DOSSIER

Le secteur de la mer, également concerné par les conduites addictives, se mobilise pour les prévenir. Les campagnes et les approches préventives ciblées actuellement en cours s’appuient sur des études réalisées ces dernières années.

© Olivier Pelletier pour l’INRS

© Olivier Pelletier pour l’INRS

Embarquer sur un navire de marine marchande, c’est partir deux mois en mer. Sur un ferry, c’est entre sept et quatorze jours. Participer à une campagne de pêche, c’est être au large pendant au moins une semaine. Outre l’éloignement, travailler en mer expose à des conditions de travail très exigeantes : horaires décalés, aléas climatiques, environnement bruyant, dangereux (présence de câbles en tension, manipulation d’amarres, proximité de la mer…). Et lieu de vie et lieu de travail ne font qu’un durant ces périodes.

Deux études relatives aux consommations de substances psychoactives (SPA) ont été réalisées sur des populations de marins civils en 2007 et 2013 (cela inclut les salariés des transports de marchandises, transports de personnes, navires de servitudes - offshore, éolien… -, pêcheurs et plaisance). La première a porté sur les consommations de tabac, d’alcool et de cannabis de 1 928 pêcheurs et marins de la marine marchande, la seconde sur 1 000 pêcheurs du Sud-Ouest de la France. Les résultats ont mis en évidence des consommations de SPA – en particulier alcool et cannabis supérieures à celle de la population française. Et préoccupantes car ces psychotropes altèrent la vigilance des consommateurs. Or une vigilance extrême est nécessaire à tous les postes assurant la marche d’un navire.

« Ces constats peuvent refléter les usages dans la population générale, être en relation avec un travail dangereux et difficile, ou liés à l’isolement familial et affectif, estime le Dr Thierry Sauvage, chef du service de santé des gens de mer au ministère de la Transition écologique et solidaire. Les causes des consommations de SPA sont multiples et pas seulement en relation avec les conditions de travail à bord. »

Formation médicale des marins

Devant ces constats, une politique de prévention a été lancée par le Service de santé des gens de la mer, avec l’Institut maritime de prévention, sous la tutelle de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives). Une campagne de sensibilisation aux risques liés aux conduites addictives en situation de travail auprès des marins professionnels, intitulée « Pas d’ça à bord », a ainsi vu le jour.

Mais la prévention primaire se fait à différents niveaux. Si elle peut passer par des aspects réglementaires, le sujet est aussi abordé lors de la formation médicale des marins, dans le cadre d’un module « hygiène, prévention des risques ». « Les CHSCT des entreprises sont aussi des lieux où faire de la prévention, où soulever les questions sur le sujet, ouvrir le débat », estime Dr Frédéric Saunier, médecin chef interrégional Nord Atlantique Manche Ouest.

De multiples questions sont en effet en jeu, telles que réussir à concilier les éventuelles conséquences liées au droit individuel de consommer sur les temps de repos et la réalisation par la suite de travavaux dangereux. Les mentalités évoluent et le dialogue s’initie. Mais en matière de prévention et d’information, les TPE, souvent familiales, notamment dans le secteur de la pêche, restent plus difficiles à atteindre.

CHIFFRES

  • 12,3 % des marins déclarent une consommation d’alcool à risque, 16 % consomment du cannabis, et 16,3 % déclarent des polyconsommations régulières d’alcool, tabac et cannabis.
  • 1/3 des marins fumeurs réguliers, près de 10 % des consommateurs d’alcool et plus de 13 % des consommateurs de cannabis ont déclaré avoir augmenté leur consommation du fait de problèmes liés à leur travail ou à leur situation professionnelle.
  • 11 signes, définis par le service de santé des gens de la mer, traduisent un état anormal ou une modification du comportement : pupilles dilatées, propos incohérents, difficultés d’élocution, désorientation, agressivité, haleine alcoolisée, gestes imprécis, troubles de l’équilibre, agitation, somnolence, manque d’attention et de vigilance.

Source : Service de santé des gens de la mer

Céline Ravallec

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