DOSSIER

Flex office, open space, bureaux individuels, télétravail… à l’heure où la vie de bureau
est complètement bousculée par la pandémie, se pose inexorablement la question de l’organisation du travail dans le « monde d’après ». Pour autant, le sujet de l’évolution des modes de travail au bureau ne date pas d’hier. L’organisation des espaces de travail conditionne le fonctionnement même de l’entreprise, ses performances et, bien sûr, le bien-être de ses salariés.

L’installation effective des salariés dans de nouveaux espaces de travail ne clôture pas un projet. Elle doit être prolongée par l’évaluation de l’usage de ces nouveaux lieux, et la mise en place d’ajustements si nécessaire.

L’installation effective des salariés dans de nouveaux espaces de travail ne clôture pas un projet. Elle doit être prolongée par l’évaluation de l’usage de ces nouveaux lieux, et la mise en place d’ajustements si nécessaire.

RETROUVERONS-NOUS un jour les bureaux brutalement quittés en mars 2020 dans les mêmes conditions que nous les avons laissés ? Ou est-ce que « la journée de travail de 9 heures à 17 heures est morte », comme l’a récemment affirmé l’entreprise américaine Salesforce ? La crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19 est brusquement venue rebattre les cartes de l’organisation du travail dans les bureaux, tant dans l’espace que dans le temps. Même si 77 % des entreprises déclaraient avoir pour objectif en 2021 de faire revenir leurs collaborateurs au bureau (enquête Génie des lieux, février 2021), la crise pose la question désormais de l’organisation de ces lieux, leur fonction, et jusqu’à leur raison d’être.

Quelque 20 millions de personnes travaillent dans un bureau en France, soit plus des trois quarts des actifs du pays. Avec l’arrivée des technologies de l’information et de la communication, l’organisation du travail a évolué plus vite que l’immobilier de bureau. En facilitant des échanges d’informations et des interactions à distance, elles ont engendré une occupation nouvelle des espaces de travail : bureaux fermés mais aussi open space, flex office, espaces dynamiques… L’observatoire Actineo sur la qualité de vie au travail  montrait qu’en 2019, 66 % des actifs français travaillant en bureau occupaient un bureau fermé individuel ou partagé et 34 % un espace collectif ouvert. 

« Les open spaces sont moins répandus qu’on ne le pense, et concernent majoritairement des entreprises de plus de 200 salariés, dans des grandes métropoles, donc plutôt des sièges sociaux », constate Mathilde Silvan, experte d’assistance conseil à l’INRS. Le flex office, dans lequel un salarié n’a plus de place attitrée mais peut s’installer chaque jour à un poste différent, concernait 14 % des salariés. Des espaces de travail dynamiques, favorisant selon les besoins soit la réflexion et la concentration, soit le partage et la coopération, soit la mutuali­sation et la communication, se développent également : sur une même journée, la personne change plusieurs fois de lieu en fonction de son activité. 

« Ces évolutions sont surtout portées par de grandes entreprises, qui ont à gérer un parc immobilier, complète Éric Liehrmann, responsable du pôle approche globale des situations de travail à l’INRS. La question des espaces de travail au bureau et leur conception reste plus pauvre du côté des TPE-PME, et se pose différemment. »

Des lieux de travail inadaptés aux besoins

À l’origine de 1,8 % des accidents du travail déclarés en 2019, les bureaux demeurent des lieux peu accidentogènes. S’il est encore trop tôt pour dire comment vont évoluer les espaces de travail et connaître la façon dont ils seront occupés et utilisés, les principes généraux de prévention devront continuer à être appliqués dans les projets immobiliers. En commençant par questionner le travail : les métiers du tertiaire recouvrent en effet des activités multiples. Or les principes d’aménagement intègrent trop rarement la diversité du travail réel. 

