DOSSIER

© Philippe Castano pour l'INRS/2020

ADT 44 (pour Aide à domicile pour tous Loire-Atlantique) a été créée en 1976, et employait alors essentiellement des travailleuses familiales. Geoffroy Verdier, son directeur depuis dix ans, veut dépoussiérer cette structure afin de réduire les risques professionnels et rendre le métier plus attractif.

Joël Bonneau, aide à domicile, est amené à effectuer des tâches très différentes au cours de ses journées d'intervention. Il bénéficie d'une voiture d'ADT 44 car il fait partie des gros rouleurs. Grâce à son planning sur son smartphone, en cas d'imprévu, il est immédiatement en contact avec le bénéficiaire et sa responsable.

Joël Bonneau, aide à domicile, est amené à effectuer des tâches très différentes au cours de ses journées d'intervention. Il bénéficie d'une voiture d'ADT 44 car il fait partie des gros rouleurs. Grâce à son planning sur son smartphone, en cas d'imprévu, il est immédiatement en contact avec le bénéficiaire et sa responsable.

« J’interviens à la fois au domicile de personnes et en habitat inclusif. J’ai trouvé un équilibre qui répond à mes aspirations. Il faut dire qu’ADT 44 essaie toujours, dans la mesure du possible, de satisfaire nos demandes », remarque Sophie Lambert, auxiliaire de vie. Cette attention portée aux salariés fait partie d’un projet plus important, mené par le directeur général de la structure, Geoffroy Verdier.

L’association ADT (pour Aide à domicile pour tous) 44 propose une vaste gamme de services, auprès des familles, des personnes âgées, des enfants, des personnes en situation de handicap… Avec ses 485 salariés, elle intervient sur l’ensemble des communes de la Loire-Atlantique. « Et comme pour toute structure d’aide à domicile, les TMS font partie des risques professionnels les plus présents », remarque Annie Jacq, contrôleur de sécurité à la Carsat Pays-de-la-Loire. 

En 2014, ADT 44 est ciblée par la Carsat pour intégrer la démarche TMS Pros visant à réduire les TMS. Le directeur général, dans un premier temps, estime que cette démarche n’est qu’« un prisme sur les TMS » et qu’il a déjà bien avancé sur la prévention des risques professionnels. Une réponse qui ne satisfait pas Annie Jacq qui le rencontre pour lui présenter la démarche : « C’est vrai qu’ADT 44 faisait déjà pas mal de choses en matière de prévention. Je souhaitais qu’elle structure davantage sa démarche et qu’elle trouve d’autres pistes que la formation pour prévenir les TMS. » 

« Nous sommes dans des métiers anciens, apparus après-guerre, comme les “travailleuses familiales”, remarque Geoffroy Verdier. Je veux innover, proposer un management plus autonome, s’appuyant sur l’entreprise libérée ou le modèle Buurtzorg. C’est pour cette raison que j’encourage les salariés de terrain à être acteurs de leur planning, de leurs horaires, de leur travail. Ça participe à l’amélioration des conditions de travail. »

TROUVER SON ÉQUILIBRE

Rares sont les intervenants qui ont choisi d’emblée de travailler dans l’aide à domicile. « Cela ne fait qu’un an et demi que je travaille pour ADT 44. Avant, je travaillais dans le commerce et j’en ai eu assez des objectifs, des chiffres, des marges. Je voulais travailler dans l’humain. J’ai effectué des stages dans des instituts médico-éducatifs, des maisons de retraite, auprès de personnes handicapées… puis je me suis formée, j’ai affiné mes choix et aujourd’hui, je ne regrette rien », raconte Reine Guilbaud, aide à domicile. « Je travaille à temps partiel, à raison de 130 heures par mois. C’est un choix, cela me permet d’allier vie privée et vie professionnelle, d’autant que j’ai des enfants en bas âge. Je fais pas mal de kilomètres, je vois des situations compliquées, mais on a suivi des formations et on peut s’appuyer sur les cadres d’ADT 44 ou la psychologue. Et puis, j’alterne des interventions à domicile et des interventions chez Ker’Age, en habitat inclusif. Ça me convient. »

La formation constitue son premier levier d’action : les 485 salariés ont tous suivi des formations « gestes et postures ». « Depuis 2017, 9 personnes sont devenues animateurs de prévention et la formation “acteur prévention secours dans l’aide à domicile” est proposée à tous les intervenants. Cela représente, par personne, 4 jours de formation par an, à renouveler tous les deux ans. », indique Jennifer Turquet, la coordinatrice de la marque employeur. 


