DOSSIER

Sur son campus industriel landais de Tarnos, Safran Helicopter Engines a construit
un bâtiment pour regrouper ses activités tertiaires. Dès les prémices de ce projet, direction, salariés, CHSCT et experts en prévention ont intégré les conditions de travail dans leurs réflexions. Avec l’objectif de mieux travailler en équipe, sans se gêner les uns les autres.

Un faux plafond absorbant contribue à l’ambiance feutrée des espaces de travail. Tout comme le revêtement textile au sol, moins source d’allergies qu’une moquette, et qui atténue aussi les sons.

Un faux plafond absorbant contribue à l’ambiance feutrée des espaces de travail. Tout comme le revêtement textile au sol, moins source d’allergies qu’une moquette, et qui atténue aussi les sons.

DU TOIT, la vue est imprenable sur la forêt landaise et les Pyrénées. La direction support et services (D2S) est l’un des trois nouveaux bâtiments que compte depuis peu le site de Tarnos, dans les Landes, de Safran Helicopter Engines, fabricant et réparateur de moteurs d’hélicoptères. Celui-ci regroupe l’ensemble des activités tertiaires : administration, service commercial, services supports.... L’édifice rectangulaire de 9 000 m2 sur trois niveaux entoure un patio accessible aux 600 salariés qui y sont installés depuis 2019. 

L’entreprise a intégré la question des conditions de travail dès 2014, au début du projet Cap 2020, qui consistait à élaborer ces nouveaux espaces de travail. « En 2015, à l’initiative de Jean-Bernard Betbeder, le premier chef de projet, l’équipe chargée de la conception des lieux nous a présenté son programme car elle souhaitait s’assurer de n’avoir rien oublié concernant les risques professionnels, explique Xavier Dotal, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine. Les différents risques y étaient bien pris en compte. Des objectifs précis, notamment en termes d’éclairage et d’ambiance sonore, étaient fixés. » Plus tard, le Centre interrégional de mesures physiques de Limoges donnera également son avis sur les études acoustiques et d’éclairage. 

Pour arriver à ce résultat, de nombreuses questions ont été à la base des réflexions. Comment les salariés travaillaient-ils ? Et comment souhaitaient-ils le faire efficacement tout en améliorant leur qualité de vie au travail ?… Des groupes de travail impliquant les différents métiers ont été constitués (lire l’encadré page suivante) et leurs suggestions étaient régulièrement présentées à la direction. Le CHSCT a également suivi le projet. « L’objectif était de donner des outils pour un travail collaboratif et de favoriser la proximité entre les secteurs », souligne Michael Zindani, responsable du pôle sécurité et conditions de travail de l’entreprise. 

SAFRAN HELICOPTER ENGINES

L’entreprise Safran Helicopter Engines est spécialisée dans la conception, la fabrication et la réparation de moteurs d’hélicoptère. Elle comprend deux établissements en Nouvelle-Aquitaine : celui de Tarnos, avec 1 550 collaborateurs, et celui de Bordes, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui compte 2 600 collaborateurs. Le projet Cap 2020 a permis la construction de trois bâtiments sur le site de Tarnos, dont deux destinés à des activités industrielles. Au total, 33 000 m2 ont été construits, amenant à 100 000 m2 la surface de travail du site. 1 200 salariés, soit 80 % des effectifs de cet établissement, occupent ces nouveaux locaux.

« L’usage du téléphone est fréquent dans nos activités, remarque Julien Boury, correspondant SSE (santé, sécurité, environnement) pour les activités tertiaires. Dans l’ancien bâtiment, on avait des open spaces de 50 personnes avec des bureaux individuels pour les managers. Cela engendrait un brouhaha important, les salariés ne voulaient pas revivre ça. Mais ils ne souhaitaient pas non plus des bureaux individuels. » Il n’y en a plus aucun dans le bâtiment. Les salariés travaillent aujourd’hui au sein de plateaux, des espaces semi-ouverts d’une dizaine de postes de travail attitrés, équipés d’un écran déporté et d’une servante. « Nous avons fait une exception toutefois avec un plateau de seize postes car le fonctionnement d’une équipe le justifiait », précise Jean-Louis Mostajo, responsable vie au travail, management et compétitivité du projet. Tous les plateaux bénéficient d’un apport de lumière naturelle et d’une vue sur l’extérieur.