PAROLES D’EXPERTS

PATRICK CHEVRET, responsable du laboratoire acoustique au travail à l’INRS, 
« Bruit au travail et ressources cognitives ne font pas bon ménage. Une analyse préalable de l’activité est indispensable avant d’aménager des bureaux. De plus, pour limiter les nuisances sonores, les matériaux et le mobilier (plafond de classe A, bulles d’isolement, types de cloisons) doivent être définis à partir des enjeux acoustiques au niveau du poste de travail et en fonction des interactions entre les postes voisins. » 

KEVIN DESBROSSES, responsable d’études à l’INRS,
« Au travail, les postures sédentaires, impliquant une posture assise prolongée associée à une très faible dépense énergétique, peuvent entraîner des risques en matière de santé : pathologies cardiovasculaires, troubles métaboliques, problèmes de santé mentale, TMS… Si ces atteintes à la santé nécessitent souvent une période d’exposition prolongée, des désordres physiologiques peuvent être observés après quelques semaines d’exposition. Tous ces effets doivent être pris en compte lors de la conception et l’aménagement d’un espace de bureaux. »

À cet égard, toujours selon le baromètre Actineo de 2019, si l’espace de travail était perçu comme très important pour la santé et le bien-être, la performance, et le relationnel, 66 % des insatisfaits au travail estimaient que leur lieu de travail n’était pas adapté à leurs besoins. D’où l’importance d’un projet d’entreprise qui soit partagé par le plus grand nombre et d’y impliquer le plus tôt possible salariés et instances représentatives du personnel. 

Car les futures conditions de travail doivent faire l’objet d’une attention particulière très tôt dans un projet d’aménagement de bureaux, en particulier si cela a des effets sur l’organisation du travail : prise en compte des risques liés à l’environnement physique tels que l’ambiance acoustique, l’ambiance thermique et la qualité de l’air intérieur, l’éclairage, etc. Sans oublier les facteurs de risques psychosociaux tels que d’éventuelles difficultés dans l’appropriation de l’espace ou dans la gestion de l’exposition continue au regard des autres… 

Aller vers des choix flexibles

« Le flex office peut par exemple être à l’origine d’une dépossession de son espace de travail », observe Mathilde Silvan. C’est pourquoi « la conception des nouvelles modalités d’aménagements de bureaux, souvent associés aux démarches qualité de vie au travail des entreprises, doit intégrer les exigences d’une démarche de prévention, insiste Laurent Kerangueven, expert d’assistance conseil à l’INRS. D’autant que certaines organi­sations posent de nouvelles questions, en premier lieu sur l’intégration des nouveaux arrivants sur des postes en “flex office”, non attribués individuellement. En effet, il peut être difficile de nouer des contacts, de s’intégrer dans les collectifs, de se familiariser avec la culture d’entreprise, alors que l’on a besoin de repères spatiaux, relationnels et organisationnels lorsque l’on arrive dans une nouvelle entreprise ».

Enfin, il est important d’intégrer que l’installation effective des salariés dans de nouveaux espaces de travail ne clôture pas un projet. Elle doit être prolongée par l’évaluation de l’usage de ces nouveaux lieux, et la mise en place d’ajustements si nécessaire. Les programmes d’aménagements de bureaux qui illustrent ce dossier ont tous été lancés avant la pandémie. Finalement, les choix retenus se sont avérés adaptés aux contraintes sanitaires et organisationnelles apparues depuis. « Cela illustre que pour qu’un projet immobilier donne satisfaction au plus grand nombre, il faut opter pour des choix modulaires et flexibles. Tout en répondant aux besoins des activités du moment, ils pourront plus facilement intégrer les changements organisationnels futurs ainsi que des événements imprévisibles tels que la pandémie », conclut Éric Liehrmann.  

EN SAVOIR PLUS

  • TUTOPREV’ ACCUEIL. Travail de bureau, ED 4469, INRS  
  • « OUTIL D’ÉVALUATION des risques professionnels - Travail de bureau », logiciel en ligne, outil 69, INRS-Assurance maladie-risques professionnels.
  • ÉCRANS DE VISUALISATION. Santé et ergonomie, ED 924, INRS. 
  • ENVIRONNEMENT SONORE en bureaux ouverts. Évaluation de la gêne et démarche d’amélioration, ED 6402, INRS.
  • TRAVAILLER dans un bureau : des risques à ne pas sous-estimer », « Hygiène & Sécurité du Travail n° 248, 4e trimestre 2017, INRS

Céline Ravallec

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