DOSSIER

Spécialiste de la prévention des risques professionnels, Stéphanie Lacombe-Roger a participé à une action conduite par la Carsat Midi-Pyrénées visant à inciter les PME et TPE de la réparation automobile à évaluer les risques chimiques et substituer les produits les plus dangereux.

© Gaël Kerbaol/INRS

© Gaël Kerbaol/INRS

Travail & Sécurité. Vous êtes intervenue dans le cadre d’une action régionale initiée en 2011 par la Carsat Midi-Pyrénées pour travailler sur la prévention du risque chimique. Quels en étaient les objectifs ?
Stéphanie Lacombe-Roger,  cabinet SLR Conseil. Nous avons été une dizaine d’organismes agréés par la Carsat Midi-Pyrénées à participer à cette action auprès de TPE et PME du secteur de la réparation automobile et deux-roues motorisés. L’objectif était de les inciter à réduire l’exposition aux agents chimiques dangereux, dont certains sont cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR). J’ai pour ma part rencontré une quarantaine de petites sociétés, de l’atelier de mécanique au garage plus structuré ayant des activités diverses (carrosserie, peinture…). Notre mission était d’abord de les former au risque chimique, en impliquant le chef d’entreprise, sachant que parfois nous sommes partis de rien, certains n’ayant même pas conscience d’utiliser des produits chimiques. Nous devions former une personne ressource en interne, la faire travailler sur l’évaluation des risques chimiques en utilisant le logiciel Clarice développé par la Carsat Alsace-Moselle, puis l’accompagner dans la mise en œuvre d’un plan d’action et la réalisation de fiches d’exposition des salariés (FDE). Les entreprises qui, avant fin 2014, avaient accueilli un formateur, réalisé les FDE et mis en place au moins trois mesures qui ne soient pas de l’ordre de la consigne ou de l’EPI pouvaient bénéficier d’une aide financière simplifiée (AFS).

Quelle stratégie de sensibilisation avez-vous adoptée ?
S. L.-R.
J’ai fait le choix d’une formation interentreprise pour que les entreprises sortent de leur environnement et se rencontrent. Il ne fallait pas se tromper d’approche car les réticences étaient nombreuses et certains ne se sentaient absolument pas concernés, y compris dans des concessions dépendant de groupes structurés. Réunir ces entreprises a permis un partage d’expériences. Une solidarité et un réseau de bonnes pratiques se sont mis en place.

Quelles actions de prévention ont émergé ?
S. L.-R.
Nous avons travaillé en priorité sur la substitution, dès que cela était possible. Il est rapidement apparu que des CMR se nichaient un peu partout, des huiles aux liquides de freins et jusqu’à certains lave-glaces. Je suis convaincue que la plupart des entreprises mobilisées ont changé leur philosophie, leur vision du risque chimique et la façon de s’en protéger. Elles ont opté pour une certaine stabilité des références et des stocks. Il ne leur viendrait plus à l’idée d’accepter n’importe quel produit miracle sans analyse de risque préalable. Malgré tout, la problématique reste complexe. Car si l’évolution des réglementations est une bonne chose, les fabricants, distributeurs et revendeurs sont insuffisamment formés. Beaucoup d’entreprises se trouvent face à des revendeurs qui ne maîtrisent pas eux-mêmes les risques liés à leurs produits et ne sont, de fait, pas aptes à de les conseiller sur ce point. Cette carence rend d’autant plus nécessaire le fait d’avoir en interne les compétences pour évaluer les risques liés aux produits dès leur entrée dans l’entreprise.

UNE FORTE MOBILISATION RÉGIONALE

176 entreprises des secteurs du commerce et de la réparation automobile et deux-roues motorisés se sont engagées dans la démarche initiée par la Carsat Midi-Pyrénées en 2011. En moyenne, le nombre de produits chimiques présents par entreprise était de 125, dont 20 % de CMR. Parmi ces produits, étaient représentés des produits de dégradation (gaz d’échappement, huiles usagées…), pour lesquels il n’existe pas de fiche de données de sécurité et dont la toxicité était « approximativement » évaluée. 6 % du nombre total de CMR ont été évacués des entreprises. Par ailleurs, elles ont en moyenne mis en œuvre plus d’une dizaine d’actions, dont une grande partie a été menée à terme après plusieurs années de suivi.

Propos recueillis par Grégory Brasseur

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