prendre en charge toutes les prestations. « En compensation du travail dans l’urgence et des kilomètres parcourus, le salaire a été réévalué, précise Sophie Landrin. Nous ne savions pas au départ si cette stratégie serait rentable. Je peux vous dire aujourd’hui que nos itinérantes sont occupées à temps plein et qu’au vu des avantages, le jeu en vaut la chandelle. »

« La formation aborde le savoir-faire du métier mais également les risques auxquels il expose, souligne Patricia Brousse, contrôleuse de sécurité à la Carsat Centre-Val-de-Loire. Ceux liés au port de charge et aux postures pénibles, bien sûr, mais aussi ceux associés à l’utilisation de produits d’entretien. » Les stagiaires apprennent ainsi à repérer les situations dangereuses présentes dans les habitations. Ils sont d’ailleurs encouragés à les signaler pour pouvoir y remédier en acquérant du matériel ou en se rapprochant de la famille du client lorsque les solutions résident dans le réaménagement du domicile, par exemple.

Dernière étape du parcours de formation : une semaine de tutorat avec une collègue expérimentée. « Les cursus pour devenir aide à domicile sont bien trop souvent uniquement théoriques et ne préparent pas assez à la réalité du terrain, affirme Sophie Landrin. Pousser les nouveaux directement dans le grand bain, c’est prendre le risque de les voir abandonner rapidement. » 

« J’aurais aimé être préparée comme je le fais avec mes collègues, confirme Adeline Petat, auxiliaire de vie mais également tutrice. Je me souviens m’être sentie assez démunie lorsque je me suis retrouvée pour la première fois devant un vieux monsieur à qui je devais faire une toilette. » Outre le tutorat initial, les employés qui ressentent le besoin d’une remise à niveau sur certains aspects du travail peuvent demander à repartir sur le terrain en binôme. 

NON BINAIRE

Baptisé Lili-Rose par les stagiaires de MCFE2S, le mannequin avec lequel les stagiaires s’entraînent à manipuler les corps est anatomiquement réaliste. Ses organes génitaux féminins peuvent être remplacés par un sexe masculin permettant d’apprendre les gestes d’une toilette sur une femme et un homme. Détail qui pourrait sembler trivial mais qui a son importance, le pénis factice peut être mis en érection. « On en parle librement, on explique comment réagir. Ça dédramatise cette situation délicate qui peut être mal vécue si on n’y est pas préparé », explique Adeline Petat, auxiliaire de vie.

Les tuteurs partagent avec les responsables leurs connaissances des limites et des points forts de leurs collègues, ce qui permet d’affecter certaines missions aux personnes les plus qualifiées pour les remplir et faire monter en compétences les autres. Ce qui signifie moins de stress pour tous. Face au succès de ce dispositif, le nombre de tuteurs passera prochainement de deux à quatre.

Connaître ses limites d’intervention

Avec ce parcours de formation, la direction cherche aussi à transmettre l’idée que l’aide à la personne est un vrai métier, afin de revaloriser les salariés à leurs propres yeux. Ils ne sont pas là pour donner un coup de main, ce sont des professionnels avec un savoir-faire. Et il y a des règles. « Il ne faut pas accepter de continuer à travailler après avoir débadgé car, en cas d’accident, le travailleur n’est plus couvert, tient à souligner Romain Marsias. Cela peut paraître un peu dur, mais la bonne marche à suivre consiste à dire au patient d’appeler nos services pour obtenir ce dont il a besoin. » 

Cette prudence doit aussi être celle de la direction qui doit être vigilante et interpeller le bénéficiaire ou sa famille si les conditions au domicile ne sont pas suffisantes pour garantir la sécurité de son personnel. Si la famille n’accepte pas un lit médicalisé par exemple. « J’ai connu une structure qui, avant de dire stop, a eu quatre accidents du travail de salariés qui aidaient une personne en surpoids à se lever et à se coucher sans aide technique, relate, consternée, Patricia Brousse. Il ne faut surtout pas en arriver là. »

Écoutés et valorisés, les salariés d’Unicéa Services s’investissent. « Nous l’avons constaté au moment du confinement lié à la Covid-19. Pas un seul arrêt de travail, raconte Romain Marsias. S’appuyer sur la formation et la prévention des risques pour fidéliser les salariés, ça marche. » En témoigne la réduction du turn-over dans l’entreprise. « Certaines structures d’aide à la personne estiment que former leurs employés est une perte de temps et d’argent car ils ne restent pas suffisamment longtemps dans l’entreprise. Mais c’est tout l’inverse ! Les salariés restent, car ils ne pas formés », conclut Patricia Brousse.

AIDES DE LA CARSAT CENTRE-VAL-DE-LOIRE

La Carsat Centre-Val-de-Loire a soutenu Unicéa Services en finançant la formation de 24 salariés aux risques professionnels et à l’utilisation des aides techniques. Unicéa Services a également bénéficié de financements pour acquérir des tablettes, des kits d’aides techniques… 

Damien Larroque

Haut de page