DOSSIER

Laëtitia Piet est professeure agrégée en sciences sociales à l’École Centrale Marseille. Depuis quatre ans, avec un groupe de collègues, elle contribue à faire vivre, dans le tronc commun des enseignements, un espace dédié à la santé et la sécurité au travail.

Enseignante dans l’unité sciences économiques du management et des organisations à Centrale Marseille, Laëtitia Piet a joué un rôle de relais entre la Carsat Sud-Est et l’équipe pédagogique impliquée dans l’intégration des enjeux de prévention des risques professionnels dès la formation initiale.

Enseignante dans l’unité sciences économiques du management et des organisations à Centrale Marseille, Laëtitia Piet a joué un rôle de relais entre la Carsat Sud-Est et l’équipe pédagogique impliquée dans l’intégration des enjeux de prévention des risques professionnels dès la formation initiale.

Si l’enseignement supérieur s’intéresse de plus en plus à l’introduction de la santé et la sécurité au travail (SST) dès la formation initiale, Centrale Marseille fait, en la matière, figure de pionnière. Et c’est Laëtitia Piet, enseignante dans l’unité sciences économiques du management et des organisations au sein de cette école d’ingénieurs, située, comme son nom l’indique, au sein de la cité phocéenne, dans les Bouches-du-Rhône, qui en a été le fer de lance. Pour porter un projet d’établissement initié par la Carsat Sud-Est, la structure lui a confié la mission de fédérer un groupe de collègues pour travailler à l’intégration de cette problématique dans les programmes. « Je travaillais déjà sur la responsabilité sociétale de l’ingénieur, notamment à travers des questions d’organisation du travail. Dans mes enseignements sur l’histoire du management, j’abordais également l’analyse des tensions au travail », explique l’enseignante.

Quand, à la fin de l’année 2011, la direction de l’école est contactée par la Carsat, elle pense tout naturellement à Laëtitia Piet. « Dans le cadre de notre action nationale sur la formation initiale, dont une partie touche l’enseignement supérieur, nous avons proposé à Centrale Marseille d’intégrer le référentiel de compétences relatif aux bases essentielles en santé et sécurité au travail (BESST), indique Bertrand Caubrière, ingénieur-conseil à la Carsat. L’approche étant en phase avec l’idée que se faisait l’école de la formation des cadres, une convention de partenariat a pu être signée pour renforcer les compétences des futurs ingénieurs centraliens dans les enjeux de prévention des risques professionnels. En interne, Laëtitia Piet a joué un rôle de relais entre nous et l’équipe pédagogique. »

Premier terrain d’expérience

Avec un père ancien directeur du développement social dans un grand groupe industriel, Laëtitia Piet pense que son contexte familial a pu jouer un rôle dans sa sensibilisation aux enjeux de santé et sécurité du travail. « Cet aspect personnel mis à part, avec d’autres professeurs, nous avons surtout vu dans l’intégration de la thématique santé et sécurité au travail l’opportunité d’approfondir les enseignements déjà existants, par exemple sur l’analyse des risques, le management intégré, la sociologie du travail et des entreprises », décrit l’enseignante. Titulaire d’une agrégation de sciences économiques et sociales, Laëtitia est formée à l’École normale supérieure de Cachan et intègre Centrale Marseille en mai 2007, en charge d’abord d’enseignements liés à la communication, puis aux sciences sociales.

« Je me suis tournée vers mes collègues. Un groupe de cinq s’est rapidement constitué et nous avons réfléchi, à partir des cursus, à l’identification de moments opportuns pour intégrer ces enseignements dans le tronc commun, en y associant des évaluations », explique-t-elle. Une fois l’équipe pédagogique formée à la SST par la Carsat, un déploiement de l’action peut rapidement avoir lieu. « Dès l’été 2012, nous avons demandé aux élèves de première année de réaliser, au cours de leur stage, effectué en général en production, une observation des risques professionnels et des mesures de prévention associées dans leur entreprise d’accueil, indique Laëtitia. Le pari a été fait de les laisser naïfs sur le sujet, l’entreprise devant être leur premier terrain d’expérience. À leur retour, nous leur demandons de décrire les conditions d’accueil dans le poste et de produire un rapport d’étonnement. »

Forts de cette expérience, les élèves de deuxième année assistent à un cours magistral donné par un intervenant de la Carsat. À cette occasion, une première approche des enjeux et du management de la SST a lieu. « Pour nous, c’est aussi un moyen de conserver une connaissance de la réaction des jeunes étudiants sur nos sujets », estime Bertrand Caubrière. Le travail se poursuit avec l’équipe pédagogique.

