DOSSIER

Les portails coulissants font tellement partie de notre quotidien qu’on ne les remarque pas. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’ils sont à l’origine de nombreux accidents graves tous les ans. La Carsat Languedoc-Roussillon s’est lancée dans une vaste opération visant à convaincre les entreprises de bien les entretenir.

Pas ou mal entretenu, un portail peut être source d’accidents graves, d’autant qu’il peut être régulièrement endommagé par les nombreux véhicules qui le franchissent.

Pas ou mal entretenu, un portail peut être source d’accidents graves, d’autant qu’il peut être régulièrement endommagé par les nombreux véhicules qui le franchissent.

« C’EST UNE PETITE braise sur laquelle nous soufflons pour qu’elle ne s’éteigne pas… » C’est ainsi que Christian Hegwein, contrôleur de sécurité à la Carsat Languedoc-Roussillon, décrit l’état d’avancement du travail de longue haleine qu’a entrepris la Carsat sur la maintenance des portails. Car il faut le savoir, les portails coulissants peuvent s’avérer dangereux. « En France, chaque année, nous déplorons plusieurs accidents graves liés à ce type d’équipements, explique Frédéric Jean, ingénieur-conseil à la Carsat Languedoc-Roussillon. Des salariés qui ont eu des doigts coincés ou qui se sont fait écraser et sont décédés. » Un problème qui a été décelé il y a sept ans, lorsque la Carsat Languedoc-Roussillon a fait figurer dans son Plan d’action régional (PAR) le secteur du commerce et négoce de matériaux. 

« Nous sommes une région assez peu industrielle, où les services, le BTP et le commerce, notamment le négoce de matériaux, occupent une place importante, … C’est pour cette raison que nous avons identifié ce secteur comme prioritaire », remarque Frédéric Jean. Trois grands risques sont mis en avant : les chutes de hauteur depuis les mezzanines, les chutes de matériaux et les risques d’écrasement avec les portails. Si les deux premiers sont relativement « aisés » à appréhender (à l’aide d’une barrière écluse pour le premier, ou par des préconisations pour le stockage des palettes), celui concernant les portails s’avère plus complexe à résoudre. 

D’abord parce que peu de personnes ont conscience de ces risques. « Un portail, c’est lourd. Ça pèse plusieurs centaines de kilos. S’il est mal entretenu ou mal conçu, il peut se refermer seul, il peut aussi basculer et tuer », explique Christophe Pages, contrôleur de sécurité à la Carsat Languedoc-Roussillon. Pour s’atteler au sujet, la Carsat crée en 2014 une commission technique temporaire qui réunit des représentants d’utilisateurs de portails, ainsi que des installateurs. 

UNE RECOMMANDATION DESTINÉE À S’ÉTENDRE

Depuis la parution de la recommandation régionale (T91) en 2015, préconisant la mise en œuvre de dispositifs de sécurité supplémentaires pour prévenir la chute des portails coulissants, une centaine d’établissements de commerce de matériaux ont été visités par la Carsat Languedoc-Roussillon pour la présenter et l’expliquer. Un mailing a également été envoyé à 22 000 entreprises concernées par le sujet. « La reco T91 est une première étape, explique Frédéric Jean. On cherche toujours à la faire mieux connaître. Notre objectif est de l’étendre à d’autres types d’acteurs je pense notamment aux collectivités territoriales et à d’autres secteurs d’activité comme la logistique. Nous souhaitons que quelle que soit leur activité, les entreprises ayant des portails coulissants manuels fassent figurer le risque lié à cet équipement dans le document unique et la nécessité de désigner une personne responsable de sa maintenance. Il faut ensuite qu’elles systématisent la visite périodique de l’installation. »

Une recommandation régionale (T91) voit le jour en 2015, préconisant la mise en œuvre de dispositifs de sécurité supplémentaires pour prévenir la chute des portails coulissants. « Le document d’évaluation complétant la recommandation T91 présente un schéma et les neuf points devant être vérifiés pour que le portail fonctionne bien, remarque Bertrand Couronne, gérant d’Agripal Clôtures, qui a participé à son élaboration. Nous avons pu aboutir à ce document, très pratico-pratique, parce que la Carsat avait su réunir les bonnes personnes. »