Libérer les énergies

En parallèle, des responsables de secteur sont montés en compétences sur le handicap, les ressources humaines, le soutien aux familles… Et ce, grâce à des formations portant sur le management ou l’évaluation, ou encore en participant à des programmes de l’Una (Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles) sur le handicap ou l’aide et le soin, ou d’autres partenaires sur la protection de l’enfance. « Si un intervenant se trouve confronté à une situation complexe, comme une personne vieillissante en situation de handicap ou un enfant présentant des troubles autistiques, je suis à l’écoute. J’accompagne la responsable de secteur et l’intervenant dans leur réflexion sur l'attitude professionnelle, les savoir-faire, les savoir-être. Sans oublier aussi l’écoute de la personne, de l’enfant et de ses parents, dans l’expression de leurs besoins et de ce qui est acceptable pour eux », remarque Pélagie Binet, cadre spécialisée handicap et habitat inclusif. Une double compétence qui lui permet d’intervenir sur la coordination opérationnelle des habitats inclusifs et de soutenir les responsables de secteurs dans l’accompagnement de leurs équipes auprès de personnes en situation de handicap.

Depuis deux ans, le directeur général a lancé le projet « Libérons nos énergies » : « J’ai proposé aux intervenants à domicile de prendre en main leur planning. » Chacun est doté d’un smartphone qui lui donne le planning en temps réel. « C’est plutôt bien, reconnaît Joël Bonneau, aide à domicile. On badge en arrivant au domicile, on a accès au planning, on est tenu au courant des modifications. » Ce jour-là, il arrive chez M. B. un peu avant l’heure pour nous présenter son intervention. « C’est un monsieur qui souffre d’une légère déficience intellectuelle, décrit-il, qu’il faut accompagner pour certaines tâches comme les courses, le ménage… il faut aussi s’assurer de son hygiène, l’accompagner lors de sorties. » 

Une fiche par bénéficiaire

Ce lundi, le planning de Joël est plutôt chargé, période de vacances oblige. Il a commencé à 8 h 30 et est intervenu dans la matinée auprès de trois personnes. À 13 h, il arrive chez M. B. pour l’accompagner dans une grande surface afin d’échanger un produit, puis passer une partie de l’après-midi chez son frère. Il a ensuite deux interventions d’une heure. « Je termine à 18 h, mais c’est parce que je fais des remplacements en ce moment. Si je dois décaler une intervention, j’ai le planning. Je suis en contact avec ma responsable de secteur ou le bénéficiaire. Si je rencontre des difficultés, j’en parle à ma responsable et à la psychologue du travail. » 

J’ai proposé aux intervenants à domicile de prendre en main leur planning. 

Sur le smartphone, une fiche présente chaque bénéficiaire, les tâches à effectuer, le logement, les équipements, les personnes à contacter, l’environnement familial. « C’est la responsable de secteur qui remplit la fiche. Ensuite, chacun de nous a la possibilité de l’enrichir, c’est pratique », explique Sophie Lambert. 

Le risque routier est un autre sujet important dans ces métiers où il faut se déplacer d’un domicile à l’autre, et surtout respecter les horaires. « Je dois y aller, s’excuse d’ailleurs Reine Guilbauld, aide à domicile, en quittant l’habitat inclusif où elle intervient ce jour-là. J’ai 40 minutes de trajet pour aller chez un frère et une sœur en situation de handicap. » Elle parcourt plus de 1 200 km par mois pour son travail et fait partie des intervenants bénéficiant d’une voiture de service hybride à boîte automatique : « J’en suis ravie, d’autant que nous n’avons pas à avancer l’essence. » 

Seul petit bémol, ce n'est pas une voiture de fonction. « Mais on y réfléchit », remarque le directeur général qui a déjà acheté 93 véhicules pour les plus gros rouleurs. Le dernier baromètre social a d’ailleurs mis en évidence que les salariés avaient le sentiment de faire moins de kilomètres, d’avoir moins de coupures dans la journée et de mieux concilier vie familiale et professionnelle.

Après deux ans, « Libérons nos énergies » a-t-il eu une incidence sur certains indicateurs comme l’absentéisme ? « Oui et non, reconnaît le directeur général. Nous avons toujours autant de jours d’absence, mais moins d’absences de courtes durées. C’est le signe d’un meilleur management. » Toujours est-il qu’ADT 44 a aussi bien avancé dans la démarche TMS Pros, en validant la dernière étape. 

HABITAT INCLUSIF

Ker’Age est un ensemble de huit studios situés au dernier étage de l’Ehpad Saint-Joseph, à Nantes. Il accueille des travailleurs d’Esat à la retraite, éligibles à la prestation de compensation du handicap (PCH) qui louent chacun un logement et ont accès à des espaces collectifs. En mutualisant leur PCH, ils bénéficient de la présence d’un accompagnant ADT 44 10 h/jour, pour aider à la préparation des repas, à l'entretien du linge, aux sorties… « Nous sommes bien au domicile des personnes, insiste Annie Jacq. Mais ces locaux sont aménagés, bénéficient de matériel adapté pour le ménage notamment, et des aides techniques installées si nécessaire. De plus, la durée des interventions des salariés d’ADT 44 est longue, ce qui leur permet de faire des heures sans courir d’un domicile à l’autre. C’est particulièrement intéressant. D’ailleurs, ça a tendance à se développer. » « Quand une personne devient trop dépendante, nous en discutons avec la famille qui peut alors demander une place en Ehpad », remarque Sophie Lambert.

Delphine Vaudoux

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