LA RICHESSE D’UN TRAVAIL D’ÉQUIPE

Jouant un rôle de relais entre Centrale Marseille et la Carsat Sud-Est dans la démarche d’intégration de la santé et la sécurité au travail dans la formation initiale des ingénieurs, Laëtitia Piet a fédéré autour d’elle une équipe d’enseignants. Chacun a intégré cette dimension dans ses domaines respectifs : la conception industrielle et la conception assistée par ordinateur pour Christian Jalain ; le management intégré, le développement durable, la gestion et le management de projet pour Joëlle Gazérian ; la comptabilité-gestion, l’excellence opérationnelle, le lean et la gestion de production pour Cécile Loubet et la chimie pour Élisabeth Archelas, retraitée depuis peu (Françoise Duprat, professeure en chimie et génie des procédés devrait bientôt rejoindre l’équipe). « Nous avons créé un espace dans nos enseignements, nos spécialités. Nos différentes approches de la santé et la sécurité au travail ont d’ailleurs donné à la formation toute sa richesse », remarque Joëlle Gazérian.

Laëtitia Piet dispense notamment des enseignements sur les organisations du travail. « Un psychologue du travail intervient en particulier sur la thématique des risques psychosociaux. Forcément, ce sont des sujets qui les touchent. Il n’est pas rare que certains connaissent, dans leur entourage, des personnes confrontées à des situations d’épuisement professionnel, précise l’enseignante.

Pour les étudiants de deuxième année, nous organisons des travaux dirigés qui leur donnent l’occasion de revenir sur leur expérience en entreprise. Souvent, les élèves évoquent les différences perçues entre prescription et réalité, mais aussi la force des habitudes… Leurs constats peuvent être très différents mais tous ont conscience qu’il s’agit d’un enjeu majeur pour l’entreprise. »

Créer des vocations

Ils abordent, à l’occasion des travaux dirigés, l’analyse de situations concrètes. « J’ai le sentiment que ces exercices permettent aux élèves de devenir plus pertinents dans leurs réflexions », affirme Christian Jalain, l’un des enseignants impliqués dans la démarche.

En troisième année, les étudiants choisissent d’approfondir une discipline et optent pour une filière métier, dans laquelle des activités pédagogiques (projets, table ronde avec des professionnels, débats…), liées à la SST, sont également organisées. « Dans notre filière conception bureau d’études, par exemple, nous avons un projet cobotique, sur lequel nous avons travaillé avec la Carsat et qui entre parfaitement dans ce cadre », poursuit l’enseignant.

TRAVAUX PRATIQUES

Le TD (travail dirigé) est un moment d’échanges. « Il est important d’aborder la santé et la sécurité au travail en formation initiale pour éviter certains écueils naturels des étudiants. Devant un cas d’accident du travail, leur réaction spontanée est de chercher à attribuer une responsabilité », explique Laëtitia Piet. Pendant deux heures, les élèves travaillent en groupe et visionnent un film de l’INRS qui met en scène un accident du travail. « On leur donne une méthode. Ils sont sensibilisés à la différence entre les mesures de réparation et celles qui se placent en amont, aux principes généraux de prévention. À partir du film, je leur demande de faire une analyse de l’accident et de proposer une démarche de prévention », reprend l’enseignante. Les échanges fusent, vifs, parfois un peu naïfs, souvent pertinents. « À la fin de la séance, ils doivent développer de nouveaux réflexes : ne plus se demander à qui la faute mais qu’aurait-il fallu faire pour que cela ne se produise pas ? » Ainsi de nouveaux schémas de pensée se mettent en place.

« La Carsat nous a proposé une démarche et des supports de formation et a répondu présent lorsque nous en avions besoin. De son côté, l’école a laissé une grande liberté à l’équipe pédagogique dans la réalisation du projet. En termes de déploiement, nous sommes aujourd’hui autonomes », souligne Laëtitia, qui insiste également sur le fait que pour certains élèves, « cette action a fait naître des vocations ». Plusieurs étudiants ont en effet choisi, en fin d’études, de s’orienter vers des stages en lien avec des problématiques SST. « Ce projet porte en lui l’identité et les valeurs de l’école, qui met en avant l’esprit d’innovation et le sens des responsabilités », estime l’enseignante. Et l’aventure n’est pas finie.

La convention entre la Carsat Sud-Est et Centrale Marseille vient d’être renouvelée, en intégrant des questions telles que la pénibilité et le maintien dans l’emploi des seniors. Pour, une fois encore, préparer les jeunes aux enjeux managériaux de demain. 

Grégory Brasseur

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