Des visites régulières

Renaud Peillard est le responsable service logistique et sécurité du site de M+ Matériaux (groupe Samse) à Montpellier. M+ Matériaux a dû passer par une injonction de la Carsat afin de comprendre la nécessité d’évaluer les risques liés à l’utilisation des portails coulissants et ainsi mettre en œuvre les mesures prescrites par la recommandation T91 pour la sécurité des salariés. Aujourd’hui, le responsable logistique et sécurité de l’enseigne est convaincu de la nécessité d’avoir un portail entretenu, répondant aux préconisations de ce texte. L’enseigne possède une cinquantaine de sites dans l’Hexagone, ce qui représente autour de 80 portails, dont les longueurs varient de 3 à 10 m.

Camions, semi-remorques, utilitaires, voitures… toutes sortes de véhicules les franchissent chaque jour, en les endommageant parfois. Les portails de cette enseigne sont ouverts ou fermés quatre fois par jour. « C’est souvent une personne seule qui le manipule pour fermer ou ouvrir l’établissement, explique Renaud Peillard. Donc si elle a un accident, bien souvent elle ne peut pas appeler les secours car elle est seule et coincée dessous. » Les agents de la Carsat ont été reçus il y a plusieurs mois par Renaud Peillard. Celui-ci a, depuis, décidé de commencer à organiser, en 2021, des visites de maintenance de tous les portails, tous les six mois. 

Schéma du portail de la recommandation T91 à la main, Jean-Marc Iglesas, animateur sécurité de l’enseigne, effectue sa première visite permettant notamment « l’évaluation rapide du risque de chute du portail » sur le site de Montpellier : présence ou non de deux portiques de retenue, présence et état des deux butées, état du rail, état des galets, présence et état des butées de retenue. Il a été doté d’un appareil photo pour illustrer chacune de ses notations en vert, orange ou rouge. « Rouge, cela signifie absence totale. C’est le cas ici du deuxième portique : le portail peut tomber, cela nécessite une action très rapide », note l’animateur. Parmi les points en orange : une butée un peu dévissée ou le rail présentant une courbe annonçant une usure. Le reste sera en vert. 

« Cette fiche issue de la T91 est un peu devenue notre bible, explique le directeur général délégué Sud Est, Erwan Toussaint. Les photos nous permettent de savoir immédiatement de quoi on parle, le code couleur d’en connaître la gravité, et d’évaluer ensuite les coûts. » La fiche remplie par l’animateur sécurité suivra ensuite un parcours précis de façon à identifier la nature des travaux demandés, de faire appel à des entreprises extérieures afin d’avoir des devis. « Désormais, chaque année, je crédite environ 2 000 euros par portail pour la maintenance », explique Erwan Toussaint.

« Certains acteurs du négoce de matériaux ont adhéré immédiatement à la recommandation. Pour d’autres, cela demande plus de temps, souligne Christian Hegwein. Mais on continue de la diffuser, de l’expliquer. Pour cela, on s’appuie aussi sur le Code du travail qui mentionne l’obligation de maintenance dans l’état initial des équipements. » Comme quoi, la braise n’est certainement pas près de s’éteindre. 

BERTRAND COURONNE, GÉRANT D’AGRIPAL CLOTURES

© Claude Almodovar pour l’INRS/2020« J’ai participé à la commission technique temporaire en tant que représentant des fabricants de portails. Je suis très satisfait des travaux que nous avons réalisés et des documents que nous avons produits, car ils sont bien adaptés aux personnes et aux secteurs que nous ciblons. Ils constituent une bonne base, même pour quelqu’un ayant une connaissance très partielle du sujet. Car c’est bien connu, dans une entreprise, personne en particulier ne se préoccupe des portails. Il faut que ça change… mais il y a une certaine inertie sur le sujet. »

Delphine Vaudoux

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