Installations modulaires

Par ailleurs, une vingtaine de salles de réunion sont à la disposition des équipes. Il existe aussi plus de 70 « bulles », des petits espaces fermés, pour que les salariés puissent s’isoler, lors d’appels téléphoniques par exemple. Des « espaces nomades », zones d’un ou deux postes de travail avec des casiers, sont également disponibles pour les salariés d’autres établissements, de passage dans les locaux. Une quinzaine d’espaces collaboratifs sont dédiés à la créativité, au travail collectif et en mode projet. Enfin, plusieurs espaces de convivialité ont été aménagés à chaque étage.

Tous ces espaces sont modulables : des rails au plafond permettent d’ajouter ou de retirer des cloisons, selon les besoins. Aucune prise électrique n’est présente au sol ou aux murs, des perches regroupent les câbles électriques et réseaux qui descendent du plafond. La place ne manque pas : « Nous pouvons écarter les bureaux, afin de respecter la distanciation pendant le contexte Covid », indique Julien Boury. La composition du mobilier, réalisé sur mesure, a été choisie pour qu’il soit le moins émissif possible de COV (composés organiques volatils).

L’acoustique a été la pierre angulaire du projet. « Le bureau d’études spécialisé que nous avons sollicité modélisait au fur et à mesure les impacts de nos choix sur l’ambiance sonore », précise Olivier Etcheverlepo, responsable du transfert dans le bâtiment tertiaire. Car les matériaux constitutifs des murs, des cloisons, du plafond, le mobilier, les revêtements de sol… tout cela a un impact sur l’ambiance sonore. Un faux plafond absorbant contribue à l’ambiance feutrée des espaces de travail. Tout comme le revêtement textile au sol, moins source d’allergies qu’une moquette, et qui atténue aussi les sons. « Une fois tout cela mis en place, le bureau d’études nous a également conseillés sur la hauteur des panneaux de séparation entre les bureaux », indique-t-il.

« Le projet constituait avant tout un changement humain », souligne Jean-Louis Mostajo. Un show-room présentant un poste de travail-type a été installé dans un bâtiment modulaire temporaire en 2016. Le bâtiment a été achevé en février 2019 et, dès le mois de mars, des visites étaient organisées. « Il nous semblait important que les salariés s’approprient les lieux, commente-t-il. Dans un premier temps, nous avons transféré 150 salariés, afin de tester et de réaliser les derniers ajustements. » Et au début de l’été 2019, tout le monde était installé.

Des changements évolutifs

« Peu de problèmes ont été signalés, sauf au début, le réglage de la climatisation notamment. Mais aujourd’hui ils ont tous été résolus », note Christophe Pouliquen, membre de la CSSCT. Des ajustements mineurs ont été nécessaires. « L’éclairage dans certaines parties du bâtiment a été modifié car des salariés se plaignaient d’éblouissement à certains postes exposés au sud », illustre Michael Zindani. Mais la satisfaction semble l’emporter. « On trouve toujours une bulle ou une salle de réunion à proximité de nos bureaux, quand on en a besoin », apprécie Christophe Pouliquen. 

« Affranchi des problèmes matériels, on peut se concentrer à 100 % sur son travail », constate Christian Rossi, président de la CSSCT et manager du département formation et SI D2S. « Nous avions créé quelques espaces de pilotage : des endroits ouverts, pour réaliser des points d’équipe, comme cela se fait dans les ateliers, se souvient Julien Boury. Mais les équipes ne se sont pas approprié ces lieux. Nous réfléchissons à leur donner une nouvelle fonction. » 

UN PROJET PARTICIPATIF

« Afin d’inclure les conditions de travail dans le projet, nous avons déployé une démarche ergonomique avec évaluation des risques au départ et en apportantdes corrections au fur et à mesure », précise Olivier Larcheron, ergonome du site. Dès 2014, une équipe a chapeauté l’ensemble du projet. « Puis des groupes de travail ont été créés en 2015 pour une approche par thématique : une cinquantaine au total, soit plus de 400 participants pour les trois bâtiments », explique Bertrand Pajot, chef du projet Cap 2020. « Beaucoup d’idées sont sorties des groupes de travail, ce qui a créé des attentes », note Julien Boury. « Afin de ne pas générer de frustrations, nous avons expliqué pourquoi certaines n’étaient pas retenues. En respectant l’adage du projet Cap 2020 - confiance altruisme passion, les équipes ont collectivement su créer l’environnement physique propice à l’évolution de leurs modes de travail », précise Jean-Louis Mostajo. 

Katia Delaval

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